L’évasion

550 Words
La lune était une lame mince et égoïste, offrant juste enough de lumière pour rendre les ombres plus menaçantes. Le bruit le plus fort de l’univers, pour Sarah, n’était pas le vent dans les cannes à sucre, mais le martèlement désordonné de son propre coeur. Elle avait l’impression que ce tambourage allait trahir sa position à des kilomètres à la ronde. Sortir de la case fut simple, un pas de l’ombre à l’ombre. Atteindre la lisière des champs fut la première épreuve. La terre , tassé par des générations de pas et par la pluie récente, la rangée de cotonniers, s’enfonçant dans les fourrés piquants, préférant la douleur physique au risque d’être vue. Elle se rappelle les leçons que sa mère lui avait données, non pas sur la lecture mais sur la survie Sarah. Respire avec la terre. La vrai menace n’était pas la noirceur , mais les bruits organisés de la plantation. Le claquement régulier des fouets dans les quartiers éloignés, le plus terrifiant encore, le sifflement aigu qui signifiait la fin du tour de garde des surveillants. Sarah se figea. Elle connaissait le rythme des patrouilles. L’homme de garde Jackson, était méticuleux mais prévisible. Il passait par ici à la limite des bois, toutes les heures. Sauf quand le maître, Henry, le réveillait sans prévenir pour des inspections impromptues. Une image traversa l’esprit de Sarah, froide et dérangeante: la silhouette haute et sévère d’Henry, debout, la nuit, observant les cabanes depuis le balcon de la grande maison, son visage impénétrable. Il avait cette manie de surveiller, de contrôler même l’air que respiraient ses esclaves, une habitude qui l’avait toujours terrifiée. L’idée que ce fut cet homme —celui qui avait terrassé son enfance par sa seule présence— qui était mentionné dans les notes de sa mère ajoutait une couche vénéneuse à sa fuite. Alors qu’elle rampait à travers une haie d’épineux, elle entendit le premier signe de danger imminent, un aboiement lointain , puis le hurlement coordonné de la meute. Les chiens de chasse. Ils étaient lâchés. La panique monta, une vague acide dans sa gorge. Elle était trop près. Elle devait atteindre l’ancienne route des contre bandiers, un sentier à travers le marais. Elle se redressa malgré le risque, courant en claudiquant. Au milieu de la course folle, elle trébucha. Sa main heurta un morceau de bois semi-enterré. Elle le saisit, une branche noueuse, lourde. Et là , elle sentit le poids du médaillon et du cahier sous son chemisier. Ce n’était pas seulement sa vie qu’elle protégeait, c’était la vérité. Le prix qu’elle avait à payer pour ce savoir valait chaque risque. Le hurlement des chiens se rapprochait, déchirant l’air. Elle plongea à travers un rideau de vignes sauvages , le coeur s’étranglant. Elle entendit les voix, maintenant, celles des hommes qui la chassaient. Une voix se détachait, profonde et autoritaire: Celle de Jackson. Elle se glissa sous un taillis de palmiers nains, son souffle rauque et saccadé. Elle ferma les yeux, priant silencieusement, non pas pour le salut, mais pour la force. Elle sentit alors , dans l’obscurité, le sol se transformer en boue glacial et gluante. Elle avait atteint le marais. La partie la plus difficile, et la plus solitaire, de son évasion ne faisait que commencer…
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