Partie 2 : La Pression du Diamant

3685 Words
Chapitre 7 : L'Écho de la Menace ​Le message d'Angel — "Je te vois, Umhlanga. Et je sais qui est ta sœur." — était gravé dans les pupilles d'Aisha. C'était la peur la plus pure qu'elle ait jamais ressentie, bien pire que la terreur qu'inspirait Kael. Kael utilisait la peur pour contrôler ; Angel l'utilisait pour détruire. ​La première chose qu'elle fit fut de se rendre dans sa chambre, l'ancienne annexe de Lila. Elle ferma les lourds rideaux, alluma toutes les lumières et sortit son téléphone satellite, l'outil de communication crypté du Kraken. Elle ne pouvait pas appeler Kael. Il était trop exposé. Elle ne pouvait pas appeler Nomusa. Le téléphone de sa sœur était très certainement surveillé par Angel ou ses hommes. ​Elle appela la seule personne en qui elle pouvait encore faire confiance, le seul maillon de la chaîne qui pouvait lui donner l'information sans poser de question : Hector. ​« Je suis Zola », siffla-t-elle, utilisant le code. ​La réponse d'Hector fut rapide et nerveuse. « Tu es folle d'appeler. Kael a dit... » ​« Je sais ce qu'il a dit. Écoute-moi. Nomusa. L'université. » ​« Quoi ? » ​« Angel sait. Il a envoyé un message. Je veux que tu mettes quelqu'un dessus. Maintenant. Un de nos hommes que tu sais loyal. Pas de contact. Juste une observation. S'il y a le moindre mouvement, tu m'appelles. » ​Hector toussota. « Tu me demandes de risquer ma tête pour la gamine de ton père, alors que la Pieuvre brûle ? » ​« Je te demande de faire ce que Kael t'aurait ordonné s'il n'était pas en fuite. C'est l'assurance vie de Kael. Et ma tête est ton paiement futur. Fais-le, Hector. » ​Le silence d'Hector fut long, lourd. « Tu as le feu en toi, gamine. J'ai vu ce que tu fais à Zuko Ngwenya. Tu le manges tout cru. Très bien. Je m'en occupe. Un seul homme. À distance. Mais si Angel le trouve, tu es responsable. » ​« Marché conclu. » ​Aisha coupa l'appel. Elle avait acheté un peu de temps, mais elle avait aussi mis Hector dans une position dangereuse. La confiance était un luxe qu'elle ne pouvait pas se permettre, même avec les hommes de Kael. La trahison de ce dernier par Angel l'avait rendue paranoïaque. Qui savait combien d'autres hommes de Kael étaient prêts à se vendre au nouveau "Kraken" ? ​Elle se concentra sur sa mission : Accélérer le mariage. ​Elle descendit dans la cuisine immaculée de la villa Thorne, où Elias Thorne, toujours pâle et tremblant, buvait son troisième espresso de la matinée. ​« Zola », dit-il, utilisant le faux nom d'Aisha, l'appelant par son rôle de Lila. « J'ai eu Zuko au téléphone. Il veut nous inviter à Pretoria la semaine prochaine pour rencontrer sa famille. » ​« C'est bien », dit Aisha avec le faux sourire hautain de Lila. « Mais nous n'avons pas le temps. Kael m'a mise en garde. Avec les ennuis du Syndicat, la Bourse du Cap va trembler. Les investisseurs vont paniquer. Le plus tôt nous serons Ngwenya, le plus vite l'alliance sera scellée et les fonds de contrebande protégés. » ​Thorne la regarda, impressionné par son assurance. « Tu as raison, ma chérie. La situation est instable. » ​« Père, je veux une fête de fiançailles. Un grand événement. Ici, à Camps Bay. Pour que tout le monde voie que le Ngwenya et le Thorne sont unis. Et je veux que ce soit dans trois jours. » ​Thorne faillit s'étouffer avec son café. « Trois jours ? C'est impossible. Le traiteur, la liste des invités... » ​« Je m'occupe de la logistique », dit Aisha, sa voix pleine d'autorité. C'était l'avantage d'être l'assistante et la fausse fille : elle connaissait toutes les ressources et tous les contacts de Thorne. « Je veux que vous appeliez Zuko et que vous lui disiez que la sécurité de nos affaires nécessite une démonstration de force immédiate. L'événement aura lieu. C'est un ordre de la famille. » ​Thorne, effrayé par l'idée de perdre ses investissements et la protection implicite de Kael via cette alliance, acquiesça. « Très bien, ma chérie. Fais-le. » ​Aisha avait mis la machine en marche. Trois jours. C'était la ligne d'arrivée pour le premier sprint. Elle devait trouver une faille dans l'énigme du carnet avant la fête. ​Plus tard dans l'après-midi, Zuko arriva, débordant d'enthousiasme. ​« Trois jours, mon trésor ? Je te connais bien ! C'est audacieux ! » Zuko la prit dans ses bras, et Aisha se força à se détendre. Elle devait sentir ce qu'il dégageait, comprendre ses faiblesses. ​« Je veux juste que les choses soient officielles, Zuko. J'en ai assez de la politique de mon père. Je veux être ta femme et être en sécurité. » ​« Tu le seras, mfazi », murmura Zuko, caressant ses cheveux. Il l'embrassa. C'était un b****r doux, possessif, mais sans la violence latente que Kael dégageait. C'était un b****r qui promettait une vie confortable et ennuyeuse. ​Aisha devait se souvenir que la vie que ce b****r promettait était une trahison pour Zuko, et un piège mortel pour elle. Elle répondit au b****r, jouant le rôle jusqu'au bout. ​Elle sentit l'énorme bague de fiançailles au diamant étinceler sur son doigt. Un symbole de l'alliance. Un pas de plus vers l'Œil du Karoo. ​Chapitre 8 : Le Mandat de l'Ombre ​À l'approche du crépuscule, Aisha trouva un moment d'isolement dans la bibliothèque de Thorne. Elle y déploya le carnet de Kael, ses pages jaunies par le temps. Le carnet était plus qu'un recueil de poèmes ; il était un testament de famille, mêlé de regrets et de codes. ​Elle se concentra sur la partie qui semblait la plus cryptique. Un poème, écrit en Xhosa, suivi d'une série de coordonnées géographiques étranges. ​« Kwaye i-Karoo yona yindlu yethu, lukhuni, kodwa oluqinileyo. (Et le Karoo est notre maison, dure, mais forte.) Aphu inkwenkwezi emnyama ixhonywe emazantsi. (Où l'étoile noire est suspendue au sud.) Le ngelosi ekhohlakeleyo ayikwazi ukuyifumana. (L'ange pervers ne peut la trouver.) Apha apho iingwenya zibala khona ixesha, ngaphandle kwamanzi. (Où les crocodiles comptent le temps, sans eau.) » ​Le vers qui la frappa fut le troisième : « L'ange pervers ne peut la trouver. » Angel. C'était une référence directe à la trahison de Kael. Son père avait-il anticipé cela ? Le carnet était bien plus ancien que la trahison, mais il semblait que le destin de Kael était écrit d'avance. Le diamant était caché d'Angel. ​Le vers final était la clé. « Où les crocodiles comptent le temps, sans eau. » Les crocodiles, c'était les Ngwenya (Ingwenya signifie crocodile en zoulou). Comment pouvaient-ils compter le temps sans eau ? ​Aisha se rappela une légende des townships : certains Ngwenya, avant de devenir des barons criminels, étaient des mineurs. Ils utilisaient de vieilles horloges solaires pour marquer les quarts de travail dans les mines asséchées du Karoo. ​Elle tapa les coordonnées étranges dans une base de données d'archives sud-africaines que Kael lui avait donnée. Les coordonnées pointaient vers un lieu. Pas un bâtiment, mais une vieille Mine de Diamant désaffectée au fin fond de la province du Cap-Nord, près d'un désert qui s'étendait jusqu'à la Namibie. ​L'endroit s'appelait Mntu-oMnyama (l'Homme Noir). Un lieu de malédiction. ​C'est là que le diamant devait être. Le cœur de l'empire Ngwenya. ​Elle comprit que la prochaine étape était de communiquer l'information à Kael. C'était un risque énorme, mais elle avait besoin de son feu vert. ​Minuit. Elle se rendit sur le toit de la villa Thorne, utilisant une antenne parabolique désaffectée comme bouclier contre les satellites. Elle activa le protocole de communication d'urgence. ​Quelques minutes plus tard, la réponse de Kael vint, sous forme de messages texte chiffrés. ​Kael : Risqué. Dangereux. Je t'avais dit de ne pas m'appeler. ​Zola : Angel sait pour Nomusa. Il m'a contactée. Je ne peux pas ralentir. J'ai trouvé quelque chose. ​Kael : Dis-moi. ​Zola : Le carnet pointe vers Mntu-oMnyama. Une mine de diamant désaffectée dans le Karoo. Où les crocodiles comptent le temps, sans eau. Est-ce exact ? ​Il y eut une minute de silence. L'attente était une torture. ​Kael : C'est mon père. Il a trouvé la mine. C'était son point de rupture avec les Ngwenya. S'ils gardent l'Œil là, c'est leur cœur. Bien joué, Zola. Mais c'est un piège. Tu es sur le point d'entrer sur leur territoire ancestral. ​Zola : J'ai besoin de savoir comment y accéder. ​Kael : L'accès est lié à Zuko. Le jour de la signature de l'alliance. Il y a un document secret, une vieille charte foncière. Il doit la signer pour que son héritage soit complet. Ce document est la clé d'accès à la mine. Il est gardé par La Reine Mère. ​Zola : La Reine Mère ? ​Kael : La grand-mère de Zuko. Elle est à Pretoria. Elle tient le Ngwenya d'une main de fer. Elle hait les Thornes et elle va te haïr encore plus. C'est elle qui détient la charte, et l'autorité pour te faire entrer. ​Zola : Donc je dois d'abord gagner sa confiance. ​Kael : Non. Tu dois lui voler sa charte, ou l'obtenir par le mariage. Mais surtout... écoute-moi bien, Zola. Angel sait que je te cherche. Il va te forcer à le rencontrer. Ne le fais pas. S'il te trouve, il t'utilisera contre moi, puis il te tuera. Si tu te retrouves coincée, rappelle-toi : j'ai besoin de l'Œil pour vivre. Et tu as besoin de moi pour sauver ta sœur. ​Le signal coupa brusquement. Aisha resta seule dans l'obscurité, les messages de Kael résonnant dans sa tête. Il venait d'avouer une vérité terrible : le diamant était plus important pour lui que sa survie immédiate, et il était la seule monnaie d'échange pour la vie de Nomusa. ​Chapitre 9 : Sous le Regard du Serpent ​L'organisation de la fête de fiançailles fut un tourbillon. Aisha, sous le nom de Zola, était partout : coordonnant les traiteurs, vérifiant la liste des invités (en retirant les noms des associés trop proches de Kael et en ajoutant ceux des rivaux d'Angel), et surtout, gérant Zuko. ​Le soir de la fête, la villa Thorne à Camps Bay scintillait. Des lustres en cristal, des fleurs rares, et l'élite du Cap en costumes de créateurs. Aisha, vêtue d'une robe de soirée rouge sang, était l'incarnation de la "Lila" parfaite : éblouissante, distante et légèrement provocante. ​Zuko la tenait par le bras, fier de présenter sa future épouse. ​« Tu es incroyable ce soir », lui souffla-t-il, un verre de champagne à la main. « Je ne savais pas que tu avais cette flamme en toi. » ​« Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas sur moi, Zuko », répondit-elle, le regard vide. ​Alors qu'ils accueillaient les invités, le sol se déroba sous les pieds d'Aisha. Dans un coin de la salle, près du piano à queue, un homme la fixait. ​Il était grand, d'une élégance brutale, avec une expression à la fois ravie et menaçante. Il n'était pas l'un des amis de Thorne. Il n'avait pas l'air d'appartenir à la haute société. Il était trop vif, trop musclé, avec le regard affûté d'un prédateur. ​C'était Angel. ​Il était là, en personne, dans la maison de son ennemi. Il portait un smoking, mais il le portait comme une armure. Aisha sentit un froid glacial se répandre dans son ventre. Il était venu pour la confronter, ou pire, pour la dénoncer. ​Angel s'approcha, faisant glisser sa main sur une table. Zuko le regarda, confus. ​« Excusez-moi, monsieur », dit Zuko, poliment. « Êtes-vous invité ? » ​Angel sourit, un sourire de requin. Il ne regarda pas Zuko. Ses yeux d'un noir intense étaient rivés sur Aisha. ​« Je m'appelle Amon. Un ami de la famille Ngwenya. Je suis un vieux collègue de ton oncle, Zuko. » Il tendit la main à Aisha. ​« Enchanté, Zola », dit-il, mais le mot sonnait comme une insulte. ​Aisha prit sa main. Elle sentit la poigne ferme et froide de l'homme. La façon dont il la tenait était possessive, un défi lancé à Zuko. ​« Bienvenue, M. Amon », répondit-elle, sa voix tremblante mais assurée. ​« Je suis venu te féliciter », dit Angel, se penchant. « J'ai entendu dire que tu avais l'intention d'effacer les dettes de ton passé. C'est une histoire fascinante. » ​Le message était clair : Je sais qui tu es, et je sais ce que tu es venue faire ici. ​Zuko fronça les sourcils. « Des dettes ? De quoi parlez-vous, Amon ? » ​Angel se redressa, jouant la confusion. « Oh, juste la dette de l'élite. Le prix à payer pour être au sommet. Je plaisante, bien sûr. » ​Il pressa doucement la main d'Aisha avant de la relâcher. « Mais tu as quelque chose dans tes yeux, Zola. Quelque chose de féroce. Je te verrai bientôt. Peut-être sous de meilleures auspices. » ​Angel s'éloigna. Aussitôt qu'il fut hors de vue, Aisha se rendit dans la salle de bain, le cœur battant. Elle venait de faire face à l'homme qui contrôlait la vie de sa sœur. Il ne l'avait pas dénoncée. Pourquoi ? ​Elle comprit. Il voulait Kael. Et il savait qu'Aisha était le seul appât assez important pour le faire sortir de sa cachette. Angel allait la laisser jouer le rôle de Lila, la laisser s'approcher de l'Œil du Karoo, et au moment où elle serait sur le point de réussir, il allait la prendre en otage, forçant Kael à se rendre pour elle et pour Nomusa. ​Aisha regarda la bague au doigt. Elle était le prix et l'appât. Elle devait jouer le jeu jusqu'au bout, et utiliser le temps qu'Angel lui donnait. ​Chapitre 10 : Le Secret dans la Terre ​La nuit après l'affrontement avec Angel, Aisha ne dormit pas. Elle utilisa le temps pour agir. ​Elle revint sur le carnet de Kael. Si Mntu-oMnyama était la destination, il devait y avoir un plan, une carte. Et cette carte devait être locale. ​Le poème parlait de crocodiles comptant le temps, sans eau. L'horloge solaire. ​Elle retourna à l'annexe où la vraie Lila était enfermée sous la piscine. Elle n'avait pas le droit d'y aller, mais elle prit le risque. Hector était de garde, lisant un roman policier. ​« Je dois vérifier qu'elle va bien », dit Aisha, sa voix froide. « Kael exige des rapports sur l'état de la cargaison. » ​Hector haussa les épaules. « Elle dort. Comme d'habitude. » ​La chambre froide était petite, mais luxueuse. Lila était étendue sur le lit, la respiration lente et régulière. ​Aisha regarda autour d'elle. Des bouteilles d'eau, des couvertures. Rien. Mais son regard s'arrêta sur le sol. C'était un carrelage de style rustique, une vieille terre cuite que Thorne avait fait poser il y a des années. ​Sous le lit, l'une des dalles de terre cuite était légèrement plus foncée que les autres. ​Aisha fit glisser le lit, alertant Hector par le bruit. « Je n'ai pas le temps pour ça », grogna-t-il. ​« Je cherche une fuite d'eau », mentit-elle. ​Elle s'agenouilla et passa son ongle sous la dalle foncée. Elle n'était pas collée. Elle la souleva. ​En dessous, il n'y avait pas de terre. Il y avait une petite boîte en bois noir, incrustée de gravures Xhosa complexes, le bois poli par les années. ​Aisha sentit une bouffée d'adrénaline. C'était un objet personnel, quelque chose que Lila n'aurait jamais regardé, mais qui appartenait clairement à la famille Thorne. ​Elle ouvrit la boîte. À l'intérieur, il n'y avait pas d'argent ni de bijoux. Il y avait un cadran solaire portatif brisé, datant de l'époque des mines du Cap-Nord. C'était un instrument de navigation primitif, mais les chiffres sur le cadran étaient gravés dans un ordre étrange, qui ne correspondait à aucune heure standard. ​Elle reconnut les symboles. C'était les mêmes inscriptions que celles griffonnées au dos du carnet de Kael. ​Les crocodiles comptaient le temps, sans eau. C'était l'horloge solaire. Elle n'était pas là pour donner l'heure, mais pour donner des coordonnées. Les chiffres gravés n'étaient pas des heures, mais des degrés et minutes de latitude et de longitude. ​Aisha remplaça la dalle et fit glisser le lit. Elle se releva, le cadran solaire caché dans le tissu de sa robe. ​« Rien », dit-elle à Hector, son cœur battant la chamade. « Juste de vieilles dalles. » ​« Alors sors », dit Hector, agacé. ​De retour dans l'annexe, Aisha passa des heures sur la carte d'Afrique du Sud. En utilisant les symboles du cadran solaire comme clés de décodage pour les coordonnées du carnet, elle réussit à épingler l'emplacement précis d'une vieille cache d'eau dans la mine Mntu-oMnyama. ​L'Œil du Karoo n'était pas juste caché dans la mine. Il était caché dans un lieu lié à l'eau, même si l'endroit était sec. C'était l'ultime sarcasme. ​Elle réalisa qu'elle était à un pas du succès. Elle avait l'emplacement. Il ne lui manquait plus que la Charte de la Reine Mère pour avoir l'autorité d'entrer sur le territoire Ngwenya sans être abattue. ​Chapitre 11 : La Reine Mère et la Promesse Mortelle ​Le lendemain, Zuko annonça qu'ils devaient se rendre à Pretoria immédiatement. ​« Ma grand-mère, la Reine Mère, veut te voir, Zola », dit-il, l'air anxieux. « Elle a entendu parler de la fête. Elle n'est pas contente que l'annonce ait été faite sans son approbation. C'est elle qui détient la Charte de l'Alliance. Sans son consentement, le mariage ne vaut rien politiquement pour le Ngwenya. » ​Aisha se sentit prise au piège. C'était Kael qui avait tout planifié. La Charte était la clé d'accès à la mine. Elle devait y aller. ​Le voyage vers Pretoria fut long et tendu. L'arrivée dans la concession Ngwenya fut intimidante. Ce n'était pas la richesse clinquante de Camps Bay, mais une opulence lourde, tribale, entourée d'une sécurité paramilitaire. ​La Reine Mère, une femme nommée Mam'Zulu, était assise sur un trône de bois sombre. C'était une femme aux yeux intelligents et impénétrables, habillée dans le tissu traditionnel zoulou. Elle irradiait le pouvoir. ​« Tu es l'épouse de mon petit-fils », dit-elle, sa voix sèche, parlant en anglais parfait. ​« Je suis Zola Thorne, Madame », répondit Aisha, s'inclinant légèrement, jouant le respect dû à la tradition. ​« Tu es jolie. Mais la beauté est de la poussière. Ma famille a besoin d'acier. » Elle regarda Zuko. « Tu as choisi la beauté, Zuko. J'espère que tu n'as pas oublié le devoir. » ​Zuko baissa la tête. « Non, Maman. » ​Mam'Zulu fixa Aisha, son regard cherchant une faille. « Dis-moi pourquoi je devrais te donner la Charte de l'Alliance ? Pourquoi devrais-je t'autoriser à marcher sur les terres sacrées des Ngwenya ? » ​Aisha prit une inspiration profonde. C'était le moment de la ruse. Elle ne pouvait pas jouer l'amour, elle devait jouer la puissance. ​« Parce que je suis plus utile à votre famille que l'héritière précédente », dit-elle, se redressant. « Mon père, Elias Thorne, contrôle les fonds du Cap. Mais ces fonds sont menacés par la guerre du Kraken. Si vous voulez la paix et la prospérité, vous avez besoin de quelqu'un qui n'a pas peur de la noirceur. Je n'ai pas peur. » ​« La noirceur ? Qu'en sais-tu de la noirceur, petite fille ? » ​« J'ai vu le traître d'Angel à mes fiançailles. J'ai senti l'air trembler. Je suis la seule qui l'a regardé dans les yeux sans cligner. Je suis votre bouclier, Mam'Zulu. Et je suis prête à payer le prix du sang pour l'Alliance. » ​Mam'Zulu resta silencieuse, visiblement secouée par l'audace et l'information d'Aisha. Comment cette "fille riche" connaissait-elle Angel ? ​Elle soupira. « Très bien. L'alliance sera scellée, Zuko. Le mariage est dans deux semaines. La Charte est dans le coffre. » ​Aisha sentit une vague de triomphe. Elle avait réussi. ​Mais alors qu'elle faisait le pas pour partir, un majordome entra, portant un petit colis. ​« Un colis pour Mlle Thorne », dit-il. ​Aisha l'ouvrit. À l'intérieur, il y avait le téléphone portable de Nomusa. Il était brisé. Et à la place de l'écran, il y avait une petite mèche de cheveux. ​Le sang se glaça dans ses veines. ​Angel. Il était là. Il avait tenu sa promesse. ​Mam'Zulu, ne comprenant pas la terreur d'Aisha, parla d'une voix calme : « Qu'est-ce que c'est ? » ​Aisha, la mèche de cheveux de sa sœur à la main, regarda Mam'Zulu. Elle vit une menace à peine voilée sur le visage de la vieille femme. ​« C'est... un cadeau de mariage », dit Aisha, sa voix brisée. ​Puis, une nouvelle notification s'alluma sur le téléphone satellite de Kael que seule Aisha pouvait lire. Ce n'était pas Angel, c'était Kael. ​Kael : Je me suis trompé. Angel n'est pas le seul danger. Je viens d'apprendre que Mam'Zulu a un lien ancien avec le traître. Elle attend que tu trouves l'Œil du Karoo pour le lui donner. Tu es piégée par la Reine Mère. ​Aisha regarda la Reine Mère, qui la fixait avec un sourire étrange. La femme qui venait de lui donner la clé de son succès était en réalité son deuxième bourreau. Elle était prise entre le Kraken, le Ngwenya, et Angel. Et Nomusa était désormais entre les mains d'Angel.
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