Chapitre 11 : Le Châtiment et le Miracle
Point de vue de Gabriel
Le trajet vers l’hôtel miteux où se cachait Marc fut silencieux. Gabriel observait le paysage urbain défiler, ses doigts tambourinant sur le cuir de son siège. Il ne ressentait ni colère brûlante ni hâte, mais une détermination froide, presque chirurgicale. Pour lui, Marc Lefebvre n'était plus un rival, c'était un parasite qu'il fallait extraire définitivement de sa vie.
Lorsqu'il entra dans la chambre d'hôtel numéro 204, l'odeur de tabac froid et de nourriture bon marché l'agressa. Marc était assis devant un ordinateur portable, le visage éclairé par la lumière blafarde de l'écran, un sourire de fou aux lèvres. Il ne remarqua même pas les deux gardes du corps de Gabriel qui se postèrent devant la porte.
— « On dirait que tu t'amuses beaucoup, Marc, » lança Gabriel d'une voix qui fit sursauter l'autre homme.
Marc se retourna, manquant de tomber de sa chaise. Ses yeux s'écarquillèrent de terreur en voyant Gabriel, élégant et terrifiant dans son manteau sombre. — « Sinclair ! Comment... comment tu es entré ? » — « J'ai acheté l'immeuble il y a dix minutes, » répondit Gabriel avec une indifférence glaciale. « Ce qui signifie que tu es actuellement un intrus chez moi. »
Gabriel s'approcha, dominant Marc de toute sa hauteur. — « Ta petite vidéo a été effacée. Tes complices chez Vane t'ont déjà abandonné car j'ai racheté leurs dettes. Tu n'as plus d'argent, plus d'alliés, et plus d'avenir. »
Marc tenta de se rebiffer, une lueur de désespoir dans le regard. — « Tu ne peux pas m'effacer comme ça ! Léna m'appartenait ! Elle m'aimait avant que tu ne l'achètes avec tes millions ! »
Gabriel l'attrapa par le col, le soulevant presque de terre. Son regard gris était devenu noir de rage. — « Elle ne t'a jamais appartenu. Tu as utilisé sa bonté, tu as piétiné sa dignité, et maintenant tu as essayé de salir la mère de mon enfant. Si jamais tu approches à moins de cent kilomètres de ma femme ou de ma propriété, ce n'est pas la police que j'enverrai. Ce sera moi. Et je t'assure que tu regretteras d'être né. »
Il le lâcha comme un sac de déchets. — « Marcus, assure-toi qu'il quitte la ville ce soir. Donnez-lui un billet de bus aller-simple pour le t*********l du monde et confisquez tout son matériel. S'il réapparaît, brisez-le. »
Gabriel sortit sans un regard en arrière. Marc n'était plus qu'un souvenir amer, une poussière balayée par le vent.
Point de vue de Léna
Léna était restée au manoir, entourée par la sollicitude attentive d'Éléonore, qui lui avait fait préparer un thé apaisant. Elle se sentait encore fragile, mais le calme souverain de sa belle-mère l'aidait à reprendre pied.
— « Ne t'inquiète pas, ma chérie, » disait Éléonore en lui caressant la main. « Gabriel est un homme qui sait restaurer l'ordre. »
Quand Gabriel revint, Léna le vit entrer dans le petit salon. Son visage, si dur quelques heures plus tôt, s'adoucit instantanément en croisant son regard. Il s'approcha d'elle et s'agenouilla entre ses jambes, posant son front contre son ventre.
— « C'est fini, » murmura-t-il. « Il ne nous dérangera plus jamais. »
Léna passa ses doigts dans les cheveux de son mari, sentant une immense vague de soulagement. Elle n'avait plus besoin de se battre seule. Elle avait un protecteur, un compagnon, un roc.
Soudain, elle se figea. Une sensation étrange, comme un petit battement d'aile de papillon, puis un coup plus net, se fit sentir juste sous la paroi de son ventre, là où Gabriel avait posé sa main.
— « Oh ! » s'exclama-t-elle, les yeux écarquillés. — « Qu'est-ce qu'il y a ? » s'inquiéta Gabriel, se redressant brusquement. « Tu as mal ? »
Le Miracle de la Vie
Léna prit la main de Gabriel et la déplaça légèrement vers la gauche, là où les mouvements étaient les plus forts. — « Attends... reste là... ne bouge pas. »
Pendant quelques secondes, le silence fut total dans la pièce. Puis, un coup franc et vigoureux vint heurter la paume de Gabriel. Le milliardaire, l'homme qui faisait trembler les bourses mondiales, resta pétrifié. Une émotion pure, brute, submergea son visage.
— « Il a bougé, » souffla-t-il, sa voix tremblante. « Il a frappé contre ma main. »
Léna éclata de rire à travers ses larmes. — « C'est un Sinclair, Gabriel. Apparemment, il a déjà du caractère. »
Gabriel se mit à rire à son tour, un rire franc et joyeux qui sembla chasser les derniers fantômes de la matinée. Il embrassa le ventre de Léna avec une dévotion presque religieuse avant de remonter ses lèvres vers les siennes.
— « Je n'ai jamais rien ressenti de tel, » avoua-t-il entre deux baisers. « C'est plus puissant que n'importe quelle victoire, plus précieux que tout l'or du monde. »
Ce soir-là, alors qu'ils étaient couchés, le monde extérieur semblait n'être qu'un lointain murmure. Marc était banni, Julian Vane était en chute libre, et au cœur du luxe du manoir Sinclair, une nouvelle vie affirmait sa présence. Léna s'endormit avec la main de Gabriel sur son ventre, sachant que malgré les tempêtes à venir, elle était enfin arrivée à bon port.