🌑 Chapitre 15 – Les Voix du Néant

752 Words
🌑 Chapitre 15 – Les Voix du Néant Le ciel d’Obsidienne n’avait ni jour ni nuit — seulement une lueur bleutée, suspendue comme un rêve sans fin. Lyra marchait en tête, son poignet encore marqué de la flamme noire. Derrière elle, Kael la suivait, silencieux. Eryn fermait la marche, l’œil inquiet, tandis qu’Ashen observait le monde avec l’étrange calme de ceux qui ont déjà vu la mort de près. La forêt semblait respirer. Chaque arbre murmurait des sons indistincts, comme des chuchotements perdus. Et plus ils s’enfonçaient dans cette immensité de pierre et d’ombre, plus Lyra sentait ces voix s’insinuer dans sa tête. > Lyra... Tu nous entends enfin. Elle s’arrêta net. — Vous avez entendu ? Kael leva les yeux, perplexe. — Entendu quoi ? — Ces voix… elles m’appellent. Eryn fronça les sourcils. — Depuis la marque, tu entends le Chant. Ce n’est pas une hallucination : c’est une connexion. Ashen ajouta doucement : — Ou un piège. --- Le murmure du Chant Cette nuit-là, Lyra s’éloigna du camp. Elle suivit la lumière des arbres phosphorescents, jusqu’à une clairière où l’air semblait vibrer. La flamme noire sur son poignet brûlait plus fort à chaque pas. — Je sais que vous êtes là, dit-elle à voix haute. — Enfin, répondit une voix. De la brume émergea une silhouette — faite d’ombres et de lumière à la fois. Son visage n’était qu’un reflet mouvant, mais ses yeux… ses yeux étaient identiques aux siens. — Qui es-tu ? — Je suis toi. Celle que tu étais avant le Chant. Celle que tu devras redevenir pour survivre. Lyra recula. — Tu mens. — Tu crois encore qu’il n’existe qu’un Chant ? L’air se déchira, et des milliers de voix s’élevèrent à la fois : rires, pleurs, prières, hurlements. Le sol vibra sous ses pieds. — Nous sommes le Néant. Le Chant oublié. Celui que le Conseil a voulu effacer. Lyra sentit une douleur la transpercer. Des visions défilèrent : des villes détruites, des cieux rouges, des corps marqués du même symbole que le sien. Puis la voix reprit, douce, presque maternelle : — Tu portes notre sceau, Lyra. Et bientôt, tu porteras notre volonté. Elle tomba à genoux, hurlant. La marque sur son poignet s’étendit, serpentant sur son bras jusqu’à son cœur. Une lumière noire l’enveloppa entièrement. --- Le retour du Néant Kael fut le premier à la trouver. Il la vit au centre de la clairière, flottant à quelques centimètres du sol. Autour d’elle, la terre se désintégrait lentement. — Lyra ! cria-t-il en s’avançant. Ses ailes se déployèrent, battant l’air pour la rejoindre. Mais dès qu’il la toucha, une onde d’énergie le projeta en arrière. Eryn et Ashen accoururent. — Elle est liée au Chant du Néant, dit Ashen, horrifié. Si elle cède, il la dévorera. — Alors arrête-la ! — Je ne peux pas… pas seul. Eryn posa ses mains au sol, traçant un cercle de lumière. — J’essaie de stabiliser la fréquence du Chant. Toi, Kael, appelle-la. Rappelle-lui qui elle est ! Kael s’approcha à nouveau, le visage couvert de sang. — Lyra… écoute-moi ! Les ombres autour d’elle se tordirent. — Tu n’es pas ce qu’ils disent ! Tu es plus forte que ça ! Les voix du Néant rugirent. > Il ment. Ils t’ont tous menti. Ils ont peur de toi. Kael cria plus fort : — Lyra, je t’ai vue affronter le Chant. Je t’ai vue me sauver quand tout était perdu ! Tu n’es pas leur arme ! Un instant, le regard de Lyra sembla revenir à elle. Puis elle chuchota : — Kael… aide-moi. Ashen s’élança, posa sa main sur son épaule. — Alors partage ton fardeau. Laisse-nous t’aider à le porter. Une lumière éclata. Le Chant et le Néant se heurtèrent dans un grondement assourdissant. Et soudain, le silence. --- L’après Lyra rouvrit les yeux. Elle était étendue dans les bras de Kael, le souffle court. Autour d’eux, la forêt était redevenue immobile. — Qu’est-ce qui s’est passé ? Eryn répondit d’une voix grave : — Tu as traversé le Chant et le Néant. Tu les as liés. Ashen observait le ciel, inquiet. — Ce n’est pas une victoire. Le Néant ne disparaît jamais. Il dort… en toi. Lyra toucha la marque. Elle brillait maintenant d’une lueur argentée — ni claire, ni sombre. — Alors je veillerai à ce qu’il ne se réveille pas. Mais dans les profondeurs de son esprit, une dernière voix chuchota : > Tu ne pourras pas m’enfermer pour toujours.
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