Elisa
La nuit avait étendu son voile sombre sur la ville italienne, et chaque lampadaire semblait éclairer la menace plutôt que la sécurité. Le bar que nous cherchions, nommé Il Sifflet, se dressait comme un repaire discret au coin d’une ruelle. Ses murs étaient fatigués, son enseigne en néon clignotant, et l’odeur de tabac et d’alcool flottait déjà à l’extérieur.
Clara, Adrien et moi descendîmes de la voiture, silencieux. Marco, notre informateur, était déjà sur place, installé parmi les habitués, comme prévu. Sa main se glissa discrètement vers la petite oreillette qui lui permettait de nous communiquer chaque mouvement sans éveiller les soupçons.
— « Il est là », murmura Marco à travers son micro.
Je me figeai, mes yeux cherchant immédiatement la cicatrice que Camille m’avait décrite. Et je la vis. Un homme au comptoir, la main gauche légèrement écorchée, bougeant nerveusement lorsqu’il prenait son verre. Le temps sembla se ralentir. Ma respiration se fit plus profonde, mais je sentais la colère bouillir, prête à exploser.
Clara me donna un petit signe de tête. C’était notre signal : chacun connaissait son rôle. Adrien devait l’approcher, agir comme un client, détourner l’attention. Moi, je resterais en retrait, prête à intervenir si quelque chose tournait mal.
Nous entrâmes dans le bar, l’air chargé de fumée et de musique basse. Adrien fit mine de chercher un siège, tout en observant l’homme à la cicatrice. Les autres clients nous ignoraient, inconscients que nous étions là pour quelqu’un d’autre.
— « Une table pour deux », dit Adrien au serveur, un clin d’œil rapide à Clara qui s’était installée de l’autre côté, les yeux rivés sur chaque sortie.
Je pris place à quelques mètres, surveillant les mouvements de l’homme et des autres clients. Mon cœur battait fort, mais il n’y avait pas de panique, seulement de la concentration. Chaque fibre de mon corps était prête à bondir.
L’homme à la cicatrice leva les yeux vers Adrien. Nos regards se croisèrent un instant. Il ne savait pas encore que cette nuit allait changer sa vie.
— « Alors, princesse… » murmura-t-il à mon oreille en s’approchant de moi pour me surprendre.
Je me contentai de sourire, un sourire froid et calculateur. Il ne savait pas à qui il avait affaire. Ma main serra le manche de ma lame sous la table, prête à frapper si nécessaire.
Soudain, Marco fit un signe : il se lève et se dirige vers la sortie arrière. C’était notre signal. Adrien leva subtilement un verre comme pour trinquer à l’innocence, puis se leva pour suivre la routine prévue.
Je me glissai vers l’homme à la cicatrice, mes pas légers mais déterminés. Il allait être surpris. Quand il se retourna, je l’attrapai par le col de sa veste et le plaquai contre le mur, assez fermement pour qu’il sente la force qui m’animait.
— « Tu ne bouges pas », dis-je d’une voix glaciale. « Tu vas nous suivre. »
Il tenta de répliquer, mais Adrien et Clara se tenaient déjà derrière moi, prêts à intervenir. Les deux autres hommes en civil que nous avions intégrés à notre plan bloquèrent la sortie. L’air semblait vibrer de tension.
— « Qui… qui êtes-vous ? » bégaya-t-il. La peur perçait dans sa voix.
— « Celle qui a attendu ce moment depuis trop longtemps », répondis-je, serrant un peu plus son bras. « Tu as ruiné des vies. Ce soir, c’est toi qui va payer. »
Adrien s’approcha, posant une main sur son épaule :
— « Et moi, je veux des réponses. »
Clara, impassible, surveillait les alentours, tandis que Marco, fidèle à son rôle, signalait chaque mouvement suspect à l’équipe. Les clients du bar, encore inconscients de la traque, continuaient leurs conversations, mais aucun ne se doutait que nous avions verrouillé chaque sortie.
L’homme à la cicatrice tenta de résister, mais nous étions trois contre un. Chaque mouvement était précis, calculé, sans laisser de place à l’erreur. Je vis dans ses yeux l’éveil de la peur, cette reconnaissance soudaine que sa chance venait de tourner.
— « Tu penses pouvoir te cacher pour toujours ? » dis-je, mon regard plongeant dans le sien. « Tout ce que tu as fait me ramène à toi. Et crois-moi, je ne te laisserai pas t’échapper. »
Adrien confirma notre plan en un geste discret. Clara immobilisa le dernier obstacle : un videur au fond du bar qui aurait pu intervenir. La capture fut parfaite. Nous le maîtrisâmes, le neutralisâmes sans un bruit, et le conduisîmes hors du bar vers la voiture.
Je m’assis côté passager, respirant enfin plus calmement. La cicatrice sur sa main semblait pâle maintenant, face à la marque de ma détermination. Adrien conduisait, les mains crispées sur le volant, et Clara à l’arrière gardait notre prisonnier sous contrôle.
Le trajet jusqu’à la villa fut silencieux, chaque détour calculé pour éviter les regards indiscrets. Dans mes pensées, la rage continuait de bouillir, mais maintenant elle était tempérée par la satisfaction de notre réussite. Nous avions frappé fort, avec précision, et pour la première fois depuis longtemps, je sentais un frisson d’espoir.
À l’approche de la villa, je me redressai, mes yeux scrutant chaque ombre. La nuit était encore jeune, mais cette étape de notre quête était cruciale. La cicatrice ne serait plus qu’une preuve, un lien vers les réponses que je cherchais. Et demain, l’interrogatoire commencerait.
Je savais une chose : rien ne serait plus jamais comme avant. Lorenzo, mes ennemis, et tous ceux qui avaient cru pouvoir me briser allaient bientôt découvrir qu’Elisa n’était pas seulement une machine à tuer… mais une flamme impossible à éteindre.
La villa était silencieuse, seulement troublée par le ronronnement de l’air conditionné et le tic-tac de l’horloge murale. L’homme à la cicatrice gisait sur le siège arrière de la voiture, inconscient après notre capture. Une fois arrivé, Clara et Adrien le déposèrent dans une pièce isolée.
Lorsque l’homme se réveilla, il était attaché sur une chaise, ses mains liées, un bâillon couvrant sa bouche. Ses yeux papillonnaient, à moitié conscients, à moitié terrifiés.
Adrien s’avança, calme et méthodique, posant un dossier sur la table à côté du prisonnier.
— « Tu vas parler », dit-il d’une voix glaciale, le regard fixant chaque mouvement de l’homme.
Clara se plaça derrière, silencieuse, ses bras croisés, prête à intervenir si nécessaire. Le prisonnier faisait le dur, refusant de prononcer le moindre mot. Ses yeux lançaient des éclairs, mais il tremblait sous la tension.
Je restai un moment en retrait, observant. Puis je sortis de ma sacoche un petit sac noir que j’avais préparé avec soin. Pinces, ciseaux, divers instruments de torture, tout y était. Je le posai sur la table avec un claquement sec.
L’homme à la cicatrice leva les yeux, et instantanément, ses muscles se figèrent. Son regard devint paniqué.
— « Qu… qu’est-ce que… » balbutia-t-il derrière son bâillon.
Je m’approchai lentement, le sourire glacé sur les lèvres.
— « Tu vois cette cicatrice sur ta main ? » dis-je, d’une voix sifflante, en le fixant. « Tu sais qui te l’a faite…Et bien c'était Moi » Je sortis une petite arme et, d’un geste précis, tirai dans sa jambe. Le hurlement qui s’échappa de lui résonna dans toute la pièce.
— « Maintenant, tu vas parler ! » dis-je en posant les ciseaux et les pinces plus près de lui. L’ombre de l’angoisse traversa son regard.
L’homme tenta de se raidir, de se faire le dur, mais chaque mouvement ne faisait qu’accentuer son impuissance. Il craquait déjà mentalement.
Adrien commença son interrogatoire méthodique, récoltant des informations sur les déplacements, les complices, et les pistes menant à Lorenzo. L’homme parlait sous la pression, chaque mot payé au prix de sa douleur.
Puis vint mon tour. Je retirai le bâillon, laissant sa bouche libre, et m’approchai encore plus près. Mon regard brûlait de cette rage que seule la perte d’un père peut engendrer.
— « Pourquoi… mon père ? » dis-je, les dents serrées, la voix tremblante de colère.
L’homme déglutit, cherchant à se dérober, à trouver une excuse.
— « Ce… ce connard… il a fait ce qu’il fallait pas… il a mis sa bouche là où il ne fallait pas… » balbutia-t-il, sentant ma fureur croître.
Je ne laissai pas passer un instant. D’un mouvement sec, je pris son doigt et le coupai avec une précision chirurgicale. L’homme hurla de douleur et de colère, incapable de bouger, incapable de me faire face.
Chaque cri renforçait ma détermination. Chaque larme de douleur était un rappel de ce que Lorenzo et ses hommes m’avaient volé. Ma haine devenait tangible, presque physique.
Adrien, toujours imperturbable, continuait à filmer, un sourire cruel sur les lèvres. La vidéo allait droit dans le téléphone, prête à être envoyée à Lorenzo. Je pouvais presque sentir son cœur battre à distance, paniqué et en colère, imaginant ce que nous étions capables de faire.
Je m’accroupis devant l’homme à la cicatrice, laissant mes yeux s’immerger dans les siens.
— « Tu crois que tu es dur ? Tu crois que tu peux me briser ? » murmurai-je. « Tu n’es qu’un pion, et ce soir, ce pion va parler… ou souffrir encore plus. »
Il suffoquait, tremblant sous mes mains, incapable de se défendre. Même Clara et Adrien, pourtant habitués à ce genre de scène, n’avaient jamais vu une telle intensité concentrée en une seule personne. Ma douleur, ma rage et ma soif de justice se matérialisaient à travers chaque geste.
Après un silence, brisé par ses gémissements, l’homme commença à parler. Il livra des noms, des lieux, des secrets… tout ce qu’Adrien et moi avions besoin de savoir. Chaque information que je récoltais me rapprochait de Lorenzo, me rapprochait de la vengeance que je préparais depuis si longtemps.
Lorsque le flot d’informations fut terminé, je me redressai, laissant mes mains tremblantes mais fières sur mes hanches. L’homme à la cicatrice n’était plus qu’un tas de peur et de regrets sur cette chaise. Adrien éteignit son téléphone, satisfaite du résultat.
Je laissai échapper un souffle.
— « C’est tout pour ce soir… mais crois-moi, Lorenzo… ce n’est que le début. »
Adrien posa sa main sur mon épaule. Pas un geste tendre, mais un geste de complicité. Dans ses yeux, je lus la même promesse que j’avais gravée dans mon cœur : nous irons jusqu’au bout.
Clara verrouilla les portes derrière nous. L’homme était neutralisé, et le chemin vers Lorenzo devenait plus clair. La chasse ne faisait que commencer.
Je me tournai vers lui, un dernier regard brûlant de haine et de détermination.
— « Et crois-moi… il y aura encore plus de douleur si tu ne parles pas. »
Dans le silence de la villa, le bruit des chaînes et des respirations haletantes résonna. Nous savions tous que cette victoire n’était qu’un pas. Mais chaque pas nous rapprochait du moment où Lorenzo découvrirait qu’il n’avait jamais sous-estimé quiconque… jusqu’à maintenant.
Et moi, Élisa, je n’avais pas l’intention de lui laisser une chance.