Chapitre 2 — Les Ombres de Salazar

1105 Words
La nuit avait été courte. Gabriella Reines n’avait dormi que quelques heures, et encore… par fragments. Le visage d’Adrien Valmont revenait sans cesse dans son esprit. Pas parce qu’il l’impressionnait. Parce qu’il était… étrange. Trop calme. Trop sûr de lui. Les gens convoqués dans une affaire de disparition ne souriaient pas comme ça. Ils étaient nerveux. Ou agressifs. Ou sur la défensive. Mais Adrien Valmont… Lui semblait presque amusé. Comme si tout cela faisait partie d’un jeu. Gabriella termina son café d’un trait avant de poser la tasse sur la table de la cuisine. La pluie de la veille avait cessé. La ville respirait encore l’humidité du matin. Elle attrapa sa veste. L’enquête n’allait pas se résoudre toute seule. Le commissariat était déjà en pleine agitation lorsqu’elle arriva. Des téléphones sonnaient. Des voix résonnaient dans les couloirs. L’odeur du café brûlé flottait dans l’air. Hale l’aperçut en premier. — Reines ! Elle tourna la tête. — On a quelque chose ? Il agita un dossier. — Peut-être. Elle s’approcha. — Salazar ? — Oui. Ils entrèrent dans une petite salle de travail. Hale posa plusieurs photos sur la table. — Caméras de surveillance. Gabriella observa les images. Le restaurant Aurora. Entrée principale. Parking. Elle trouva rapidement ce qu’elle cherchait. Victor Salazar quittant le restaurant. Seul. Heure : 23h18. — Et après ? demanda-t-elle. Hale sortit une autre photo. — Caméra de rue. Elle se pencha. Salazar marchait sur le trottoir. Puis… Plus rien. — Il disparaît ici ? — Exactement. Gabriella plissa les yeux. — Pas de voiture ? — Aucune. — Pas de bagarre ? — Rien. Elle resta silencieuse quelques secondes. Les disparitions propres étaient rarement de bonnes nouvelles. — Et Valmont ? demanda-t-elle. Hale sourit légèrement. — Justement. Il posa une autre image. Adrien quittant le restaurant. Seul. 23h21. Trois minutes après Salazar. Gabriella observa la photo. Même calme. Même posture élégante. — Il le suit ? — Non. Hale sortit une dernière image. — Il part dans la direction opposée. Gabriella croisa les bras. — Donc soit c’est un hasard… soit quelqu’un d’autre a récupéré Salazar. — Exact. Elle réfléchit quelques secondes. — Les affaires de Salazar ? Hale soupira. — C’est là que ça devient intéressant. Il ouvrit un dossier épais. — Le type était impliqué dans tout. Immobilier. Investissements. Sociétés offshore. — Et ennemis ? demanda Gabriella. — Beaucoup. Elle sourit. — Parfait. Hale haussa les épaules. — Parfait ? — Plus il y a de suspects, plus on a de chances de trouver le bon. Elle se redressa. — Et Valmont ? — Quoi Valmont ? — Je veux tout sur lui. Hale fronça les sourcils. — Tu crois qu’il est impliqué ? Gabriella réfléchit un instant. — Je crois qu’il est trop intelligent pour venir nous parler s’il avait quelque chose à cacher. — Donc il est innocent ? Elle secoua la tête. — Ou alors il sait exactement ce qu’il fait. Une heure plus tard, Gabriella se retrouvait devant un immeuble moderne du centre-ville. Verre noir. Architecture minimaliste. L’adresse d’Adrien Valmont. Elle n’avait pas pris rendez-vous. Elle préférait les visites surprises. Le hall était silencieux. Un réceptionniste leva les yeux lorsqu’elle entra. — Bonjour. Gabriella sortit sa plaque. — Police. Le jeune homme se redressa immédiatement. — Oui madame. — Adrien Valmont est là ? — Oui. — Prévenez-le que l’inspectrice Reines souhaite lui parler. Le réceptionniste composa un numéro. Quelques secondes plus tard, il raccrocha. — Il dit que vous pouvez monter. Gabriella prit l’ascenseur. Elle observait son reflet dans les parois métalliques. Calme. Concentrée. Mais au fond d’elle, une intuition persistait. Adrien Valmont n’était pas un simple témoin. La porte de l’appartement s’ouvrit avant même qu’elle ne frappe. Adrien se tenait dans l’encadrement. Chemise sombre. Sans veste cette fois. — Inspecteur Reines. Elle haussa un sourcil. — Vous m’attendiez ? Il sourit légèrement. — J’espérais votre visite. — Vraiment ? — Bien sûr. Il s’écarta pour la laisser entrer. L’appartement était vaste. Minimaliste. Mais luxueux. Vue panoramique sur la ville. Gabriella observa les lieux quelques secondes. — Vous vivez seul ? — La plupart du temps. — Intéressant. Adrien s’appuya contre la table de la cuisine. — Café ? — Non. — Dommage. Elle se tourna vers lui. — Parlons de Salazar. — Encore ? — Toujours. Adrien croisa les bras. — Que voulez-vous savoir ? — Pourquoi il était nerveux au restaurant. Le sourire d’Adrien disparut légèrement. — Il vous l’a dit ? — Les caméras. Un silence. Adrien réfléchit. Puis il soupira légèrement. — Salazar avait des problèmes. — Quel genre de problèmes ? — Des problèmes d’argent. Gabriella fronça les sourcils. — Impossible. — Pourquoi ? — L’homme était riche. Adrien esquissa un sourire. — Les gens riches peuvent être ruinés plus vite que les pauvres. — Comment ? — Mauvais investissements. Silence. — Ou mauvaises fréquentations. Gabriella le fixa. — Vous voulez dire quoi exactement ? Adrien la regarda longuement. Puis il répondit calmement : — Que Victor Salazar jouait à un jeu dangereux. — Quel jeu ? Un léger sourire revint sur son visage. — Celui où les gens disparaissent quand ils perdent. Un silence lourd s’installa dans la pièce. Gabriella sentit l’atmosphère changer. — Et vous ? demanda-t-elle. — Moi ? — Vous jouez aussi à ce jeu ? Adrien s’approcha lentement. Pas menaçant. Juste… proche. — Inspecteur Reines… Sa voix était plus basse. — Si je jouais à ce jeu… Il marqua une pause. — Vous seriez la dernière personne à le savoir. Gabriella soutint son regard. — Vous aimez me provoquer. — Non. Un sourire lent apparut. — J’aime observer votre réaction. — Et qu’est-ce que vous voyez ? Un silence. Puis il répondit doucement : — Une femme très intelligente. Il se pencha légèrement. — Mais aussi très curieuse. Gabriella sentit son cœur accélérer. Elle n’aimait pas cette sensation. — La curiosité résout les enquêtes. — Et parfois… Adrien recula d’un pas. — Elle crée des problèmes. Un silence. Gabriella attrapa sa veste. — Je reviendrai. Adrien sourit. — Je n’en doute pas. Elle se dirigea vers la porte. Avant de sortir, elle se retourna. — Une dernière question. — Oui ? — Si Salazar jouait à ce jeu… Elle le fixa. — Qui gagne ? Adrien resta silencieux quelques secondes. Puis il répondit calmement : — Celui qui ment le mieux. La porte se referma derrière elle. Adrien resta immobile dans le salon. Son sourire s’effaça lentement. Il regarda la ville à travers la baie vitrée. Puis murmura presque pour lui-même : — Et pour l’instant… Un sourire froid apparut. — C’est moi. 😌
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