Chapitre 2 : La Cage Dorée

1896 Words
Chapitre 2 : La Cage Dorée Point de vue : Lise Martin Le silence à l’intérieur de la limousine était plus assourdissant que le vacarme des travaux de mon quartier. Assise sur le cuir beige, si souple qu’il semblait vivant, j’avais l’impression d’être une intruse, une tache de boue sur un vêtement de soie. Je regardais mes mains, mes ongles coupés courts, mes doigts un peu boudinés par le froid et le travail ménager. À côté de moi, Alexandre de Vaugirard ne bougeait pas. Il dégageait une assurance si absolue qu'il semblait posséder l'air que nous respirions. — Arrête de triturer tes doigts, Lise, dit-il sans même me regarder. C’est une habitude de paysanne. Tu n’es plus une paysanne. Sa voix était comme un fouet de velours. Je sursautai et plaquai mes mains sur mes genoux, serrant ma jupe trop étroite qui remontait sur mes cuisses. Je sentais son regard dériver lentement vers mes jambes. J'étais consciente de mes formes, de la rondeur de mes genoux, de la plénitude de mes mollets. Chez moi, les garçons du quartier me sifflaient avec vulgarité. Ici, sous le regard de ce titan, je me sentais exposée, comme une proie sous un microscope. — Où m'emmenez-vous ? demandai-je, la voix étranglée. — Chez nous, répondit-il avec un accent de possession qui me fit frissonner. Au domaine de Saint-Cloud. C’est là que tu apprendras à devenir ma femme. Le trajet dura une éternité. Paris défilait, puis les arbres remplacèrent les immeubles. Quand les immenses grilles en fer forgé s'ouvrirent devant une allée bordée de chênes centenaires, je compris que ma vie d'avant était définitivement morte. Le manoir était un monstre de pierre blanche et d'ardoise, une forteresse de luxe. Lorsqu'il m'aida à descendre, sa main enserra mon poignet. Ses doigts étaient longs, puissants. Il me tira doucement mais fermement vers l'entrée où une rangée de domestiques attendait, la tête basse. — Voici Madame, annonça-t-il d'un ton sec. Elle est la seule autorité ici après moi. Préparez ses appartements. Et appelez la styliste. Je veux que cette... chrysalide disparaisse dès ce soir. On me conduisit à l'étage. Ma chambre était plus grande que tout l'appartement de mes parents. Il y avait des moulures dorées, un lit à baldaquin immense et une odeur de fleurs fraîches. Mais je ne voyais que les fenêtres : elles étaient hautes, majestueuses, et je savais que je n'aurais jamais le courage de les ouvrir pour m'enfuir. Une femme d'un certain âge, vêtue d'un uniforme impeccable, s'approcha. — Je suis Martha, la gouvernante. Monsieur souhaite que vous preniez un bain. Je vais vous aider à vous déshabiller. La panique m'envahit. — Non ! Je... je peux le faire seule. — Monsieur a été très clair, Mademoiselle. Il veut que vous soyez prête pour le dîner. Sans aucune trace de votre passé sur votre peau. Elle commença à déboutonner mon chemisier. Je restai figée, les bras le long du corps, les larmes aux yeux. C’était la première étape de ma soumission. Elle retira mes vêtements un à un, dévoilant mon corps que j’avais toujours tenté de dissimuler. Dans le grand miroir de la salle de bain en marbre, je me vis : mes seins lourds, ma taille marquée, mes hanches larges et mon ventre légèrement rebondi. Martha ne dit rien, mais elle me guida vers la baignoire remplie d'une eau parfumée aux huiles rares. Point de vue : Alexandre de Vaugirard Je me tenais dans mon bureau, un verre de vieux scotch à la main, écoutant le silence de la maison. En bas, j'entendais les pas feutrés des domestiques. Mais mon esprit était à l'étage. Lise. Elle était terrifiée, et cela éveillait en moi un instinct primitif que je pensais avoir dompté par la civilisation. Sa peur n'était pas celle d'une lâche, c'était la peur d'un animal sauvage qui pressent le piège mais qui n'a pas encore renoncé à sa dignité. Ce caractère qu'elle essayait de cacher derrière sa soumission forcée... c'était ce que je brûlais de briser, pièce par pièce, pour voir ce qu'il y avait à l'intérieur. Et son corps. Dieu, son corps. Dans la voiture, j'avais dû faire preuve d'une volonté de fer pour ne pas déchirer ses vêtements misérables. Elle était l'antithèse des femmes que je fréquentais. Elle était généreuse, charnelle, faite de courbes qui semblaient appeler la main. Elle était une promesse de fertilité et de plaisir brut. Le fait qu’elle soit vierge ajoutait une dimension de sacrilège à mon désir. Je serais le premier à marquer cette terre vierge. Je serais le seul à connaître le son de ses gémissements. On frappa à la porte. C’était Martha. — Monsieur, elle est prête. Elle est dans le petit salon bleu. — Et la styliste ? — Les robes sont arrivées. Elle a choisi la soie noire, comme vous l'aviez suggéré. Je posai mon verre. Mon cœur battait avec une régularité de métronome, mais mes mains étaient légèrement impatientes. Je descendis les escaliers d'un pas lent, savourant l'instant. Quand j'entrai dans le petit salon, le souffle me manqua. Elle était debout près de la cheminée. On l'avait lavée, brossée, parée. La robe en soie noire collait à ses formes sans aucune pudeur. Le décolleté plongeant révélait la naissance de sa poitrine opulente, et la coupe marquait sa cambrure de manière provocante. Ses cheveux châtains retombaient en boucles lourdes sur ses épaules. Elle avait l'air d'une reine déchue, ou d'une sainte sacrifiée. Quand elle me vit, ses yeux noisette s'agrandirent de terreur. Elle fit un pas en arrière. — Approche, Lise, ordonnai-je doucement. Elle hésita, puis obéit, les jambes tremblantes. Je pouvais voir le battement rapide de son pouls dans son cou. Je m'arrêtai juste devant elle, dominant sa petite taille. La différence de stature entre nous soulignait sa vulnérabilité. — Regarde-toi, murmurai-je en prenant une mèche de ses cheveux. Tu n'es plus une petite fille de banlieue. Tu es ma promise. Tout ce que tu portes, tout ce que tu touches, m'appartient. Comprends-tu ? — Oui... Monsieur, souffla-t-elle. — "Alexandre". Appelle-moi Alexandre. — Oui... Alexandre. Je passai mon pouce sur sa lèvre inférieure qui tremblait. Elle ferma les yeux, un petit gémissement de peur s'échappant de sa gorge. — Ce soir, nous dînons seuls. Je vais t'apprendre les bases. Comment manger, comment parler, comment me regarder. Et si tu es sage... j'aurai peut-être un cadeau pour toi. Je savais ce que le mot "cadeau" signifiait pour une fille qui n'avait jamais rien eu. Mais ce qu'elle ne savait pas encore, c'est que chaque cadeau était une chaîne supplémentaire. Un collier de diamants n'est qu'un collier de chien plus coûteux. Point de vue : Lise Martin Le dîner fut une torture de chaque instant. La table était immense, couverte de couverts en argent dont j'ignorais l'usage. Alexandre était assis en bout de table, m'observant comme un prédateur observe sa proie avant de porter le coup de grâce. Chaque fois que je faisais un geste maladroit, il me corrigeait d'une voix calme, presque pédagogique, mais qui me faisait l'effet d'une brûlure. — Redresse ton dos, Lise. Une femme de mon rang ne se voûte pas. Ne tiens pas ton verre ainsi, tu n'es pas dans un bistrot. Je me sentais humiliée, rabaissée à l'état d'enfant, mais en même temps, son attention constante sur moi créait une électricité insupportable. Je n'avais jamais été l'objet de l'attention d'un homme aussi puissant. Sa beauté me fascinait malgré moi. Ses mains, larges et élégantes, maniaient le couteau avec une précision chirurgicale. Je ne pouvais m'empêcher de me demander ce que ces mains feraient sur ma peau. À la fin du repas, il se leva et fit signe aux serveurs de se retirer. Le silence se fit pesant. — Viens avec moi, dit-il. Il m'emmena dans une pièce attenante, un boudoir sombre éclairé uniquement par le feu de la cheminée. Sur une table basse, une boîte en velours bleu était posée. — Ouvre-la. Mes mains tremblaient tellement que je peinais à soulever le couvercle. À l'intérieur, un collier de perles noires, énormes, irisées, brillait d'un éclat sombre. — Elles sont rares. Comme toi, dit-il en se plaçant derrière moi. Il écarta mes cheveux. Le contact de ses doigts froids sur ma nuque me fit sursauter. Il attacha le collier. Le poids des perles sur ma peau me semblait être celui d'un joug. Il ne recula pas. Il resta là, son torse puissant pressé contre mon dos. Je sentais la chaleur de son corps, l'odeur de son parfum coûteux mêlée à celle du tabac froid. — Tu es magnifique, Lise. Tes rondeurs... elles sont faites pour être parées de ce qu'il y a de plus cher. Ses mains descendirent lentement sur mes épaules, puis glissèrent vers le haut de mes bras. Je sentis mes seins se durcir sous la soie noire. C'était une sensation nouvelle, effrayante et délicieuse à la fois. Mon caractère, cette étincelle de rébellion qui m'habitait d'ordinaire, semblait s'étouffer sous sa domination. Je voulais lui dire d'arrêter, mais mes lèvres ne produisaient aucun son. — Tu as peur de moi, n'est-ce pas ? murmura-t-il à mon oreille. Son souffle chaud me fit frissonner. — Oui... — C'est bien. N'oublie jamais cette peur. C'est elle qui te gardera à moi. Il tourna mon corps pour que je lui fasse face. Ses yeux étaient sombres, presque noirs dans la pénombre. Il posa une main sur ma hanche, serrant la chair ferme avec une force qui aurait pu être douloureuse, mais qui ne l'était pas. C’était une affirmation. — Demain, nous commencerons ton éducation sérieuse. Tu apprendras que ton corps ne t'appartient plus. Il est mon domaine. Chaque courbe, chaque centimètre de ta peau est désormais ma propriété exclusive. Il pencha la tête et, pour la première fois, ses lèvres effleurèrent ma tempe. Un b****r chaste, presque paternel, s'il n'y avait pas eu cette tension sexuelle brute qui émanait de lui. — Va te coucher maintenant. Martha va t'escorter. Rêve de moi, Lise. Car je serai le dernier visage que tu verras avant de dormir pour le restant de tes jours. Je m'enfuis presque de la pièce, le cœur battant à tout rompre. Dans ma chambre, je me dépouillai de la robe noire avec une hâte fébrile, mais je ne pus me résoudre à retirer le collier de perles noires. Je m'allongeai dans le lit immense, me sentant petite, perdue et pourtant étrangement éveillée. L'ombre d'Alexandre de Vaugirard planait sur moi, et je savais, avec une certitude terrifiante, que je ne voulais plus m'échapper. Point de vue : Alexandre de Vaugirard Je restai seul devant la cheminée, regardant les flammes dévorer les bûches. L'image de Lise dans cette robe noire, ses perles contrastant avec sa peau laiteuse, était gravée dans ma rétine. Elle était parfaite. Sa soumission était encore fragile, nourrie par la terreur et la reconnaissance, mais bientôt, je la transformerai en un besoin vital. Je n'allais pas seulement la posséder physiquement. J'allais infiltrer son esprit, ses désirs, ses rêves. J'allais lui apprendre que le plaisir ne se trouve pas dans la liberté, mais dans l'abandon total à ma volonté. Le chemin serait long. Elle était vierge, ignorante des tempêtes que son propre corps pouvait déclencher. J'allais être celui qui allumerait le feu. Et quand elle brûlerait, je serais là pour recueillir ses cendres. Je bus une dernière gorgée de scotch. La chasse était terminée. La conquête, elle, ne faisait que commencer.
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