Chapitre 20 : L’Ombre du Sang

1141 Words
Chapitre 20 : L’Ombre du Sang Point de vue de Léna Le vrombissement des pales de l'hélicoptère s'éteignit, laissant place à un silence de plomb. Les mots de mon beau-père, Arthur, flottaient dans l'air chaud de la Provence comme une sentence. Un frère. Je sentis le sol se dérober sous mes pieds. Moi qui avais cru avoir tout affronté — la pauvreté, la trahison de Marc, l'abandon de ma mère, le venin de la noblesse — je découvrais que mon identité même était une mosaïque incomplète. Gabriel me rattrapa par la taille, son corps solide comme un rempart contre le vertige qui me saisissait. — « Un frère ? » répétai-je, ma voix n'étant plus qu'un souffle. « C'est impossible. Ma mère n'a jamais mentionné d'autre enfant. C'est sûrement une autre invention de Vane ou d'un autre vautour. » — « C'est ce que j'ai cru au début, » répondit Arthur Sinclair, le visage marqué par l'inquiétude. « Mais cet homme, un certain Thomas, possède des documents officiels. Des tests ADN préliminaires ont été déposés au ministère. Et le timing est catastrophique. Le fisc utilise ce "scandale de moralité et de dissimulation" pour geler les nouveaux accords de la holding. » Gabriel serra les dents, ses yeux gris virant au noir. — « On ne peut pas rester ici. S'ils s'attaquent à la structure fiscale en utilisant Léna comme levier, je dois être à Londres pour briser cette offensive. » Point de vue de Gabriel Le retour à Londres fut tendu. Dans le jet privé, Alexander dormait, inconscient des tempêtes qui secouaient ses parents. Léna fixait les nuages par le hublot, ses mains ne cessant de triturer son alliance. — « Léna, regarde-moi, » ordonnai-je doucement. Elle tourna vers moi un regard empreint d'une tristesse infinie. — « Et si c'était vrai, Gabriel ? Si j'avais un frère qui a grandi dans la misère pendant que je porte des diamants ? Ou pire... s'il est comme ma mère, une personne qui ne voit en nous qu'un chèque en blanc ? » — « S'il est ton frère, nous ferons ce qu'il faut. Mais s'il est un pion envoyé par mes ennemis politiques, je l'écraserai. Personne n'utilisera ton sang pour nous détruire. » À notre arrivée au manoir de Londres, l'ambiance était de guerre. Marcus avait déjà réuni une équipe d'enquêteurs privés. Le fameux "Thomas" nous attendait le lendemain dans les bureaux de nos avocats. La Confrontation : Le Visage de l'Inconnu La salle de conférence était glaciale. Au bout de la table trônait un jeune homme d'environ vingt-deux ans. Il portait un vieux blouson en cuir, ses cheveux étaient en bataille, mais il y avait dans la structure de son visage et dans la couleur de ses yeux — ce bleu délavé que je connaissais si bien — une ressemblance frappante avec Léna. Léna entra dans la pièce. Elle s'arrêta net. Le choc fut visible. Thomas se leva, l'air hésitant, presque intimidé par l'aura de puissance qui émanait désormais de sa sœur. — « Salut... Léna, » dit-il d'une voix rauque. « Je ne voulais pas que ça se passe comme ça. Avec les avocats et tout le cirque médiatique. » — « Qui es-tu ? » demanda Léna, sa voix tremblante mais ferme. — « Simone m'a eu deux ans après t'avoir laissée chez ton oncle. Elle m'a gardé... enfin, elle a essayé. J'ai grandi de foyer en foyer. J'ai découvert qui tu étais quand j'ai vu ton mariage à la télé. J'ai juste voulu te voir, mais des hommes sont venus me voir. Ils m'ont dit qu'ils pouvaient m'aider à obtenir "ma part" si je signais leurs papiers. » Point de vue de Léna Mon cœur se serra. Ce garçon n'était pas un prédateur comme Marc ou Vane. C'était une victime. Une version masculine de ce que j'aurais pu devenir si Gabriel ne m'avait pas trouvée. Je vis dans ses mains calleuses les mêmes marques que j'avais autrefois. — « Quels hommes, Thomas ? » demandai-je en m'approchant de lui, ignorant les signes de prudence de Gabriel. — « Ils travaillent pour un groupe politique... Le "Front pour la Transparence Financière". Ils disent que la fortune de ton mari est bâtie sur des mensonges et que tu caches tes origines pour éviter de partager avec ta "vraie" famille. » Gabriel se leva brusquement. — « Ils t'utilisent, petit. Ils se moquent de ton lien de parenté. Ils veulent juste un témoin pour discréditer Léna et justifier une enquête parlementaire sur mes comptes. » Thomas baissa les yeux, honteux. — « Je n'ai plus un sou, Léna. Je suis à la rue. Ils m'ont promis un appartement si je témoignais contre le "style de vie débauché" des Sinclair. » La Nuit de la Décision De retour au manoir, le conflit entre Gabriel et moi éclata. — « On doit le renvoyer, Léna ! Lui donner de l'argent et l'expédier en Australie ou ailleurs. Il est une bombe à retardement médiatique ! » — « Non ! » m'écriai-je. « C'est mon frère, Gabriel ! Il a souffert par ma faute, parce que notre mère a choisi de le garder lui plutôt que moi, pour ensuite l'abandonner aussi. Je ne peux pas le jeter aux loups. » La tension monta. Le désir et la colère se mélangèrent. Gabriel m'attrapa par les bras, son souffle court contre mon visage. — « Tu es trop émotionnelle sur ce coup-là ! Tu mets tout en péril : Alexander, l'entreprise, notre sécurité ! » — « Et toi tu es trop froid ! Tu ne vois que des chiffres ! » La dispute se termina dans une étreinte désespérée. La fureur se mua en une passion sauvage, comme si nous essayions d'étouffer les problèmes du monde extérieur par la force de nos corps. Sur le tapis de son bureau, au milieu des dossiers financiers, nous nous unîmes avec une intensité qui disait tout ce que nous ne pouvions plus exprimer avec des mots : la peur de perdre ce que nous avions, et ce besoin viscéral d'appartenir l'un à l'autre, envers et contre tout. Le Lendemain Alors que le jour se levait sur Londres, Gabriel prit ma main. — « Très bien. On va le protéger. Mais à ma manière. » Il fit entrer Thomas au manoir. Mais au même moment, Marcus entra en trombe. — « Monsieur, le Front pour la Transparence vient de lancer une émission en direct. Ils prétendent que vous séquestrez Thomas pour l'empêcher de parler. La police est en route pour une "vérification de bien-être". » Thomas nous regarda, terrifié. — « Je ne leur ai rien dit ! Je vous jure ! » Léna se tourna vers Gabriel. — « Il est temps de montrer au monde la vérité. On ne va pas se cacher. Ouvre les portes. »
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