La Proximité Forcée

409 Words
Le système d'esclavage est un poison qui corrompt non seulement l'esclave, mais aussi l'âme du maître. Dans la chambre spacieuse mais verrouillée, Sarah attendit. Elle était traitée avec une étrange courtoisie : on lui apportait des repas raffinés, des livres, et on lui permettait même de prendre un bain chaud. Sa captivité était une prison dorée, conçue par un homme qui voulait l'avoir près de lui, sans savoir comment la posséder légalement. Quelques heures plus tard, Henry entra. Il ferma la porte derrière lui. Il n'était pas le maître arrogant et cruel qu'elle connaissait, mais un homme tourmenté. Pourquoi êtes-vous revenue ? demanda-t-il, sa voix à peine audible. Vous étiez libre. Vous aviez une fortune. Pour vous. Et pour cette injustice, répondit Sarah, se levant, ses yeux fixés sur les siens. Vous pensez que votre pouvoir est dans le fouet, mais il est dans la peur. Ce système vous a corrompu, Henry. Il vous a transformé en une bête. Au lieu de se mettre en colère, Henry s’effondra légèrement sur une chaise. Il parla alors de la plantation, non pas en termes de profit, mais en termes de fardeau. Il parla de son propre père, qui l’avait forcé à prendre le commerce illégal d'esclaves (le réseau du cahier) pour maintenir leur richesse. Il révéla un côté de lui que personne ne connaissait : sa solitude, son dégoût secret pour la cruauté de ses contremaîtres, et surtout, son obsession pour Sarah. J'ai vu votre mère. Je vous ai vue grandir. Vous aviez cette dignité… dit Henry. Il se leva et s'approcha lentement. Je ne pouvais pas vous laisser partir. Pas à cause du carnet. Mais parce que... vous êtes la seule personne qui me fait me sentir… coupable. Humain. Cette proximité forcée, cette révélation inattendue, fit monter les premiers sentiments chez Sarah. Il était l’ennemi juré, l'incarnation de la cruauté. Mais il était aussi un homme seul, prisonnier d'un système qu'il n'avait pas créé. Elle commença à voir le bon côté de lui, l'homme qu'il aurait pu être. Henry s'arrêta juste devant elle. L'air entre eux était électrique. Il leva une main, hésitant à la toucher. Vous êtes mon ennemie, Sarah. Je devrais vous haïr. Mais je... Je sais, murmura Sarah, sa propre faiblesse l'envahissant. Elle ne le haïssait plus. Elle ressentait une étrange pitié et une attirance interdite. Elle n'avait plus peur de lui. C'était la véritable victoire. Si elle pouvait changer son cœur, elle pouvait changer son monde.
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