Chapitre 19 : Le Siège des Illusions
Point de vue de Gabriel
Le soleil déclinait sur les collines, jetant des ombres allongées sur les rangées d'oliviers. Mais mon esprit n'était pas à la contemplation. Victor de Montval avait franchi la ligne rouge en essayant de vendre l'intimité de ma famille. Pour lui, nous n'étions que des cibles, un moyen de renflouer les coffres vides de son héritage décrépit.
— « Marcus, où en sommes-nous ? » demandai-je, ma voix résonnant avec une froideur tranchante dans mon bureau improvisé.
— « C’est fait, Monsieur. J’ai contacté la banque qui détient les créances du château de Montval. Ils étaient ravis de s'en débarrasser. Vous êtes désormais le propriétaire légal de toutes leurs dettes. Vous possédez virtuellement leur toit, leurs terres, et même le lit dans lequel la Baronne dort. »
Je fixai l'horizon. Je ne tirais aucun plaisir à ruiner une vieille femme, mais Victor était un danger. Il fallait couper le mal à la racine. — « Prépare l'avis d'expulsion pour demain matin. S’ils veulent jouer aux seigneurs, qu’ils apprennent ce qu’est le droit de propriété moderne. »
Point de vue de Léna
La nuit était tombée, lourde et silencieuse. Alexander dormait à l'étage, et je m'étais installée dans le salon pour lire, essayant d'ignorer l'angoisse qui me serrait la gorge. Le calme de la Provence me paraissait soudainement factice, comme si l'obscurité cachait des yeux malveillants.
Soudain, un craquement de gravier retentit sous la fenêtre de la cuisine. Ce n'était pas le pas lourd et régulier des gardes de Marcus. C'était quelque chose de furtif, de désordonné.
Mon cœur s'emballa. Je me levai doucement, éteignant la lampe. Je vis une ombre se glisser près de la porte-fenêtre de la terrasse. C’était Victor. Il semblait ivre, tenant ce qui ressemblait à un appareil photo et un objet métallique. La rage et le désespoir émanaient de lui.
— « Ouvrez ! » hurla-t-il soudain en frappant contre la vitre. « Sinclair ! Je sais que vous m'avez ruiné ! Vous croyez que vous pouvez tout acheter avec votre argent sale ? »
Je reculai, cherchant mon téléphone, mais Gabriel était déjà là. Il descendit l'escalier, torse nu, une expression de fureur pure sur le visage.
Gabriel n'attendit pas que Victor brise la vitre. Il ouvrit la porte brusquement. Victor, surpris, trébucha en arrière.
— « Vous osez venir ici ? » tonna Gabriel. Sa carrure imposante bloquait toute l'entrée, le protégeant tel un rempart.
— « Vous m'avez tout pris ! » éructa Victor, brandissant son appareil photo. « J'ai des clichés de votre femme, des preuves que vous m'avez harcelé ! Je vais vous traîner dans la boue ! »
— « Tu n'as rien du tout, Victor, » répondit Gabriel d'une voix soudainement calme, ce qui était bien plus terrifiant. « Tu n'as plus de maison, plus de nom, et bientôt plus de liberté. Marcus ! »
En un clin d'œil, deux gardes surgirent de l'ombre, immobilisant Victor au sol. L'appareil photo vola en éclats sur la pierre. Victor hurlait des insultes, des mots dégoûtants sur mes origines, sur la "fille de rien" qui l'avait fait tomber.
Gabriel s'approcha de lui, s'accroupissant pour le regarder dans les yeux. — « Ma femme est mille fois plus noble que toute ta lignée de sang bleu. Demain, tu quitteras cette région. Si je te revois, ou si une seule rumeur sort dans la presse, je m'assurerai que ton nom disparaisse des livres d'histoire. »
Point de vue de Léna (L'Apaisement)
Une fois Victor emmené par la gendarmerie locale, le silence revint, mais il était chargé d'adrénaline. Gabriel referma la porte et se tourna vers moi. Ses yeux cherchaient les miens, s'assurant que j'allais bien.
— « Il ne reviendra plus, Léna. C’est fini. »
Je m'approchai de lui, posant mes mains sur son torse brûlant. Je sentais les battements de son cœur, rapides et puissants. La peur me quitta, remplacée par un désir ardent. Cet homme avait encore une fois tout risqué pour mon honneur.
— « Merci, » murmurai-je.
Il me souleva sans effort, m'asseyant sur le grand buffet de la cuisine. Ses mains encadrèrent mon visage. — « Je t'avais promis la paix, Léna. Je suis désolé que le monde soit si petit et si cruel. »
— « Le monde est cruel, mais tu es là, » répondis-je avant de l'embrasser.
L'intimité qui suivit fut d'une sauvagerie libératrice. Sur le bois frais du meuble, dans la pénombre de la cuisine, nous nous cherchâmes avec une ferveur qui effaçait la violence de la scène précédente. Gabriel m'aimait avec une possession totale, ses mains marquant ma peau comme pour réaffirmer que j'étais sa seule et unique souveraine. Dans cet instant, il n'y avait plus de milliardaire, plus de baronne, plus de passé. Juste nous deux, unis contre le reste du monde.
Le Lendemain
Le lendemain matin, le domaine de Montval était désert. La Baronne et son fils étaient partis à l'aube, emportant leurs maigres bagages.
Gabriel et moi étions sur la terrasse, Alexander jouant à nos pieds. Gabriel me tendit un document. — « J'ai fait don du château de Montval à une association qui aide les mères célibataires en difficulté. On va transformer ce lieu de mépris en un lieu d'espoir. »
Je le regardai, les larmes aux yeux. C'était la plus belle des vengeances. — « Tu es un homme bon, Gabriel Sinclair. »
— « J'ai eu une bonne enseignante, » répondit-il en souriant.
C'est alors qu'un hélicoptère apparut à l'horizon, portant les armoiries de la famille Sinclair. Mon beau-père, Arthur, en descendit, l'air grave.
— « Gabriel ! Léna ! Nous avons un problème à Londres. Le gouvernement veut réviser les accords fiscaux de la holding... et ils disent avoir reçu un témoignage anonyme de quelqu'un qui prétend être le frère caché de Léna. »
Je manquai de laisser tomber ma tasse. Un frère ? Je n'avais jamais entendu parler d'un frère.