Il s’agissait d’hommes d’un certain âge: au moins la cinquantaine et certains couraient même certainement sur les soixante-dix ans. Ils avaient des trognes rouges, des regards durs et vidaient les verres de bière ou de pastis avec un bel entrain. La fumée des cigarettes formait un halo sous les lampes du bar et le ton montait à mesure que les tournées se succédaient. Ils étaient bien une dizaine, maintenant, à remplir la salle de leurs voix rocailleuses lorsqu’un nouveau venu entra. Il aperçut Mary, marqua un temps d’arrêt et s’adressa aux autres en breton. Mary continua imperturbablement à remplir ses cartes postales, prenant des mines, mordillant son stylo bille comme si elle cherchait l’inspiration. Lequel de ces hommes aurait pu imaginer qu’elle parlait le breton aussi bien qu’eux?

