Point de vue d'Evangelina
J'entends des bips et l'odeur de désinfectant est presque aveuglante pour les narines. J'ouvre les yeux pour prendre conscience de l'endroit où je suis et je vois que je suis dans un lit d'hôpital, branchée à plusieurs moniteurs avec plusieurs perfusions menant à l'aiguille dans ma main.
Je n'ai à peine le temps d'enregistrer ce qui s'est passé lorsque la porte s'ouvre et un homme entre. Ses yeux rencontrent les miens et j'entends le mot qui me terrifie.
“Compagnon” ma louve chuchote d'une voix que je ne reconnais pas comme la mienne. Je vois sa mâchoire se contracter et avant que quoi que ce soit d'autre ne se produise, je suis projetée dans la vision.
Je suis dans un bureau avec des livres alignés sur les murs. Tout est dans une teinte de marron, le bureau qui se trouve devant une fenêtre donnant sur une belle forêt verte et l'océan au loin. Je me vois debout dans la pièce avec l'homme devant moi. Son aura s'échappe. C'est l'homme que je viens de voir à l'hôpital, mon Compagnon.
“Quel est ton nom ?” demande-t-il, son ton sonnant en colère et déçu.
“Evangelina” je réponds et il souffle.
“Nom complet.” Il exige et je baisse les yeux, sachant ce qui va se passer.
“Evangelina Caterina Pierdonte.” Je réponds et je le vois hocher la tête.
“Moi, Roi Alpha Warrick Samuel Augustus, rejette le lien de compagnon avec Evangelina Caterina Pierdonte. Je rejette tous les liens entre nous à partir de ce moment.” dit-il et je tombe au sol. La douleur irradie de moi par vagues dans toute la pièce.
“Pourquoi ?” je murmure et je lève les yeux vers l'homme que je pensais être mon compagnon. Il se tient la poitrine, mais reste debout.
“Je ne peux pas avoir une renégate comme compagne. J'ai déjà fait cela une fois et elle m'a trahi en travaillant avec d'autres renégats. Tuant avec succès mon père et un quart de nos membres de la meute. Je ne laisserai pas cela se reproduire.” dit-il et je hoche la tête.
“Je ne suis pas elle.” j'arrive à le dire.
“Peu importe. Je ne mettrai pas en danger la sécurité de ma meute.” dit-il et je hoche lentement la tête à nouveau, tout en me relevant lentement.
“Alors moi, Evangelina Caterina Pierdonte, j'accepte ton rejet, Roi Alpha Warrick Samuel Augustus. Je rejette tous les liens entre nous à partir de ce moment.” dis-je. Nous restons là un moment et après que la douleur s'est installée entre nous, je m'effondre sur le sol. Warrick panique et s'agenouille à mes côtés.
“Evangelina ? Ça va ?” demande-t-il, en écartant les cheveux de mon visage. Sa respiration se bloque et je l'entends murmurer. “Elle est morte.” Il lève les yeux vers le plafond avec remords. “Qu'ai-je fait ?”
Je suis tirée de la vision et de retour dans la chambre d'hôpital, avec Warrick à mes côtés, les sourcils froncés. Mon cœur se serre en me rendant compte qu'il veut me rejeter. D'autant plus avec la réalisation que le rejet me tuerait.
“Comment te sens-tu ?” demande-t-il d'une voix tendue. Je tourne mon regard vers ses yeux, absorbant tout. Sa grande silhouette, les veines dans ses bras, la façon dont ses muscles semblent vouloir être libérés de la chemise blanche à boutons serrée, sa mâchoire qui a un peu de poils, ses cheveux noirs tressés comme on pourrait le voir chez un viking, puis ses yeux. Ses yeux sont à couper le souffle. Ils sont bleus comme l'océan, les éclats d'orange me rappellent un coucher de soleil se reflétant sur l'eau. Il est absolument magnifique. Je plonge mon regard dans ses yeux un moment quand je vois sa mâchoire se contracter et je dois détourner le regard. Je dois réfléchir à quoi faire. Je l'entends souffler et marcher à nouveau vers la porte.
“Elle est réveillée.” je l'entends dire, et un instant plus tard, un homme en blouse blanche entre.
“Bonjour. Je suis le docteur Herrera. Mon équipe et moi nous sommes occupés de vous lorsque l'Alpha vous a amenée.” dit-il gentiment avec un petit sourire. Je hoche la tête.
“Nous avons suturé vos blessures et ce que vous voyez branché à vous sont les différentes perfusions pour contrer les effets de l'aconit, et les nutriments dont votre louve a besoin pour vous aider à guérir vos blessures. Vous devriez pouvoir partir dans quelques heures.” dit-il, ce qui me surprend.
“Depuis combien de temps suis-je ici ?” je demande, mon esprit s'emballant.
“L'Alpha vous a amené il y a environ un jour. Ça fait 30 heures au total.” Il répond et je hoche la tête en signe d'acquiescement. “Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous pouvez appuyer sur le bouton sur le côté de votre lit, cela alertera une de mes infirmières.” dit-il.
“Merci.” Je réponds et regarde mes mains. Du coin de l'œil, je le vois marcher vers la porte.
Si je suis ici depuis 30 heures, je pense que j'ai passé 10 heures dans le donjon et avant cela, j'ai couru pendant une heure. Ça fait 41 heures. J'ai encore 7 heures avant que ma meute vienne me chercher. On a convenu que je leur dirais combien de temps je mettrai et si je ne suis pas de retour dans 24 heures, ils doivent commencer à se préparer pour l'extraction. Les 24 prochaines heures, c'est pour eux de faire des plans et à me donner du temps pour m'échapper si possible.
Je vois un mouvement du coin de l'œil et tourne mes yeux vers cela.
“Je vais te laisser le temps de finir les perfusions, puis je t'emmènerai au château pour te rafraîchir et t'apporter un peu de dîner.” dit le Roi et je lui fais un signe de tête.
“Merci.” Je réponds et il souffle puis sort par la porte. Une fois la porte fermée, je me tourne vers ma louve pour qu'elle m'aide.
“Veena, qu'allons-nous faire ?” Je demande.
Elle souffle. “Ne lui donne pas notre nom, c'est sûr.” Elle répond, clairement irritée par ce qui se passera si nous le faisons.
“Tu sais pourquoi on mourrait s'il nous rejetait ?” Je demande, curieuse de connaître la réponse.
“Mère Lune nous a dit qu'on avait reçu des dons et des connaissances pour aider les autres et nous préparer à la guerre. Peut-être que le Roi, notre compagnon, est la clé pour gagner la guerre et si nous sommes rejetées, ça ruine ces plans. Tu sais que nos visions, c'est sa façon de communiquer.” Elle répond.
“Je sais. Donc notre plan est de ne pas lui donner notre nom, et d'attendre que notre meute vienne nous chercher et partir ?” Je demande pour être sûre qu'on est sur la même longueur d'onde.
“Oui.” Elle répond d'un ton triste et je hoche la tête et je retombe sur l'oreiller, essayant de clarifier mes pensées en ébullition.