Chapitre 18 : Sous le Soleil des Oliviers

1075 Words
Chapitre 18 : Sous le Soleil des Oliviers Point de vue de Léna L’air de la Provence était une caresse parfumée de romarin et de terre chauffée par le soleil. Assise sur la terrasse en pierre de notre nouvelle bastide, je regardais Alexander, qui venait de fêter ses un an, tituber avec une détermination farouche sur l’herbe verte. Il riait, un son cristallin qui chassait les derniers fantômes de ma vie parisienne. Ici, je n’étais pas "l’épouse du Requin de la City". J’étais simplement Léna. Mes mains, autrefois abîmées par le travail ingrat, s’occupaient désormais de mon propre jardin. Mais la paix est une fleur fragile. Notre arrivée dans cette région n’était pas passée inaperçue auprès de la vieille noblesse locale, les de Montval. Ils possédaient le domaine voisin depuis des siècles et voyaient en nous des parvenus, des intrus aux poches trop pleines. — « Léna, tu as vu l’invitation ? » demanda Gabriel en sortant de la maison, un chapeau de paille à la main, l’air plus décontracté que je ne l’avais jamais vu. — « La baronne de Montval ? Oui. Elle nous invite pour un "thé de voisinage" demain après-midi. » Gabriel s’assit à mes côtés et prit ma main. — « On n’est pas obligés d'y aller. On est venus ici pour la tranquillité, pas pour les mondanités. » — « Si, Gabriel. Si on ne s'y rend pas, ils diront que nous nous cachons. Et je ne veux plus jamais me cacher. Je veux qu'Alexander grandisse dans un endroit où sa mère est respectée, pas simplement tolérée. » Point de vue de Gabriel Je voyais bien que Léna avait raison. Son instinct de protection pour notre fils était devenu son moteur. Mais je restais sur mes gardes. J'avais fait faire des recherches sur les de Montval. Ils étaient ruinés, leurs terres étaient hypothéquées, mais leur orgueil restait intact. Ce genre de personnes pouvait être plus dangereux que des requins de la finance, car ils agissaient par désespoir et par mépris de classe. Le lendemain, nous arrivâmes au château de Montval. C’était une bâtisse magnifique mais décrépite. La baronne, une femme au visage parcheminé et au regard acéré, nous reçut dans un salon sombre où l’odeur de la poussière se mêlait à celle du thé froid. — « Alors, c’est vous, les Sinclair, » commença-t-elle sans même nous proposer de nous asseoir. « On raconte beaucoup de choses sur votre ascension... et sur vos origines, Madame Sinclair. On dit que vous avez le goût du travail manuel. C’est rare dans notre milieu. » C’était une pique directe, une allusion à mon passé de serveuse que les rumeurs avaient porté jusqu’ici. Je sentis la colère monter, mais Léna resta d'un calme olympien. — « Le travail manuel apprend la valeur des choses, Baronne, » répondit Léna avec un sourire gracieux. « Cela permet de construire des empires, là où d'autres se contentent de regarder les leurs tomber en ruines. » Le silence qui suivit fut électrique. La baronne comprit qu'elle n'avait pas affaire à une petite fille impressionnable, mais à une femme qui connaissait le prix de chaque pierre de sa demeure. L'Ombre d'une Menace Au cours du goûter, un homme plus jeune, le fils de la baronne, Victor de Montval, fit son entrée. Son regard sur Léna fut déplacé, empreint d'une convoitise malsaine. Il ne voyait pas seulement une belle femme, il voyait un coffre-fort qu'il aimerait bien forcer. — « Votre fils est charmant, Madame, » dit Victor en s'approchant un peu trop près de Léna. « Il a de la chance d'avoir une mère si... dynamique. Si vous avez besoin de conseils pour gérer vos terres, je suis très disponible. » Je me levai, posant une main possessive sur l'épaule de ma femme. — « Nous gérons très bien nos terres, Monsieur de Montval. Tout comme nous gérons nos frontières privées. » Nous quittâmes le château peu après. Dans la voiture, Léna était pensive. — « Gabriel, tu as vu comme il me regardait ? Ce n'était pas seulement de l'intérêt. Il y avait quelque chose de... sinistre. » — « Je sais. Marcus va garder un œil sur eux. Ils sont aux abois, et les gens aux abois font des bêtises. » Une Nuit de Réconfort De retour à la bastide, après avoir couché Alexander, le besoin de nous retrouver fut plus fort que tout. Le stress de la rencontre avec les de Montval s'évapora dans la chaleur de notre chambre, ouverte sur les champs de lavande. Gabriel m'attira contre lui, ses mains cherchant la chaleur de ma peau sous ma robe de coton léger. Dans l'obscurité, ses baisers étaient ma seule certitude. — « Tu as été incroyable avec cette vieille femme, » murmura-t-il, ses lèvres traçant un chemin brûlant le long de mon cou. « Tu es une reine, peu importe ce que ces gens pensent. » L'intimité qui suivit fut d'une douceur infinie, une fusion totale où chaque geste de Gabriel semblait me dire qu'il m'appartiendrait pour l'éternité. Ici, loin de la froideur de Paris, nos ébats avaient une saveur de liberté. Je me sentais vibrer sous lui, oubliant tout le reste, savourant la puissance de cet homme qui avait choisi de quitter son trône pour me suivre dans ma quête de paix. Le Premier Anniversaire Quelques jours plus tard, nous célébrâmes l'anniversaire d'Alexander. Ce fut une fête simple, dans le jardin, avec mes beaux-parents qui avaient fait le voyage. Alexander s'amusait avec un petit tracteur en bois, entouré de ballons dorés. Mais alors que la fête battait son plein, Marcus s'approcha de moi, le visage fermé. — « Monsieur Sinclair, on a un problème. Victor de Montval a été vu en train de discuter avec un journaliste de la presse à scandale dans le village. Il semble qu'il essaie de vendre des photos "volées" de Madame Sinclair et de l'enfant dans notre intimité. » Le visage de Gabriel s'assombrit. La paix n'était décidément qu'une illusion. Le passé, la cupidité et la méchanceté nous avaient suivis jusqu'ici. — « Il veut jouer à ça ? » dit Gabriel, sa voix redevenant celle du prédateur. « Alors nous allons lui montrer que les Sinclair n'achètent pas seulement des terres. Ils achètent aussi les dettes de leurs ennemis. » Léna s'approcha, tenant Alexander dans ses bras. Elle avait entendu. — « Ne le laisse pas gâcher cette journée, Gabriel. Finis-en, une bonne fois pour toutes. »
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD