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1297 Words
Il était impératif que je quitte cet endroit au plus vite avant de faire une connerie. Il n’y avait aucun moyen d’éviter l’accueil et de toute façon, je devais parler à Edith une dernière fois.  Elle leva les yeux de son ordinateur à mon arrivée et tenta son truc déstabilisant.  — Ne perdez pas votre temps, Edith, je n’ai rien entre les dents et si c’était le cas, je m’en soucierais comme d’une guigne.  — Que puis-je pour vous ? me demanda-t-elle alors, un peu déçue.  — Gilles Freeman, je veux son adresse.  — Vous voulez certainement parler de Gilles Fredman ?  Je lui jetai un regard noir. J’avais eu ma dose pour les années à venir.  — Freeman, Fredman, qu’est-ce que vous avez tous à vouloir me les briser, aujourd’hui ? Si vous avez compris de qui il s’agit, qu’est-ce que vous attendez pour le trouver ? C’est pour le moment ma seule piste pour comprendre comment un monstre supposé mort a pu attaquer ma famille. À moins que vous sachiez déjà où il se trouve ?  Elle ne répliqua plus et baissa la tête vers son écran. Je pris son silence pour un « non ».  — Je m’en vais, envoyez-moi l’info dès que vous la trouverez.  — Ce sera fait, répondit-elle, toujours aussi concentrée sur son écran.  Si je ne la connaissais pas, j’aurais pu croire que je l’avais blessée. Il n’en était rien. Elle venait juste de comprendre qu’elle était une g***e sans cœur.  Je quittai les bureaux sans savoir où j’irais ensuite. Après avoir roulé une demi-heure, mon téléphone sonna. Le nom qui venait de s’afficher m’agaça. Godric. Que me voulait-il encore ? Rien qui puisse m’intéresser, j’en aurais mis ma main à couper. Je l’ignorai donc. Il ne l’entendit pas de cette oreille. Le téléphone n’arrêta pas de sonner, menaçant de me rendre dingue. Au bout du quinzième appel, je me résignai à décrocher.  — Tu as intérêt à avoir une bonne excuse pour me traquer ainsi !  O’Cain inspira fort.  — Je voudrais m’excu… tut tut tut.  Je n’avais rien à foutre de ses excuses. Je n’arrivais pas à croire qu’il ait insisté autant juste pour cela. Mon téléphone sonna de nouveau. Cette fois, un appel anonyme. Je décrochai. C’était encore O’Cain. — Ne raccroche pas, je ne t’appelle pas pour les excuses, même si je tiens à te les faire.  — Tu as deux minutes.  — OK, j’ai intercepté un mémo de Myers pour une mise à pied te concernant.  Je jurai. Ce fils de p**e avait osé !  — Tu as deux jours avant qu’il ne se demande pourquoi il n’a pas de retour, reprit-il alors.  — Tu veux quoi en échange ? grommelai-je.  — Oh Bon Dieu, Tash, je ne veux rien. J’ai été en dessous de tout, ce matin. J’étais désespéré, ça faisait des jours que tu m’évitais, alors je n’ai pas réfléchi et j’ai sauté sur la première occasion. Pardon.  Godric n’était pas un mauvais bougre. Il était seulement tombé amoureux de la mauvaise fille.  — Excuses acceptées.  — Euh, Tash, commença-t-il, incertain, la combinaison est sur ton siège arrière. Avant de la jeter par la vitre, sache que c’est une commande d’Idris. C’est vrai que je l’ai imaginée un peu sexy. Que veux-tu, je ne suis qu’un homme ! Mais elle est également incroyablement efficace.  — Non, sans blague, elle fait aussi le café ? ironisai-je.  — Dès que tu en auras le temps, je serai tout disposé à t’en parler.  — Je savais que tu ne retenais jamais tes leçons !  — Eh, je viens de le dire, je ne suis qu’un homme !  *  — Et moi, je suis une femme occupée, ciao.  Je raccrochai puis jetai un coup d’œil à l’arrière pour repérer le morceau de toile que m’avait confectionné Godric. Une commande d’Idris, avait-il dit. La dernière qu’il ait passée. Je soufflai. Moi qui m’étais juré de ne jamais porter cette chose, voilà que je revoyais déjà mon jugement.  Deux longues heures plus tard, j’avais roulé sans but. Je n’avais toujours pas d’appel d’Edith et aucune piste à suivre, alors, le cœur en miettes, je me forçai à rentrer chez moi, emportant la combinaison, qui sembla me brûler les doigts tellement je la trouvais indécente. Quelques secondes après que je m’étais garée, Keyvan arrivait dans son 4×4 flambant neuf.  — Oh, je vois que tu as eu le cadeau d’Idris, fit-il de son sourire énigmatique.  — Tu étais au courant ?  — Bien sûr, il l’a commandé après une de vos disputes à propos de ta sécurité.  Je suis bien heureux de voir qu’O’Cain est au moins utile à quelque chose. Tu seras fantastique, dedans. Jamais tu n’auras porté quelque chose d’aussi… raffiné.  — Tu veux rire ? Ce bout de tissu couvre à peine mon c*l. Je l’ai pris car c’est un cadeau d’Idris, mais jamais je n’assumerai de me trimballer ainsi.  — Tu connais la gêne, alors ? Moi qui croyais que tu étais au-dessus de tout ça ! me nargua-t-il.  — Ah, ah, ah, moque-toi. J’attends de voir ce que Godric te fera. Maintenant qu’il a eu le feu vert pour me vêtir, ne t’inquiète pas, il y aura des uniformes pour tout le monde. S’ils sont assortis au mien, il me tarde de les voir.  Keyvan en perdit son sourire niais et me suivit dans la maison.  Quand j’ouvris la porte, je vis tout de suite que la MIN avait fait le ménage. C’était comme si rien ne s’était passé, comme si Idris, Noah et Joshua n’allaient pas tarder à franchir cette porte. Malheureusement, ce n’était qu’un doux rêve. Rester dans cette maison allait me filer le bourdon. Il fallait que je m’occupe. Je regardai encore une fois la combinaison censée me servir d’armure. Allez, quand faut y aller…  Je grimpai les escaliers avec la démarche d’un condamné. Je m’étais éclipsée alors que Kev préparait un café. Pas question qu’il me voie affublée de cette chose. Je pénétrai dans ma chambre et me changeai rapidement. Le costume était étonnamment confortable, même si je me faisais l’effet d’un mauvais cosplay de Wonder Woman.  Le noir et le rouge dominaient, cette chose était constituée d’un bustier se terminant par une culotte haute et de bottes montantes qui m’arrivaient aux cuisses. Il y avait aussi un holster de cuisse avec assez de place pour ranger mon SIG et mes couteaux.  Et dans le dos du bustier, se trouvait une espèce d’attache où je pouvais aisément glisser mon Budi. Juste à côté, une autre pouvait accueillir une épée. Ça me faisait mal de l’avouer, mais O’Cain avait pensé à tout.  Des gants qui montaient haut, presque jusqu’aux épaules, complétaient la tenue. Là, je pouvais encore ranger quelques couteaux à lancer. Je ne reconnaissais pas la matière. Mais le tissu était quelque chose d’assez solide. Seule la ceinture était là par pur esthétisme. Il s’agissait d’un long foulard.  Il y avait pourtant un truc sur lequel O’Cain s’était complètement loupé :il avait mis une cape. Sérieusement, il s’était cru dans un Marvel ou bien quoi ? C’était un de ses fantasmes ? Parce que de mon point de vue, il était impossible de se battre avec cette chose sur le dos. Je risquais de m’empêtrer les pieds là-dedans et de me ramasser sévère.  Le tout ensemble n’était néanmoins pas aussi dégueulasse que je m’y attendais. J’aurais même pu envisager d’aller à un bal costumé ainsi. Ma pudeur m’empêchait néanmoins de partir en mission comme cela.  Je venais de pivoter devant le miroir quand Kev déboula.   — Alerte, il y a une autre scène…  Wouah, dit-il, oubliant ce pour quoi il était venu.  — Une scène de crime, tu disais ? répétai-je en enfilant un manteau par-dessus la combinaison. Allons-y. 
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