Chapitre 14 : Le Sang et l'Oubli

1057 Words
Chapitre 14 : Le Sang et l'Oubli Point de vue de Léna La conférence de presse pour la restitution des terres avait été un triomphe. La presse saluait "l'intégrité sans faille" des Sinclair, et Gabriel n'avait jamais été aussi fier de moi. Pourtant, alors que je sortais du bâtiment sous les flashs des photographes, mon cœur s'arrêta. À quelques mètres, derrière le cordon de sécurité, une femme me fixait. Elle ne criait pas, elle ne brandissait pas de pancarte. Elle restait là, immobile. Elle portait un manteau de laine grise élégant, mais ses yeux... ces yeux étaient le miroir des miens. C’était comme si je regardais mon propre reflet avec vingt ans de plus. La panique m'envahit. Ma mère. La femme qui m'avait déposée devant la porte de mon oncle avec un simple sac de vêtements et une promesse de "revenir vite" qui n'avait jamais été tenue. Celle qui n'avait pas donné signe de vie quand je mourais de faim ou quand je travaillais jusqu'à l'évanouissement. — « Léna... » murmura-t-elle, sa voix traversant le brouhaha de la foule comme un coup de poignard. Gabriel sentit mon raidissement. Il suivit mon regard et son expression devint instantanément menaçante. Il fit un signe à Marcus, mais je posai une main sur son bras. — « Non, Gabriel. Laisse-la approcher. Je veux voir son visage. » Point de vue de Simone (La mère de Léna) Je voyais ma fille. Elle était devenue une reine. L'éclat de ses bijoux, la noblesse de son port de tête, et ce ventre magnifique qui annonçait un héritier Sinclair... Tout en elle respirait la réussite que je n'avais jamais pu lui offrir. Je m'approchai, les mains tremblantes. — « Léna, ma chérie... Regarde-toi. Tu es si belle. J'ai vu les journaux, j'ai vu qui tu étais devenue. Je savais que tu étais faite pour de grandes choses. » J'essayai de poser une main sur son bras, avec toute la tendresse que j'avais réprimée pendant quinze ans. — « Je suis tellement désolée pour le passé. J'étais jeune, j'étais perdue... Mais je suis là maintenant. Nous pouvons rattraper le temps perdu. Je peux t'aider avec le bébé, je suis ta mère après tout. » Point de vue de Léna Le mot "mère" résonna dans mes oreilles comme une insulte. Je sentis une colère sourde, glaciale, monter du plus profond de mes entrailles. Ce n'était pas de la haine, c'était une clarté brutale. Je reculai d'un pas, refusant son contact. — « Ma mère ? » répétai-je d'une voix qui surprit même Gabriel par sa dureté. « Ma mère est morte le jour où elle m'a abandonnée pour suivre un homme dont elle ne se souvient même plus du nom. Ma mère est morte de faim dans ma petite chambre de bonne pendant que je comptais mes centimes pour payer un loyer que personne ne m'aidait à assumer. » — « Léna, je n'avais pas le choix... » commença-t-elle, les larmes coulant sur ses joues. — « On a toujours le choix, Simone, » tranchai-je. « J'ai choisi de travailler quinze heures par jour plutôt que de voler ou d'abandonner mes principes. J'ai choisi de rester fidèle à moi-même quand tout s'écroulait. Toi, tu as choisi la fuite. » Je fis un pas vers elle, mon ventre s'interposant entre nous comme un bouclier. — « Tu n'es pas là parce que je te manque. Tu es là parce que tu as vu le nom "Sinclair" à la télévision. Tu es là parce que tu as senti l'odeur de l'argent et du pouvoir. Mais laisse-moi te dire une chose : il n'y a rien ici pour toi. Ni pardon, ni argent, ni place dans la vie de mon enfant. » La Rupture Définitive Simone essaya de se tourner vers Gabriel, cherchant un allié ou une faille. — « Monsieur Sinclair, vous ne pouvez pas la laisser faire ça ! Une famille doit rester unie... » Gabriel ne la laissa pas finir. Il fit un pas en avant, son ombre recouvrant la femme chétive. — « Ma femme a été très claire, Madame. Pour moi, vous n'êtes qu'une étrangère qui importune une femme enceinte. Si vous faites un pas de plus vers elle, ou si vous essayez de contacter la presse pour vendre votre "histoire", je vous briserai. Je n'ai pas la patience de Léna. Partez. Maintenant. » Simone comprit que le mur de fer des Sinclair était infranchissable. Elle jeta un dernier regard de convoitise sur ma voiture, sur mes bijoux, puis elle tourna les talons et s'évapora dans la foule, redevenant l'ombre qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être. Le Poids de la Victoire Une fois dans la voiture, je m'effondrai contre l'épaule de Gabriel. Ma force m'avait quittée dès que la portière s'était refermée. Les larmes que j'avais retenues devant elle coulèrent enfin. — « C'était dur, » murmura Gabriel en me berçant. « Mais tu as été parfaite. Tu as protégé notre paix. » — « Pourquoi maintenant, Gabriel ? » sanglotai-je. « Pourquoi faut-il que chaque fois que je trouve un peu de bonheur, le passé essaie de venir le salir ? » Gabriel prit mon visage entre ses mains et m'embrassa avec une tendresse infinie. — « Parce que tu es un soleil, Léna. Et les ombres sont attirées par la lumière. Mais regarde autour de toi. Ta famille, ta vraie famille, est ici. Mes parents t'aiment, je t'aime, et ce bébé est ton avenir. Simone n'était qu'un fantôme. Et les fantômes n'ont pas de pouvoir sur les vivants. » Je me calmai peu à peu. Il avait raison. En la repoussant, je n'avais pas été cruelle, j'avais été juste envers la petite fille que j'étais autrefois. J'avais enfin fermé la dernière porte qui me liait à ma misère passée. — « Gabriel ? » — « Oui ? » — « Je veux changer mon nom légalement. Je ne veux plus être Léna Martin. Je veux être uniquement Léna Sinclair. Je veux que tout ce qui me lie à cette femme disparaisse. » Gabriel sourit et appela Marcus. — « Fais préparer les papiers. Ma femme veut laisser son dernier fardeau derrière elle. » Alors que la voiture filait vers le manoir, je sentis mon bébé bouger. C'était comme s'il me remerciait d'avoir fait le ménage dans nos vies avant son arrivée.
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