CHAPITRE 04

1386 Words
Je jette un coup d'œil à Jules, et même sous sa forme de loup, je vois qu'il le ressent aussi. La forêt est notre territoire, et les créatures qui y vivent sont habituées à nous. Bien qu'elles se tiennent généralement à l'écart, elles ne réagissent guère à nos patrouilles. Mais le calme qui règne dans la forêt ne peut signifier qu'une chose : un prédateur est là, et ce n'est pas nous. En état d’alerte maximale, j’ai suivi notre itinéraire, scrutant les arbres et reniflant la brise. La tension monte en moi, mon loup se préparant à défendre notre meute avec force. Ce ne serait pas la première fois que nous croiserions des intrus dans la forêt, et jusqu'ici, mon bilan est parfait. Mais je connais la sanction en cas d'échec, et ce n'est pas la colère de mon Alpha que je crains. Perdre encore plus de personnes qui me sont chères me tient éveillé la nuit. En dix minutes, je perçois une odeur féline, différente de celle d'un chat sauvage errant. C'est une odeur de métamorphe. Pire encore, il y en a plusieurs. Je grogne et ajuste ma trajectoire, le groupe m'imitant. Nous suivons leurs traces, prêts à les chasser ou à nous battre. Mais une autre odeur attire mon attention. Elle appartient à une louve inconnue. Elle est forte, mais effrayée. Des métamorphes félins et un autre loup ? La traquent-ils ? Un hurlement perce l'air et mon ventre se serre douloureusement. Je sais que c'est elle. C'est un appel à l'aide d'une meute. Elle n'est peut-être pas des nôtres, mais nous répondrons à son appel. Je hurle en retour et redouble d'efforts, désireux de la localiser autant que d'éliminer les pumas métamorphes qui ont envahi notre territoire. Nous sommes proches. Je me précipite à travers les arbres et trouve trois pumas métamorphes en train de déchirer les membres d'une louve, tandis que deux autres les encadrent. Elle tente de les repousser en les mordant et en tremblant, mais même un Alpha aurait du mal à résister à cinq ennemis. Jules et les autres protecteurs de la meute se déploient tandis que je me précipite à son secours. Quelque chose me pousse en avant, un besoin de protection plus fort que jamais. Je serre les dents autour d'une des pattes du puma et l'arrache d'elle. Le lion se débat, ses griffes s'agitant comme des faux, et une douleur aiguë me frappe le visage. Un œil se brouille tandis que j'essaie de chasser le sang, mais je ne le lâche pas. Je lui brise la patte d'un mouvement de tête, et il pousse un rugissement de douleur. Je le jette de côté. Ma priorité est le loup brun clair blessé. Mon équipe élimine les deux pumas qui nous encadrent comme un jeu d'enfant. Ils ont commis une erreur en pénétrant sur notre territoire, et ils vont le payer de leur vie. Jules m'aide à vaincre mon prochain ennemi, libérant la jeune fille de ses griffes. Elle n'a aucune chance. Le troisième la libère, comprenant que les chances sont de notre côté. Mon équipe attend mes ordres. J'ai deux choix : tuer le dernier lion ou le laisser partir. Cette dernière option lui permettrait d'avertir les autres que le territoire de la meute de Moon Edge n'est pas à prendre. Tuer est un mal nécessaire, mais je n'en profite pas. Mais la sécurité de ma meute est ma priorité absolue. J'avance, prêt à accomplir mon devoir. Les jambes de la fille s'effondrent sous elle, et tout en moi me presse d'aller la rejoindre. Le puma s'échappe, sautant dans la rivière et bravant les rapides. Je ne le poursuis pas et fais signe à mon équipe de se retirer. Si le lion survit, il serait fou de revenir. Et nous serons prêts à l'accueillir. La fille gît au sol, sous sa forme de loup, haletante. Je m'avance lentement vers elle, essayant de lui prouver que je ne veux pas lui faire de mal, mais elle émet un grognement d'avertissement en fixant Jules et les autres du regard. Je reprends forme humaine. La blessure au-dessus de mon œil me pique, mais j'essuie le sang et me concentre sur la fille. — Hé, tout va bien, dis-je pour tenter de la calmer. On est là pour t'aider. Je me tourne vers mon équipe. — Laisse-lui un peu d'espace. Ils reculent, reprenant leur forme humaine. Je m'écarte également et m'accroupis pour ne pas la dominer. Elle me fixe. Ses yeux sont d'un gris plus foncé que j'aie jamais vu, presque réfléchissants. Ma louve veut que je la prenne dans mes bras et la ramène à la meute, mais ce serait mieux avec sa complaisance. Elle baisse la tête et abandonne sa forme de louve, révélant un corps élancé et des cheveux bruns ondulés. Des griffures et des morsures marquent ses bras, ses jambes et son flanc. Elle croise les jambes et se couvre la poitrine. Je fronce les sourcils. La nudité est normale dans les meutes de loups. Je me demande si elle a grandi entourée d'humains. Son parfum est plus fort que celui des pins qui nous entourent, féminin et terreux, me poussant à enfouir mon visage dans son cou. J'essaie de réprimer mon attirance. Ses petites mains ne couvrent pas grand-chose, mais ce n'est pas le moment de penser au s**e. Elle est blessée et vulnérable, mais je n'ai qu'une envie : la chevaucher, là, sur le sol de la forêt. Je suis une personne horrible. — Comment t'appelles-tu ? demandé-je. Je suis Bastien, de la meute Moon Edge. Ses yeux se baissent brusquement et ses joues s'empourprent avant qu'elle ne détourne rapidement les yeux de mon entrejambe. — Je m'appelle Casey, dit-elle. Sans mentionner le nom d'une meute, mais ce n'est pas une surprise. — Tu peux marcher ? demandé-je. Ma louve me presse de la prendre dans ses bras. Elle est blessée ; je devrais faire semblant, pas parler. Mais je ne veux pas qu'elle me craigne. Elle hausse les épaules, hésitante. — Tu as des vêtements quelque part par ici ? demandé-je, me demandant si c’était là le point de friction. — Je les ai laissés là-bas, dit-elle d'un geste vague par-dessus son épaule. Je me suis retournée en fuyant. — Mes hommes peuvent les retrouver, dis-je. Je jette un coup d'œil à mon équipe et dis : — Jules, établissez un périmètre avec Duncan et Tom. Vous autres, suivez l'odeur de Casey et récupérez ses vêtements. Je ne vérifie pas que mes ordres sont suivis ; je sais qu'ils le seront. Casey se détend tandis que les autres loups disparaissent. — Que faisais-tu ici ? demandé-je. Ses yeux gris s'emplissent de tristesse et ses lèvres roses s'amincissent. — Mon père est mort récemment, et je suis venue répandre ses cendres, murmure-t-elle. La douleur dans sa voix est encore vive. — Je suis désolé, dis-je, le cœur serré comme si sa perte était la mienne. Elle penche la tête. — Tu sais, d'habitude, je déteste qu'on dise ça. Mais pas avec toi. — Je sais ce que tu traverses, dis-je. J'ai perdu mes parents quand j'étais jeune. Je n'ai pas parlé de mes parents depuis des années – la douleur est encore trop vive, même après tout ce temps – mais d'une certaine manière, Casey me fait sentir que je peux le faire. — Je suis désolée. — En général, je déteste quand les gens disent ça, plaisanté-je. Elle m'adresse un léger sourire, mais celui-ci se transforme en une grimace alors qu'elle se serre les côtes. — Je vais examiner tes blessures, dis-je. Ce n'est pas une demande, mais elle ne proteste pas. Les coupures superficielles commencent déjà à se refermer – un avantage de la guérison métamorphe –, mais la blessure sur son flanc demandera du temps. Les blessures causées par d'autres métamorphes peuvent être délicates. — Je te ramène à la maison, dis-je. Tu pourras te remettre avec nous. Je pose ma main sur sa hanche et elle se laisse aller à mon contact. Sa peau est douce, et il me faut toute ma volonté pour ne pas la caresser. Elle ne fait pas partie de la meute, mais elle est sous ma protection pour l'instant. Et comme pour les membres de ma meute, je la défendrai au péril de ma vie.
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