— Je l’ai pourtant vu dans cette cave, et même avant quand je venais. Il…
— Julien m’aime ! le coupais-je. Nous allons former une famille, Opale lui et moi ! C’est Amandine qui a tout planifié, mais elle ne pensait pas que l’amour nous lierait. Nous allons partir loin d’ici pour commencer notre vie.
— Ambre, Amandine n’est pas la seule fautive. Il t’a violée, il t’a humiliée …
Ses mots résonnent dans ma tête. Non, Julien ne m’a pas fait ça, il m’a aimé, il m’a fait un bébé !
— Sors d’ici ! VA T’EN JE NE VEUX PLUS TE VOIR !
Une infinie douleur passe dans ses yeux, mais je n’en ai que faire ! Il est persuadé de la culpabilité de son frère, et n’a plus sa place auprès de ma famille. Benjamin s’exécute à contre cœur et, une fois la porte refermée derrière lui, je me penche sur Opale pour lui promettre qu’elle aura un papa qui prendra soin de nous.
Chapitre 2
Amel Bent : En silence
Benjamin
Je n’ai pas cessé de réfléchir… Découvrir Ambre dans cette cave en train de donner la vie à ma nièce m’a fait comprendre que j’avais fermé les yeux trop longtemps. Depuis le premier jour, la première fois que je l’ai vue, je savais que cela cachait quelque chose, mais j’ai préféré croire mon frère et ma belle-sœur et fermer les yeux. Ses cris hier m’ont déchiré le cœur, je ne pouvais plus faire l’autruche, je devais agir. J’ai lu une telle douleur dans son regard, elle n’était pas due qu’à l’accouchement, ce n’est pas possible. C’est là que j’ai vu rouge, que je n’ai pas hésité à me battre avec mon frère, à faire mal à une femme aussi...je ne me reconnais pas quand j’y pense, jamais je n’ai levé la main sur une femme, je suis même contre. Malgré le dégout que m’inspire le fait d’avoir osé faire cela, j’ai eu droit au plus beau des remerciements, la confiance d’Ambre pour mettre au monde son enfant. Ce petit bout d’elle m’a coupé le souffle, j’ai caché les larmes qui brulaient sous mes paupières quand je l’ai sortie du ventre de sa mère, il ne m’a fallu qu’un instant, un simple regard pour aimer cet enfant plus que ma propre vie. C’est plus que ma nièce pour moi, c’est indescriptible... Le sourire de sa mère, en la voyant et la plus belle chose qu’il m’a été donné d’admirer, malgré sa fatigue et son épuisement, elle rayonnée en tenant Opale contre elle. Tous s’est enchainés très vite, l’arrivée de la police qui a emmené Julien et Amandine, les secours qui ont pris en charge Ambre, qui a fait un malaise, lui arrachant son bébé...jamais je n’ai ressenti une si grande peur. Je ne m’explique pas pourquoi, mais imaginer de plus revoir son regard, ne plus la revoir sourire, c’était impensable. Les pompiers les ont emmenés à l’hôpital, je n’étais que l’ombre de moi-même en lui suivant au volant de ma voiture… ça fait maintenant plus de deux heures que j’attends d’avoir de leurs nouvelles, je ne supporte plus d’être assis sur cette chaise à regarder le corps médical passer devant moi sans me calculer. J’hésite entre aller à un bout du couloir pour prendre des nouvelles de la petite ou courir à l’autre bout pour trouver la chambre d’Ambre. Mon cerveau ne cesse de fumer, imaginant le pire et la pression ainsi que la haine qui reste ancrée en moi ne m’aide pas. Est si elles ne s’en sortaient pas ? Je jure que s’il leur arrive quoi que ce soit, je tue Amandine et Julien de mes mains !
— Monsieur ? Vous êtes de la famille de la petite amenée par l’ambulance et de sa maman ?
Une infirmière se tient debout devant moi, j’étais perdu dans mes pensées et ne l’ai même pas entendue arriver. Il faut que je me calme, elle n’y est pour rien dans cette histoire.
— Oui, non ...enfin, je suis l’oncle de la petite Opale…
L’infirmière me regarde avec de gros yeux, je me rends compte que ma phrase n’est peut-être pas si cohérente que ça. Je ne peux pas lui dire qu’Ambre est ma belle-sœur ce n’est pas le cas et je me vois encore moins lui expliquer qu’elle était la prisonnière de mon frère et sa compagne deux heures plus tôt, sans parler des mois précédents.
— Vous désirez peut-être voir votre nièce ? À moins que vous attendiez le papa …
— Non, le papa ne viendra pas, elle n’a pas de papa… Où pourrais-je la voir ?
— Nous venons de l’examiner, elle est encore en pouponnière avant que nous la ramenions à sa maman.
Je la suis dans les couloirs de l’hôpital, le cœur palpitant de recroiser ce petit bébé. La pouponnière est calme, deux infirmières sont dedans pendant qu’une dizaine de bébés dorment paisiblement. Celle qui est venue me chercher dans la salle d’attente tape un code sur le boitier de la porte et me fait entrer, à sa suite, dans cette pièce. Elle se dirige sans hésitation vers un de ces berceaux transparents et porte délicatement un petit paquet rose. Je m’approche d’elles et les larmes affluent sous mes paupières, toute la tension que je ressentais quelques secondes avant laisse place à l’émerveillement.
— Coucou petite Opale, regarde qui vient te rendre visite, lui chuchote-t-elle.
Elle me tend ma nièce que je serre dans mes bras. Je ne retiens pas l’unique larme qui roule sur ma joue et tombe sur la main de la petite.
— Rebonjour Opale, bienvenue dans ce monde de fou, ma princesse.
Pour toute réponse elle gigote comme un vers entre mes bras. Il faut que je sache, que je sois rassuré sur l’état d’Opale et Ambre.
— Comment va-t-elle ? Et sa mère ? Leurs examens sont bons ? Elles n’ont rien ?
L’infirmière sourit sous mes questions.
— La petite va très bien, elle pèse 3 kilos 450 et fait 49 centimètres, un très beau bébé. Tous les tests sont bons, elle est en parfaite santé. En ce qui concerne la maman, ce n’est pas moi qui me suis occupée d’elle, mais je suis persuadée qu’elle va bien. D’ailleurs, la petite ne va pas tarder à réclamer, savez-vous si elle souhaite l’allaiter ?
— Je pense ...je ne sais pas du tout en fait. Vous croyez que c’est mieux pour elle ? m’agaçais-je.
— Calmez-vous, rit-elle. Qu’elle l’allaite ou non, Opale ira très bien, ne vous en faites pas. Je vais l’amener auprès de sa maman, venez avec moi. Vous pourrez avoir de ses nouvelles et nous saurons si elle désire la nourrir ou non.
J’ai envie de la suivre, de savoir comment va Ambre et la voir surtout, mais les deux policiers que j’ai vus en entrant ici, qui attendent dans le couloir m’en dissuadent. Nos regards se croisent et d’un léger signe de tête de la part de l’un d’eux, je comprends qu’ils désirent me parler.
— Je serais ravi de vous suivre, mais je pense que la maman a besoin de se retrouver un peu tranquille avec son enfant. Je viendrais les voir plus tard. J’ai moi aussi besoin de décompresser un peu.
J’embrasse ma petite princesse sur le front avant de la rendre à l’infirmière. L’entendre geindre me fend le cœur, mais Ambre a besoin de retrouver sa fille et de passer un moment seul avec elle, moi j’ai deux policiers qui risquent de ne pas être patients très longtemps sans parler de mes nerfs qui sont à deux doigts de lâcher.
Je sors dans le couloir sans oublier de remercier encore une fois l’infirmière et avance en direction des deux agents qui m’attendent. Ils se retournent au son de mes pas, étouffés par le lino.
— Monsieur Diat ? me demande le plus âgé.
— C’est moi-même, Benjamin Diat.
— Bonsoir monsieur. Nous aurions quelques questions à vous poser. Vous voulez bien nous suivre ?
J’acquiesce d’un signe de tête et les suis dans les dédales des couloirs. Nous sortons de l’hôpital et stoppe ma marche. Les agents se retournent et me dévisagent, le plus jeune a déjà la main sur ses menottes accrochées à la ceinture.
— Je prends ma voiture pour vous suivre.
Ils se fixent ne sachant si me laisser aller seul est une bonne idée. Je prends les devants, je ne veux pas perdre de temps avec eux.
— Écoutez, je ne compte pas m’enfuir ou je ne sais quoi d’autre. C’est moi qui ai découvert et aidé Ambre, c’est moi qui vous ai appelé. Je n’ai rien à voir dans cette histoire si ce n’est qu’être le témoin d’une horreur. Je n’ai pas de temps à perdre en attendant de pouvoir rentrer chez moi.
— Très bien, suivez-nous jusqu’au commissariat, répond le plus âgé.
Ils montent dans leur voiture et moi dans la mienne. Je suis comme un zombie sur la route, je n’y prête même pas attention, j’aurais tellement souhaité avoir des nouvelles d’Ambre avant de quitter l’hôpital. Je pense qu’elle va bien, sinon les médecins n’auraient pas autorisé Opale à revenir auprès de sa mère ? Il vaut mieux qu’elle aille bien ! Flics ou pas, je n’hésiterais pas une seule seconde à finir ce que j’ai commencé à Julien ...
Je n’ai pas vu le trajet passer, la voiture de police en face de moi se gare. Je stationne à leur côté et les suis dans le commissariat. J’entends des détenus hurler dans leur cellule, des personnes qui attendent sur des chaises dans le couloir, menottées ou non. Certains baissent la tête à la vue des agents de la force de l’ordre, d’autres les insultes ou leur crache dessus. Le plus jeune des policiers venus me chercher ouvre une porte sur notre gauche et m’invite à entrer dans la pièce. Deux bureaux sont placés à chaque coin de la pièce, le plus âgé m’invite à m’installer à celui le plus éloigné de la porte. Je prends place, sans savoir combien de temps ça va durer, mais priant intérieurement que ça aille vite que je puisse partir d’ici.
— Monsieur Diat, j’ai des questions à vous poser concernant l’affaire mêlant votre frère, Julien Diat et sa compagne mademoiselle Sprale qui retenaient une jeune femme captive. Tout ce que nous dirons sera retranscrit sur le procès-verbal que je vous demanderais de relire et signer si vous êtes d’accord à la fin de notre entrevue. C’est compris ?
— Oui.
Le ton qu’il emploie avec moi ne me plait pas du tout. J’ai l’impression d’être un coupable à ses yeux. Je culpabilise déjà de ne pas avoir réagi avant et éviter cet enfer à Ambre, je n’ai pas besoin de lui pour remuer le couteau dans la plaie. Je ne tiendrais pas longtemps à ce rythme-là, vite que ça se termine.
— Monsieur Diat, pouvez-vous m’expliquer les circonstances qui vous ont mené à la captive de votre frère et votre belle-sœur ?
— Heu… la première fois, c’était il y a quelques mois. J’étais chez mon frère quand des bruits se sont fait entendre dans la cave. Il est descendu et le trouvant long, je me suis mis en haut des marches lui demandant s’il y avait un problème. Il m’a crié que c’était un rat il me semble quand juste après j’ai entendu la voix d’une femme lui hurler dessus. Je suis descendu malgré ma belle-sœur qui me retenait et me suis retrouvé face à Ambre. J’ai immédiatement demandé des explications à mon frère. Amandine, sa compagne, m’a dit que c’était sa cousine qu’ils hébergeaient. Qu’elle devait rester là, car elle était malade et pouvait s’avérer dangereuse pour elle et les autres dans ces moments de crises. Je les ai crus et je suis remonté à l’étage. Je revenais régulièrement, mais quand je demandais des nouvelles d’Ambre j’avais toujours la même réponse. Elle a encore fait une crise, elle se repose, elle est malade... des excuses pour m’empêcher de la voir. Hier, j’étais dans le salon avec Julien, nous regardions le match de foot à la télé, Amandine est rentrée du travail dans la soirée et nous a rejoints pour regarder avec nous. À la première mi-temps, je suis allé dans la cuisine pour aider mon frère à débarrasser la table quand Amandine a couru en bas. Julien la rejointe peu de temps après et j’ai compris qu’il y avait un problème, je suis descendu à mon tour en pensant qu’ils auraient peut-être besoin d’aide si Ambre avait fait une crise. Je voulais aussi en profiter pour la revoir ... J’ai compris de suite ce qui se passait quand j’ai entendu mon frère dire qu’il allait être papa …
Mon cœur se serre en repensant à cette nuit, je revois très clairement Ambre sur son lit de fortune souffrir de martyre, suppliant qu’on l’aide. Les larmes de joie dans les yeux de Julien, la rage dans ceux d’Amandine que je découvre leur secret. La culpabilité m’assaille une fois de plus, j’aurais dû comprendre, réagir bien avant p****n ! J’aurais dû forcer ces deux salopards à me laisser voir Ambre !
— Attendez, si je comprends bien, vous me dites que vous avez déjà rencontré la victime avant cette nuit ?
— Oui, je l’ai vue une fois …
— Et vous n’avez pas pensé à prévenir la police ?
— Mais p****n, je n’aurais jamais pensé qu’ils me mentaient ! Vous croyez que si j’avais su la vérité je serais resté à attendre sans rien faire ? hurlais-je.
— Calmez-vous … dit-il sur un ton méchant. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi quand nous sommes arrivés votre frère et votre belle-sœur étaient ligotés avec un drap et que la victime faisait un malaise ?