Chapitre 2 : L'Étreinte du Mirage

957 Words
Chapitre 2 : L'Étreinte du Mirage Point de vue de Léna L’air à l’intérieur de L’Éclat était saturé de parfums coûteux, de fumée de cigare et d’une basse sourde qui battait au rythme de son cœur brisé. Léna se sentait comme une intruse avec ses baskets usées et son jean délavé, mais la rage qui bouillonnait en elle agissait comme un bouclier. Elle se dirigea vers le bar, ignorant les regards hautains des femmes en robes de créateurs. — « Le plus fort que vous avez. Et ne vous arrêtez pas à un seul, » lança-t-elle au barman en jetant sur le comptoir ses derniers billets, ceux qu'elle avait économisés pour le dîner d'anniversaire de Marc. Chaque gorgée de tequila lui brûlait la gorge, mais c’était une douleur qu’elle pouvait contrôler, contrairement à la déchirure dans sa poitrine. Elle revoyait le visage de Chloé, ce sourire victorieux. « Terne. Une vieille mule. » Les mots tournaient en boucle. Elle commanda un autre verre, puis un autre. La tête commença à lui tourner, les lumières devinrent des traînées dorées. Elle se mit à rire toute seule, un rire nerveux, presque hystérique. Elle voulait être quelqu’un d’autre. Juste pour une nuit. Elle voulait ne plus être la fille qui se sacrifie, mais celle que l’on regarde avec désir. Elle se leva, un peu chancelante, et se dirigea vers la piste de danse. Dans le flou de l'alcool, elle sentit une présence derrière elle. Une aura de puissance, quelque chose de froid et de magnétique à la fois. Point de vue de Gabriel Sinclair Gabriel observait la scène depuis le balcon privé du carré VIP. Pour lui, ces soirées n'étaient que des obligations sociales ennuyeuses. Il méprisait la superficialité de ce milieu. Mais cette femme, là-bas, au bar, avait attiré son attention dès qu’elle avait franchi le seuil. Elle n’avait rien à faire ici, et pourtant, elle dégageait une énergie brute, une détresse mêlée de défi qui le fascinait. — « Qui est-ce ? » demanda-t-il à son assistant sans quitter Léna des yeux. — « Aucune idée, Monsieur Sinclair. Une cliente de passage, probablement. Voulez-vous que je la fasse sortir ? Elle semble... instable. » — « Non, » trancha Gabriel. « Laisse-nous. » Il descendit l'escalier privé. Il vit comment elle dansait, les yeux fermés, comme si elle essayait d'échapper à son propre corps. Il vit un homme s'approcher d'elle de manière trop insistante, poser une main vulgaire sur sa taille. Gabriel intervint avant même d'y réfléchir. Sa main se referma sur le poignet de l'intrus avec une force tranquille. — « Elle est avec moi, » dit Gabriel d'une voix grave qui ne souffrait aucune contestation. L'homme s'éclipsa sans demander son reste. Léna ouvrit les yeux et fixa Gabriel. Il était d'une beauté intimidante : des traits sculptés dans le marbre, des yeux d'un gris d'orage et un costume qui coûtait probablement le salaire d'une année de Léna. La Nuit du Destin — « Vous m'avez sauvée ? » demanda Léna, un sourire triste flottant sur ses lèvres. « C'est dommage. J'avais envie de me perdre ce soir. » Gabriel la scruta. Il vit les traces de mascara séché sous ses yeux, la fatigue immense derrière l'ivresse. Quelque chose en elle réveilla un instinct qu'il croyait mort depuis longtemps. — « On ne se perd pas dans un endroit comme celui-ci, » répondit-il. « On s'y fait dévorer. » Léna s'approcha de lui, bravant l'espace personnel de cet homme qui imposait le respect à tout le club. Elle posa ses mains sur son torse, sentant la chaleur de son corps sous la chemise en soie. — « Alors dévorez-moi vous-même. Je ne veux plus penser. Je ne veux plus être Léna. Je veux juste... sentir que j'existe pour quelqu'un. Même si c'est un mensonge. » Gabriel aurait dû la repousser. Il ne mélangeait jamais ses affaires avec des inconnues rencontrées dans des bars. Mais le parfum de pluie et de désespoir qui émanait d'elle le désarmait. — « Tu es sûre de toi ? » murmura-t-il, sa main saisissant doucement son menton pour l'obliger à le regarder. — « Plus sûre que de n'avoir jamais existé, » répondit-elle avant de l'embrasser avec une ferveur née de la douleur. La suite fut un tourbillon. La voiture de sport noire qui filait dans la nuit, l'ascenseur de verre montant vers les sommets d'un penthouse surplombant la ville, et enfin, le silence feutré d'une chambre immense. Dans l'obscurité, Léna se laissa aller. Pour la première fois de sa vie, elle ne donnait pas pour obtenir de l'amour en retour. Elle prenait. Elle prenait la force de cet homme, sa chaleur, son odeur de bois de santal. Gabriel, d'ordinaire si maître de lui, se surprit à être d'une douceur infinie, explorant chaque parcelle de cette femme qui semblait se briser entre ses bras. C'était une communion étrange, deux solitudes qui se heurtaient dans l'ombre. Au petit matin, alors que les premiers rayons du soleil frappaient les gratte-ciel, Léna s'éveilla. La réalité la frappa comme un coup de poing. Elle regarda l'homme endormi à ses côtés — un étranger dont elle ne connaissait même pas le nom de famille. Elle se sentit soudainement nue, non pas physiquement, mais émotionnellement. Elle ramassa ses vêtements éparpillés sur la moquette épaisse. Elle ne pouvait pas rester. Elle ne voulait pas voir le regard de pitié ou d'indifférence qu'il aurait au réveil. Elle griffonna quelques mots sur un carnet posé sur la table de nuit : « Merci pour l'oubli. » Elle quitta le penthouse sur la pointe des pieds, ignorant qu'en cet instant précis, sa vie venait de basculer pour toujours. Ce qu'elle pensait être une fin n'était que le prologue d'une tout autre histoire.
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