Chapitre III

3082 Words
III— Salut Ange !1 — Lando ! T’es où ? Tu fais les caves en banlieue à la recherche d’une planque à terroristes ? — Je suis à Larmor-Plage ! — Quésaco ? — Si je te dis Lorient, tu vois mieux ? — Ne me prends pas pour une t****e non plus, hein ! — Larmor-Plage c’est en face de l’ancienne base des sous-marins de Keroman devenue Cité de la voile. Donc commune balnéaire, comme le nom l’indique. Un peu calme en ce moment. L’été arrive, mais il n’est pas encore tout à fait là. — Et qu’est-ce que tu fabriques au bord de la mer ? Tu cherches des coquillages pour ta collection ? — Figure-toi qu’il y a un macchab’ ici. — Oh m… En même temps, c’est pas le premier ! — Sauf que celui-ci avait près de lui un bouquin avec une carte de visite à mon nom. Comme un envoi d’auteur, tu vois ? — À peu près. Du coup, t’en as profité pour te tirer une fois encore en Bretagne. C’est Lorraine2 qui va être contente ! — Vu qu’on parlait de moi, les locaux m’ont mis sur le coup aussitôt… — Ah, l’incontournable commissaire Landowski ! — Ton patron3 qui est aussi le mien est d’origine bretonne. Il n’a pas rechigné à m’y envoyer voir. Tout est possible de nos jours et rien n’est à négliger. — Et donc tu m’appelles pour me dire que tu vas encore te la jouer solo ! — Si on parle bizness, passe la communication en double cryptage, si tu veux bien ! Principe de précaution ! — Quand tu dis ça, on n’est jamais loin de l’embrouille ! Y’a à craindre ! Le téléphone portable du commissaire grésilla en points-tirets comme s’il cherchait du réseau puis l’écran devint noir avant de se rallumer. L’affichage avait diamétralement changé. — Que puis-je faire pour vous, Monsieur le divisionnaire ? demanda ironiquement Ange. — J’te raconte. L’homme était étendu sur la pelouse face à la mer. Je suis sur place pour me faire une idée. Il était habillé propre comme pour sortir. Mieux que ça. Queue-de-pie, chapeau hautde-forme, pompes deux couleurs. — Encore un qui a a***é du biberon à la fête de son quartier ! — Quand les archers sont arrivés, il était mort depuis moins d’une heure, selon le légiste. — Arme blanche ou arme à feu ? — Aucune des deux ! C’est là que ça se complique. — Le mec en avait marre de la vie. Il s’est foutu en l’air, point barre. C’est bien une excuse bidon pour que tu files encore à l’Ouest. Me dis que tu vas faire un détour par Concarneau… — Tu te souviens ? — Œuf corse ! — Tu te moquerais pas de tes origines, des fois ? — Moi, j’ai le droit ! On était en train de manger des langoustines quand l’hélico est venu te chercher4 ! Bonjour la tranquillité et la poussière ! Ce sont les voisins qui ont dû être contents ! — Quand t’es flic, c’est vingt-quatre sur vingt-quatre ! Tu le sais bien ! — Tu veux quoi finalement ? — Ici, je ne peux pas me connecter aux bases de données du siège. Comme tu es à Levallois, tu vas pouvoir faire un petit boulot pour moi. — Vas-y, accouche ! — L’auteur du bouquin c’est Stole Columbus. Moi qui lis du polar américain, ça ne me dit rien. Mais des auteurs, y’en a ! Le fil rouge, c’est pas forcément lui. Il a pu être choisi pour le lieu de l’action, un personnage, une référence particulière. Dans le crime aujourd’hui, on trouve tout et n’importe quoi. Y’en a des qui jouent avec les flics pour les faire réfléchir. — On a le droit de penser, quand même ! — Je n’aime pas ces affaires qui ne sont que des jeux de piste. Au final, ça pue la mort ! — Oh, Lando, t’es grave d’un coup ! — Y’a des jours où le coin de ciel bleu n’est qu’un souvenir et ça fait ch… ! — Comme tu y vas aujourd’hui ! — J’ai mal au cou. J’ai dû me coincer un nerf. J’ai des fourmis dans le bras droit. Je ne sais même pas si je peux encore tenir un flingue ! Du coup, je suis moins, je suis plus… enfin, j’me comprends ! — Je fais quoi, moi, maintenant ? — Tu vérifies s’il existe, Stole Machin, ce qu’il a fait et écrit. — Tu vas sur Internet et tu cherches ! Landowski négligea l’ironie mais en profita pour enfoncer le clou. Autorité oblige. — Tu vas sur CRISTINA5 et tu cherches si on a quelque chose sur un certain Léo, Léopold peut-être, Névi. — Je suppose qu’il s’agit du mort. Notre base de données ne recense quand même pas les voleurs de poules ! Ni les nostalgiques du cinéma muet ! On fait dans le renseignement et la sécurité, nous ! Faudrait quelque chose de sérieux pour que ton cadavre soit fiché chez nous ! — Il suffit d’une mention marginale et on trouve un lien. Il y a forcément un truc qui me lie à ce mec, de près ou de loin. C’est peut-être quelque part dans le fichier… — Je vais consulter puisque c’est toi. — Consulte, mon gars, consulte ! Parfois, on a des surprises… — T’as raison ! Je vais procéder à des recoupements par association pour vérifier si tu entres quelque part dans le tableau avec ce Léo Névi. Mince affaire avec un pedigree comme le tien. — Le sien doit être un brin plus court. Ça va aider ! — Et tu attends quoi ? — Que le magicien que tu es, sorte un lapin de son chapeau ! — La sécurité nationale n’est quand même pas en danger avec ton gus. Surtout qu’il va définitivement loger boulevard des allongés, dans deux ou trois jours… — Si le légiste en a terminé ! — Je vois ça comme ça ! Il était à une soirée et il a picolé grave. Il a voulu prendre l’air. Il s’est perdu. Le froid l’a saisi. Trois grammes et tu fais claquer le jackpot ! — Pas sûr que ce soit si simple. On dirait peut-être, mais… — Au commissaire Landowski, on ne la fait pas ! C’est ça ? — C’est quand même bizarre de m’envoyer ce faire-part, tu vois. Un, il faut connaître mon nom. Deux, il faut savoir que je tire quelques bords en Bretagne. Ensuite, il faut aller jusqu’à imaginer que je vais bien être contacté si quelqu’un retrouve la carte. — Et tu en déduis ? — Que j’ai affaire à quelqu’un d’intelligent ! — Tu parles du mort ? — Il n’y est pour rien, le pauvre. — Ah bon ? — Il serait juste venu de bon matin, son polar sous le bras, pour clamser face à la mer, en laissant le bouquin fatigué à mon intention ? Je n’y crois pas une seconde ! — Intention ou attention ? — Attention aussi, parce que ce ne peut pas être une coïncidence. — Quelqu’un a voulu que tu prennes à nouveau l’air de Bretagne ? — Probable. Ça m’arrange. — D’autres aussi peut-être… — Tu sais bien qu’il y a une explication à tout. À part peut-être au s**e des anges ! — Dis plutôt que tu n’avais pas bien envie de te coltiner la mise en place des nouvelles mesures de surveillance. Une sorte de Patriot Act6 à la française concocté par nos édiles ! — Tout juste ! Je n’aime pas bien la paperasse, tu le sais bien ! — Ton Léo, il est mort comment ? — Ben, on n’en sait fichtrement rien à l’heure d’aujourd’hui. Il faudra quelques jours pour en savoir davantage. On a juste un résultat d’alcoolémie. — Alors ? — Tolérance zéro ! — Bizarre. Je le voyais bourré, moi ! Peut-être accident, suicide ou crime. Ou mort naturelle… — Il est bien passé par-dessus la clôture sans encombre. Il n’a pas déchiré ses vêtements et il ne porte aucune blessure apparente. Il n’a pas subi de sévices. Il n’y a pas de traces de lutte. La pelouse est nickel. Il s’est juste allongé ou écroulé. Il n’a pas vomi. Pas de réactions sphinctériennes inhabituelles. — Il dit quoi, le légiste ? — Il reste perplexe. Ce qu’il arrive à dire c’est juste détresse majeure dans le triangle CCP, sigle de médicastre ! — C’est quoi, ça ? — L’ignorance crée la dépendance, voire même la soumission ! — Arrête donc de brasser, Lando ! C’est fatigant à la fin ! Explique à un pauvre flic ce qu’il en est ! — CCP égale cerveau-cœur-poumons ! Tu classes dans l’ordre que tu veux, le résultat est le même. Genre œdème foudroyant ou anévrisme. Décompensation puis arrêt cardiaque. C’est le schéma classique. — Alors mort naturelle. — Mais on n’a pas constaté l’un de ces trucs. Comme s’il s’était endormi. — De battre, son cœur s’est arrêté ! — Très drôle ! — Et côté analyses sanguines ? — Les premiers examens n’ont rien donné. Niveau sérologie, on cherche. De même, côté tissus adipeux et organes filtreurs. Des fois qu’il y aurait des substances planquées quelque part dans le gras, les membranes. Le gars avait des problèmes de santé mais pas plus que d’autres. Comme beaucoup de gens, il prenait régulièrement des cachets. Tension, cholestérol. Il utilisait aussi des décoctions de plantes. Du genre médecines douces. Tu ouvres une revue, tu tombes sur le remède miracle ! — De quoi l’empoisonner ? — Non, je ne crois pas. — Des témoins ? — Un couple de retraités arrivé sur zone, une demi-heure après le décès en gros. Ils n’ont vu qu’un corps allongé dans l’herbe. — C’est maigre ! — Comme tu dis ! — Il en avait assez de la vie. Il est venu regarder la mer une dernière fois et il s’est suicidé… — Mais avec quoi puisqu’il n’y a rien ! — Il a décidé de ne plus respirer. Y’avait un truc comme ça dans Astérix ! — Et il me lègue un bouquin qui ne vaut pas un euro ? Un exemplaire défraîchi, genre puces de Saint-Ouen, alors que la carte de visite est neuve. Là, je ne pige pas, tu vois. — C’est lui qui a écrit ton nom sur le bristol ? — On n’en sait rien justement. C’est de l’encre noire, genre écriture chinoise. — Au pinceau ? — Non, au normographe. — C’est quoi ça encore ? — C’est une sorte de gabarit avec des évidements. Le crayon, le stylet, n’importe, est guidé par l’épaisseur de la plaque et tu traces des lettres ou des formes parfaites. — C’est pas mieux d’y aller franco avec le bon Bic des familles ? — Sauf qu’ici, l’expert en graphologie peut aller se faire voir ! Le résultat est le même pour tous les calligraphes ! — Donc tu ne peux pas savoir si c’est Léo qui a écrit ton nom ou quelqu’un d’autre… — Eh ! — Il te fait peut-être un signe ! — Lui ou quelqu’un d’autre ! Désolé de me répéter ! — Mais dans quel but ? — M’attirer sur les lieux ! — Pour te convier aux obsèques ? — Ou pour jouer avec moi ! — Tu es allé chez lui ? — Tu penses bien que j’ai voulu voir son intérieur. Une maison cossue mais sans en jeter à la figure, située dans une impasse discrète. Pas de vis-à-vis. Intérieur superbement meublé et rangé au cordeau. Quelques tableaux. Des souvenirs. Des lits faits au carré. — Pas d’âme, quoi ! — C’est ce que je me suis dit. Un peu comme s’il n’habitait plus là. — Tu as ouvert le frigo ? — Tu penses ! Il y avait les articles habituels, lait, beurre, fromage. Du jambon en sachet plastique. De l’eau pétillante. Mais rien d’entamé et pas de restes. — Et côté poubelle ? — Vide. — Des trucs chinois ? — Sur le mur du salon, une sorte d’estampe japonaise avec des personnages autour d’une charrette chargée de tiges de bambous. Je n’ai pas trouvé de nécessaire à peinture ni d’encre de Chine. Ni de normographe. Des cartes de visite toutes pré-imprimées à son nom. — Si c’est lui qui a tracé ton blaze sur le papier, il s’est arrangé pour qu’on ne soit pas en mesure de le prouver. Normal ! — Pourquoi se cacher quand on va mourir ? — Pour protéger quelqu’un. — Si le rédacteur est quelqu’un d’autre, cet autre a voulu rester anonyme. — Tu vois que tu t’intéresses ! — Il était marié ? — Avait été, paraît-il ! Mais pas longtemps. — Des enfants ? — Une fille, je crois. Enfin, la fille de sa femme, à ce qu’on m’a dit. — Des armes ? — Non, rien. Tu penses à quoi ? — Blockhaus, casemate, Mur de l’Atlantique, grenades, fusils de guerre. Des trucs comme ça ! C’est bien devant un ouvrage de défense qu’on l’a retrouvé… — Le fort de Locqueltas est resté terrain militaire depuis la guerre. — Il a quand même réussi à y rentrer pour clamser ! — S’il n’y a pas de protection physique, c’est qu’il n’y a pas vraiment de risque ! — Il a peut-être fait son service dans la marine, ton gus… — Et il serait venu y faire son dernier quart ! Pourquoi pas… Sauf que, question uniforme, on n’y est pas. C’est plutôt bastringue style Nouvelle-Orléans ! Le commissaire perçut un cliquetis métallique. — Pour l’instant, je ne peux pas t’aider davantage à phosphorer. — Les affaires reprennent de ton côté, c’est ça ? — Il faut que je te laisse, Lando ! J’ai un briefing dans cinq minutes. C’est que j’ai du taf, moi ! Je ne suis pas en vacances, moi ! — Jaloux ! — Va y avoir une de jalouse, tiens ! Va se poser des questions, Madame le juge ! Te voilà en Bretagne sans elle ! Il va faire beau ! — Je suis en mission ! — Pour peu que tu croises encore une pauvre victime à secourir et tu vas entendre parler du pays ! Pas celui des Bisounours, hein… — Écoute, Ange, il n’y a pas de petit crime. S’il y en a un ici, je vais l’identifier. Si quelqu’un veut me mettre sur la piste, je vais suivre le fil. S’il s’agit d’une embrouille pour me faire la peau, je vais tirer le premier. Ça te va comme ça ? — Parfait ! Et si Lorraine me demande où tu te trouves en ce moment parce qu’elle n’arrive pas à te joindre, je lui dis… — Rien ! — Elle a une manière de te sortir les vers du nez… — Tu inventes ! — Et au final, je prends cher ! Au fait, ton Léo Névi, il est venu à pied ? Ange P. coupa brutalement la communication. Landowski plaça son téléphone dans une poche de son blouson sans retirer sa main. Il regarda les lieux en se disant qu’il ne savait même pas si on pouvait qualifier l’endroit de scène de crime. C’était encore un peu tôt pour en arriver à une telle conclusion. Mais oui, Ange avait posé la bonne question. On n’avait pas retrouvé de voiture abandonnée sur un parking proche du fort. Léo Névi, avait-il garé sa voiture en ville ? Était-il venu à pied ? De sa voiture ou d’un appartement ? Pas d’un hôtel, puisque les enquêteurs avaient déjà vérifié les hébergements. Déposé par quelqu’un ? En stop ou par une personne de connaissance ? À qui il aurait parlé de son avenir tout proche ? L’appel à témoins, paru dans la presse locale, n’avait absolument rien donné pour l’instant, comme si Névi avait été totalement oublié. Dans son quartier, personne ne se souvenait de l’avoir croisé ni même vu dans l’impasse. Il n’y avait que sa maison à donner sur la venelle. Les villes sont peuplées d’inconnus de nos jours. Et puis les habitants avaient été remplacés par d’autres. Contact pris avec la mairie : il ne figurait pas sur les listes électorales. Puis avec la Poste : l’homme ne recevait aucun courrier. Vérification faite, il n’y avait même pas de boîte aux lettres à l’extérieur. Étrange. Landowski s’adossa au grillage et revint sur sa dernière proposition. Déposé par quelqu’un ? Ou transporté sur les lieux ? De force ou d’un commun accord ? Les ouvriers avaient affirmé avoir vu ce bonhomme étrangement vêtu longer la mer à pied. Donc libre de ses mouvements. Il allait en direction de l’endroit de sa mort. Le savait-il ? — Allons-y voir ! dit Landowski tout haut. Il enfonça les mains dans les poches, tendant ainsi le tissu du blouson. D’aucuns l’ayant souvent rencontré auraient pu dire qu’ils reconnaissaient dans cette attitude la posture favorite du divisionnaire. Il marcha jusqu’au bout de la promenade et s’arrêta. À la fin du grillage blanc à poteaux bleus, il y avait un mur de pierre flanqué d’une partie convexe, elle aussi maçonnée. Landowski examina l’endroit. On pouvait s’aider du grillage pour monter sur le renflement, continuer l’ascension et passer le grillage. Léo Névi avait très bien pu passer par là ! Ce n’était pas un homme corpulent. Il lui avait suffi de lever les jambes pour y parvenir. Mais alors, il avait marché le long de la mer, il avait escaladé le grillage, il était allé devant la casemate et s’était allongé sur l’herbe. Ah bon ? Mais pour quelle raison ? Pour Landowski, l’incohérence l’emportait. Dans cette affaire, il n’y avait que des pointillés, des blancs, des vides. Il allait s’employer à les combler pour comprendre. Il continua jusqu’au petit parking situé juste devant l’entrée du fort. Le portail métallique était ouvert. Des deux côtés, une plaque indiquait « Terrain militaire Défense d’entrer » et, à droite, il y avait le panneau orange du « Centre de Vacances des Jeunes de Locqueltas. » En regardant vers l’intérieur, le commissaire remarqua qu’il y avait deux véhicules stationnés près des bâtiments, mais il ne vit personne. Un peu à la manière d’un pêcheur à pied, il se mit à arpenter lentement l’aire de stationnement. Il cherchait quelque chose sans trop savoir quoi. Dans une enquête, il ne faut jamais porter des œillères. Tout ce qui est vu, entendu ou senti peut, à un moment ou à un autre de l’investigation, être intéressant. Il négligea les traces de terre ou de sable sur le bord des emplacements. Il s’intéressa davantage au bord inférieur de la clôture. Les fumeurs invétérés jettent facilement leur mégot d’une pichenette vers une cible invisible. Comme s’ils ne voulaient pas entendre parler de leur addiction. Parfois, c’est même le paquet vide, la capsule de la bouteille de bière, le papier gras du sandwich que l’on retrouve. Plus loin, il inspecta la grille blanche fermée devant les hobby-cats. Une cordelette d’un rouge passé pendait à côté de la chaîne de fermeture. Le fait d’en regarder machinalement le gros nœud de l’extrémité, lui permit de remarquer une serviette en papier coincée sous le montant inférieur. L’habitude lui avait prouvé qu’il y avait toujours des traces d’ADN sur ces mouchoirs. Heureusement, il ne s’agit pas à chaque fois d’une trouvaille très importante, mais… Il décida de ramasser la chose. Il chercha une petite branche d’arbuste. L’ayant trouvée, il en éplucha l’extrémité pour en faire une pointe et il piqua la serviette pour la ramener à l’extérieur du terrain. Il se tourna afin que le vent n’emporte pas l’objet d’un souffle un peu plus fort et il se mit à l’abri d’un fourgon tôlé, pour inspecter sa trouvaille. Manifestement, elle n’avait pas servi de mouchoir puisque le carré se déployait complètement sans adhérence. Délicatement, Landowski remonta son butin vers son nez et il huma. Aussitôt, l’odeur caractéristique d’une huile essentielle s’imposa. Il aurait bien été en peine de préciser la plante à l’origine de ce parfum, mais il l’associa à l’odeur de la pommade dont il s’était tartiné l’épaule droite au niveau du trapèze pour faire cesser la douleur qui le gênait. En cherchant dans ses poches, il trouva une enveloppe pliée en deux et empochée dans un but encore inconnu, mais potentiellement indispensable. Justement, elle allait servir à préserver sa découverte qu’il avait bien l’intention de faire analyser. Sur le rapport concernant Léon Névi, on avait noté l’utilisation par ce dernier de produits de médecine douce. Peut-être avait-il utilisé une serviette en papier juste avant d’en finir avec la vie… Lui ou quelqu’un d’autre. Landowski sourit. Il entrevoyait une ouverture dans son enquête. Certainement pas une explication magistrale, mais un simple embryon de piste pour avancer un peu. Parce que Léo Névi n’était pas arrivé seul au fort de Locqueltas. Parce que quelqu’un l’y avait conduit. De son plein gré peut-être, mais sous une menace extrême le faisant rester tranquille dans une voiture à l’arrêt, le temps de… Àh oui, le temps de quoi, justement ? Le corps ne portait aucune trace de coup. Pas de coupure pour l’empoisonner. Pas de marque d’injection de poison ni de produit mortel dans son sang. Rien dans le bol alimentaire, rien dans les urines ni les selles. Rien nulle part. Landowski en était persuadé maintenant : Léo Névi avait rendez-vous sur ce parking avec quelqu’un. S’en était suivi un entretien qui s’était apparemment passé sans violences puisque le cadavre n’arborait pas la moindre trace. Même que son visage montrait une certaine sérénité. Comme quelqu’un qui a réglé ses comptes avant de partir. Pour une raison inconnue encore, le passager semblait avoir accepté sa mort comme une sentence. Seul, il était allé à sa rencontre dans le petit matin blafard d’un bord de mer bien trop tranquille. 1 L’officier de police Ange P. est un collègue et ami de longue date du commissaire divisionnaire Landowski. 2 Lorraine Bouchet, magistrate et compagne du commissaire. 3 Patrick Calvar est Directeur Général de la DGSI (ex DCRI) depuis 2014. 4 Lire Course-poursuite sur l’Aven. Même auteur, même collection. 5 Fichier principal de la DGSI. Il est classé Secret-Défense et sa création n’a jamais été publiée au Journal Officiel. 6 Législation américaine antiterroriste, critiquée par les défenseurs des libertés publiques, mise en place aux États-Unis à la suite des événements du 11 septembre 2001.
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