Chapitre : Pression clandestine

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Chapitre : Pression clandestine Manuel d’Instrumentation idéologique : Le Siège du Kremlin, un lieu de puissances occultes dont personne vraiment ne saisit l’envergure, à l’exception de quelques privilégiés du Président et de son Premier Ministre. En dehors également, des éminents chefs d’État des autres nations sous tutelle. Mais de quelle tutelle parle-t-on, ici ? – Monsieur Le Président, la délégation « étrangère » est arrivée ; je l’introduis dans le salon de réception. Le secrétaire anticipait stoïquement une réaction de l’homme à la tête du pays. Il n’était pas certain que ceux qui se targuaient de rencontrer le représentant de la Fédération de Russie soient à leur place dans la forteresse souveraine. Il en connaissait un bout en la matière ; ce n’était pas la première fois qu’une telle délégation parvenait jusqu’ici. Poutine n’était pas non plus de la première jeunesse et sa patience ne s’était guère renforcée. De son point de vue de secrétaire, rien ne ressortirait de cette rencontre. À l’instar des fois précédentes, les choses s’envenimaient invariablement après certaines irruptions. Tout dépendait de ceux qui sollicitaient l’audience ; de leur appartenance à une race ou une autre. Ce soir, alors que le tout-venant travaillant dans le palais avait quitté son poste, il était question de l’une des races qui menaçaient la tranquillité de cette période de temps plutôt exemplaire si on la comparait à celles qui s’étaient succédé par le passé. Ceux-là n’avaient pas bonne presse au sein des privilégiés des cercles éclairés. Lui en savait autant que les plus influents, presque trop, du fait de sa position proche de la tête pensante. Son regard croisa enfin celui qu’il servait, et il comprit l’appréhension qui effleurait les traits de l’homme connu pour son flegme apparent. – Souhaitez-vous que j’intervienne d’une manière ou d’une autre, Monsieur Le Président ? – Non, Maxens, je n’ai besoin que de notre Premier ministre et de nos agents référents ; prévenez-les que nous les attendons ; je vais au-devant de nos invités. Mes gardes du corps personnels sont-ils en position ? – Oui, j’ai requis une faction. Ils se tiennent derrière cette porte. – Merci, Maxens. – Monsieur le Président… – Oui ? – Vous a-t-on informé qu’un représentant des Reptiliens a sollicité un entretien pour demain ? – Oui, et c’est inhabituel venant d’eux ; ils sont généralement distants et secrets. Je suis curieux de les recevoir. Mais… je crois que nous avons également dans nos plannings une autre demande concernant les Pleiadiens14 et leurs alliés de Tau Ceti15 ; ils doivent s’inquiéter de cette mise en avant des Gris. Je n’aimerais pas les décevoir ; après tout, ils ont concouru à me maintenir au pouvoir, pour preuve l’élection de deux mille vingt-quatre qui m’a confirmé au-dessus de la mêlée de mes concurrents à la présidence. En fait, je ne sais plus dans quel monde nous nous trouvons, Maxens. – Certes, Monsieur, la Terre prend du galon. Le potentat lui décocha un œil perçant. – C’est une singulière vision, Maxens. Mi-figue mi-raisin, le secrétaire se retira tandis que le Président recouvrait ses esprits. Ceux-là n’étaient pas ce qu’il nommait par-devers lui, des invités privilégiés, mais plutôt de ceux que l’on reçoit faute de mieux, faute de représailles qui pouvaient amener un pays au bord d’une guerre périlleuse. Où étaient ceux qui s’étaient engagés à les soutenir ? Lors de la dernière visite de l’un de ces épouvantails, il s’en était fallu de peu que l’épisode tourne mal. Il avait dû contenir son animosité croissante et promettre de lancer des messages éclairants aux populations par l’intermédiaire de médias formés à ce genre d’exercices. Il n’y avait pas à atermoyer. À l’instar des autres peuples se partageant leur monde, son peuple devait apprendre, avec le plus rompu des doigtés, qu’ils n’étaient plus seuls à habiter la Terre, que des races venues d’ailleurs la hantaient depuis beaucoup plus longtemps que les plus initiés d’entre tous pouvaient même l’imaginer. Des notables d’autres grandes puissances avaient reçu des ultimatums similaires, et devaient se rallier à un consensus planétaire et prendre leurs dispositions. Il n’était plus temps de rester en arrière. Voici plusieurs décennies que les États-Unis, ainsi que l’Europe, avaient été contactés, à peu de chose près, en même temps que la Russie. Promesses de technologies, engagements faisant miroiter monts et merveilles, par la ruse, par la menace, par la diplomatie. En fonction des races qui les avaient approchés, la méthode et les objectifs différaient. Cependant, aujourd’hui, nombre d’entre elles exigeaient que l’on admette au vu et au su de tous leur matérialité, certaines par opportunisme, d’autres sous la pression d’instances contraires. Eh bien, il allait agir conformément aux instructions en provenance de plus hautes sphères que le simple cadre d’une nation aussi étendue soit-elle. Cela faisait quinze années que leur vaste pays et son régime d’alors avaient courageusement confirmé à l’immense communauté terrestre l’existence des exomondes, créant la polémique et affrontant les conséquences. À présent, il n’était plus temps de tergiverser. Vladimir s’interrogeait sur les efforts ininterrompus des Reptiliens à leur envoyer ces émanations génético-mécaniques qu’incarnaient les Gris. Croyaient-ils qu’ils étaient dupes ? Cependant, il fallait reconnaître que leur jeu s’avérait réaliste et l’illusion malaisée à percer. Et que venait faire cette autre délégation de Reptiliens si difficiles à cerner et à rencontrer ? Était-ce qu’ils briguaient dorénavant de se révéler véritablement aux peuples humains, à l’instar de leurs jouets mécaniques, ou bien n’était-ce qu’une extension déconnectée du collectif reptilien ? Une scission entre deux branches ou plusieurs essaims dérivés ayant des objectifs divergents… ? Des peuples distincts, au sein d’une même race ? Les Reptiliens ne se dévoilaient jamais plus que nécessaire, et les Gris ne faisaient qu’œuvrer en apparence pour leur propre compte, mais sous la trame, ces derniers n’étaient que les machines esclaves de maîtres intransigeants qui se dissimulaient derrière leurs nombres. Comme il quittait la pièce, sa garde se tint en position autour de lui. Il hâta le pas, les Gris les attendaient dans le salon habituel.
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