CHAPITRE SIX : Cafardages

1462 Words
Severus était assis à son bureau, la classe était sur le point de commencer. Pour cette première heure de cours, il attendait les premières années de Gryffondor et Serpentard. Il se prépara mentalement à passer une heure avec Potter en face de lui, se demandant comment le rejeton de James allait s’en sortir.   Il avait laissé la porte du cachot ouverte, les élèves commencèrent à entrer dans la salle de classe, d’leurs visages affichant un regard plutôt effrayé et leurs murmures d’étonnement parvinrent jusqu’à lui. Il balaya la salle des yeux, c’est vrai que l’ambiance n’était pas des plus cosy. Les murs étaient recouverts de divers bocaux contenant des animaux morts flottant dans du formol. La température devait avoisiner les 12°C, il faisait froid, mais c’était la meilleure température pour éviter de faire pourrir les ingrédients. L’ambiance suffisait pour pétrifier les plus impressionnables comme Londubat. D'autres plus téméraires, comme Malefoy, souriaient.   Son regard se posa sur Drago qui s’installa à une place au premier rang et lui fit un sourire de reconnaissance. Severus ne lui rendit pas son sourire mais lui fit un léger signe de tête, il ne voulait pas mélanger travail et relations. Mais le plaisir pouvait être intégré au travail. Il vit Harry prendre maladroitement place. Oui, il allait protéger l'enfant, mais cela ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas le tester un peu, le pousser dans ses retranchements. Hors de question qu’il devienne un c****n couronnée de gloire juste parce qu’il était le survivant. Il commença l'appel de sa voix profonde et trainante. En arrivant au nom de Harry, il s'arrêta.                 - Ah oui. Harry Potter. Notre nouvelle... célébrité. Le garçon ne releva pas la remarque cinglante, mais Draco et les deux garçons à côté de lui se mirent à ricaner en tentant tant bien que mal de se cacher derrière leurs mains. Severus termina de faire l’appel et releva la tête de son parchemin pour lancer un regard noir aux élèves.                 - Vous êtes ici pour apprendre la science subtile et l’art rigoureux de la préparation des potions. Sa voix était à peine plus élevée qu’un murmure, mais on entendait distinctement chaque mot. Il savait qu’il possédait le don de maintenir le silence dans une classe sans effort.                 - Ici, on ne s’amuse pas à agiter des baguettes magiques, je m’attend donc à ce que vous ne compreniez pas grand-chose à la beauté d’un chaudron qui bouillonne doucement en laissant échapper des volutes scintillantes, ni à la délicatesse d’un liquide qui s’insinue dans les veines d’un homme pour ensorceler peu à peu son esprit et lui emprisonner les sens… Je pourrais vous apprendre à mettre la gloire en bouteille, à distiller la grandeur, et même à enfermer la mort dans un flacon si vous étiez autre chose qu’une de ces b****s de cornichons à qui je dispense habituellement mes cours. Très fier de son entrée en matière, il laissa un long silence s’installer.                 - Potter ! dit-il soudain. Qu’est-ce que j’obtiens quand j’ajoute de la racine d’asphodèle en poudre à une infusion d’armoise ? Il vit Harry jeter un coup d’œil interrogatif à Weasley qui n’avait pas l’air plus avancé que lui. Juste derrière eux, Granger, une jeune fille aux cheveux bouclés avec un air de je-sais-tout avait levé la main à une vitesse incroyable. Il l’ignora royalement. La réponse de Harry fut brève :                 - Je ne sais pas, Monsieur. Il ne put s’empêcher d’avoir un rictus méprisant. Il avait l’impression d’avoir James en face de lui.                 - Apparemment, la célébrité ne fait pas tout dans la vie.                 - Essayons encore une fois, Potter. Où iriez-vous si je vous demandait de me rapporter un bézoard. La jeune fille releva la main, plus haut, comme si cela aller changer quelque chose. Il remarqua Malefoy et ses deux camarades qui semblaient secoués d’un fou-rire.                 - Je ne sais pas, Monsieur.                 - Vous n’alliez quand même pas vous donner la peine d’ouvrir un de vos livres avant d’arriver ici, n’est-ce pas Potter ? Rogue lui jetait un regard glacé que le garçon semblait maintenir à grand peine. Il reprit :                 - Potter, qu’elle est la différence entre le napel et le tue-loup ? Il vit Granger se lever de sa chaise, la main tendue au-dessus de sa tête. Harry lui répondit avec un ton calme qui le fit trembler de rage :                 - Je ne sais pas. Mais je crois qu’Hermione le sait. Vous aurez peut-être plus de chance avec elle. Severus ne put s’empêcher de penser que ce garçon était la copie conforme de James, ignorant, arrogant, un air supérieur, se prenant pour l’élève le plus branché de Poudlard avec ses réponses à la cool. Il allait le remettre à sa place, mais avant :                 - Asseyez-vous ! lança-t-il sèchement à Hermione. Pour votre information Potter, sachez que le mélange d’asphodèle et d’armoise donne un somnifère si puissant qu’on l’appelle la Goutte du Mort vivant. Un bézoard est une pierre qu’on trouve dans l’estomac des chèvres et qui constitue un antidote à la plupart des poisons. Quant au Nappel et au Tue-loup, il s’agit de la même plante que l’on connait aussi sous le nom d’aconit. Alors ? Qu’est-ce que vous attendez pour prendre note ? Pas une once d’intérêt pour les cours du monde magique. A peine onze ans et déjà submerge par sa propre renommée. Severus fut sorti de ses pensées par le bruissement soudain des plumes et des parchemins que les élèves sortaient précipitamment pour écrire. Il ajouta :                 - Et votre impertinence coutera un point à Gryffondor, Potter.   Il répartit alors les élèves deux par deux et leur fit préparer une potion destinée à soigner les furoncles. Il passait et repassait parmi les élève, sa longue cape noire flottant derrière lui, en les regardant peser des orties séchées et écraser des crochets de serpent. Chacun eut droit à de sévères critiques, sauf Draco qui se débrouillait très bien pour un élève de son âge. - Votre attention s’il vous plait. Demanda-t-il sans élever la voix. Les têtes se tournèrent dans sa direction. Il se tenait à côté de Draco qui remuait fièrement sa potion qui bouillonnait joliment dans son chaudron. - Regardez le chaudron de votre camarade ! Il a parfaitement réussi à  faire mijoter les limaces à cornes, prenez… Il fut interrompu par un nuage de fumée verte accompagné d’un sifflement sonore qui emplit le cachot. Neville Londubat s’était débrouillé pour faire fondre le chaudron de Seamus et leur potion se répondait maintenant sur le carrelage, rongeant les chaussures des élèves. Un instant plus tard, toute la classe était debout sur les tabourets et Neville, aspergé de potion lorsque le chaudron avait fondu, gémissait de douleur tandis que des furoncles lui poussaient sur les bras et les jambes.                 - Imbécile ! gronda Severus en faisant disparaitre d’un mouvement de baguette la potion répandu sur le sol. J’imagine que vous avec ajouté les épines de porc-épic avant de retirer le chaudron du feu ? Il jeta un coup d’œil dégoûté vers Neville qui pleurnichait. Des furoncles lui poussaient à présent sur le nez.                 - Emmenez-le à l’infirmerie, ordonna-t-il à Seamus. Puis il se tourna vers Harry et Ron qui avaient préparé leur potion à côté de Neville.                 - Potter, pourquoi ne lui avez-vous pas dit qu’il ne fallait pas ajouter les épines tout de suite ? Vous pensiez que s’il ratait sa potion, vous auriez l’air plus brillant ? Voilà qui va couter un point de plus à Gryffondor. Il attendit que Potter lui réponde, prêt à dégainer. Il vit la bouche du garçon s’ouvrir pour répliquer puis se refermer. Il s’éloigna des Gryffondors. Il entendit à peine Weasley murmurer à Potter :                 - Laisse tomber. Il parait qu’il peut devenir très méchant quand il s’y met. Parfait ! Sa réputation le précédait, il allait apprendre la vie à ce blanc-bec si fier de sa popularité.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD