Cover-3

2017 Words
— Je me suis battue avec eux. Dès que j’ai pu, j’ai récupéré un drap dans le lit d’Ambre pour les attacher. Elle était épuisée et avait besoin d’aide. J’ai fait comme j’ai pu pour faire naitre ma nièce. Pour le malaise, il faudra demander aux médecins, je pense que la douleur était trop intense et que l’épuisement n’a pas aidé ... — Nous vous avons vu avec cette petite dans les bras à l’hôpital, pourquoi ? — Opale est ma nièce, je veux faire partie de sa vie. Je culpabilise de ne pas avoir réagi avant, je veux effacer ce qu’Ambre a vécu et être là pour elles à chaque fois qu’elles auront besoin de moi. — Vous souhaitez donc rester en contact avec la mère et l’enfant ...répond le policier. Sachez que votre frère et votre belle-sœur sont passibles de la cour d’assise et qu’il y ait de fortes chances que monsieur Diat ne puisse prétendre à une paternité sur cet enfant quant à mademoiselle Sprale, elle n’a aucun droit sur la petite. — Ils ont ce qu’ils méritent, répondis-je froidement. — Vous ne pourrez donc pas montrer la petite à votre frère et vis-à-vis de la loi si l’accusé ne peut pas se prétendre père légitime, vous n’êtes rien pour l’enfant … Là c’est de trop ! Il me prend pour qui celui-là ? Je me lève d’un bond et claque mes mains sur son bureau. — Qu’on soit d’accord, Julien n’est plus mon frère depuis cette nuit. Quant à Opale, je m’en tape qu’un p****n de bout de papier me laisse être de sa famille ou non. C’est Ambre qui décidera de ça ! — Veuillez vous rasseoir si vous ne voulez pas finir en cellule ! Non, mais en plus c’est qu’il veut me mettre en garde à vue ? C’est quoi ces malades ? Je me rassois, mais je pense que le regard froid que je lui lance lui permet de comprendre que je ne vais pas rester zen très longtemps. — Pourriez-vous m’en dire plus sur la victime ? — Je sais juste qu’elle s’appelle Ambre, je ne sais rien de plus. — Pas de nom de famille ? De date de naissance ? — Non … les seules fois où je l’ai vue, nous n’avons pas pris le temps de faire connaissance autour d’un café ...je lui réponds ironiquement. — Très bien monsieur Diat, c’est tout pour le moment. Nous allons rechercher de notre côté. Je vais imprimer votre procès-verbal afin que vous le lisiez et le signer si vous êtes d’accord. — Je pourrais partir après ? Non parce que là, c’est limite si vous ne m’accusez pas. Je pensais faire un tour en cage voyant comment ça se passe ... — Oui, vous pourrez partir, sauf si vous tenez tant que cela à resté avec nous monsieur Diat … Je lui souris en le remerciant de sa proposition en précisant qu’il n’est pas mon style d’homme ...Il n’a pas l’air de trouver ça drôle contrairement à moi. Il faut bien que je relâche la pression, mieux vaut jouer sur l’humour que les coups avec eux. — Vous n’avez pas le droit de quitter le territoire français. Nous pouvons vous contacter à n’importe quel moment, je vous demande donc de vous tenir à disposition. — Je ne compte pas partir. Et pour Ambre ? Qu’allez-vous faire ? — Nous irons la voir à l’hôpital dans la journée et prévenir les services appropriés, me répond-il en me tendant un papier. Je relis rapidement ma déposition et signe. Je n’ai qu’une envie, partir vite d’ici et retourner à l’hôpital. Je me lève et m’avance vers la porte sans attendre que quelqu’un me raccompagne. — Monsieur Diat ? m’interpelle l’officier. Je me retourne pour lui faire face. — Si je peux me permettre, rentrer chez vous avant d’aller à l’hôpital prendre une bonne douche et vous changer. Vous êtes couvert de sang … Et essayer de vous calmer aussi, je ne pense pas qu’une victime et son bébé ont besoin de quelqu’un qui s’énerve si facilement. Je regarde mes vêtements qui, effectivement, sont tachés d’hémoglobine. En effet, je ne peux pas retourner comme ça auprès d’Ambre et Opale. J’acquiesce d’un signe de tête avant de prendre la porte pour sortir d’ici. Dans ma voiture, je repense à toute cette histoire et ce que j’aurais pu faire avant qu’il ne soit trop tard. Si seulement j’avais plus insisté pour revoir Ambre, proposer mon aide pour sa pseudo maladie...nous n’en serions pas là. Julien à merder grave, il m’avait parlé d’adoption, j’étais heureux de savoir que j’allais être tonton ! Mais jamais je n’aurais pensé qu’ils enlèveraient une jeune femme pour qu’elle porte un bébé ! Pourquoi en sont-ils arrivés là ? Je tape sur mon volant, je suis à bout de nerfs. Julien a toujours été un modèle pour moi. Il a monté son entreprise, acheté une maison avec sa compagne, était sur le point de se marier. La seule ombre au tableau est le bébé qu’ils ont perdu il y a quelque temps, l’épreuve a été difficile pour eux et encore plus pour lui. Je l’ai vu partir dans une dépression dont il ne voulait pas sortir. Je l’ai toujours admiré depuis cet épisode, même si ça a pris du temps, il a remonté la pente, il a su retrouver sa joie de vivre et la vie lui souriait. Mais là, il a été trop loin, je n’aurais jamais pensé qu’il puisse arriver à cet extrême. J’arrive chez moi, et m’affale dans le canapé avant d’aller dans la salle de bain. J’ai besoin de souffler quelques minutes avant de prendre le rôle que je me dois d’avoir. Zeus, mon dogue allemand, vient poser sa tête sur mes genoux. — Et ouais mon gros, il s’est bien mis dans la merde, mais je vais rattraper ses conneries, lui dis-je en lui caressant la tête. Il aboie pour me répondre. Je me lève direction la cuisine pour lui donner sa ration de croquette, le seul fait de me rappeler comment je l’ai eu m’énerve de nouveau. C’est Julien et Amandine qui me l’ont offert pour Noël, l’année dernière afin « de te sentir moins seul » m’avait-ils dit. Et maintenant ? Ils ne repasseront pas Noël avec nous, mais derrière les barreaux, à payer leur connerie. J’espère qu’ils vont en baver, en chier comme ce n’est pas permis ! Je laisse mon chien manger et file dans ma douche, j’ai besoin de décompresser et lâcher les vannes. L’eau chaude se mêle à mes larmes de rage et de dégoût. Je profite d’être seul pour vider ce trop-plein d’émotions qui m’assaille. Je ne pourrais pas craquer après, je dois rester fort pour elles. Mon portable sonne, mais je n’ai pas envie de sortir pour répondre. Je n’ai pas pensé à donner mon numéro à l’hôpital, ce n’est donc pas eux et les autres peuvent bien essayer de me joindre, je m’en fiche royalement. Nouvelle sonnerie, même si je n’ai toujours pas envie de parler, je dois répondre. Peut-être est-ce les policiers ? Je sors de la douche et enfile une serviette autour de ma taille. Deux appels manqués de mes parents, je n’avais pas pensé à eux. Sont-ils déjà au courant de ce que leur fils adoré a fait ? Il retentit pour la troisième fois, je souffle un bon coup avant de répondre. — Allo ? — Benjamin ! Enfin ! Que se passe-t-il ? C’est quoi cette histoire ? — Bonjour papa, je pourrais aller mieux merci et toi ? répondis-je sur un ton ironique. — Je n’ai pas la tête à plaisanter Benjamin ! La police nous a laissé un message, on doit les rappeler en urgence, ça concerne ton frère et Amandine. — Je sais … je sors du commissariat là. — Ils leur est arrivé quelque chose de grave ? Ils sont blessés ? Apparemment la police ne leur en a pas dit plus sur leur message. Je dois prendre mon courage à deux mains pour lui expliquer la situation. — Ils vont bien, du moins physiquement. Ils sont en garde à vue, passible de cour d’assise le temps de l’instruction. — De ...quoi ? Ce n’est pas drôle du tout Benjamin ! Mon père, plus que ma mère, a toujours idéalisé et préféré Julien. C’est lui qui a toujours mieux réussi dans la vie, ses études, le sport, le travail, sa vie personnelle ...Moi je ne suis que le petit frère qui est prof de self défense et de boxe pour des gosses, petit propriétaire d’une salle de sport qui n’est pas un vrai travail, celui qui n’a jamais réussi à garder une femme, celui qui faisait le cancre à l’école … — Je ne plaisante pas papa, encore moins avec ça ! Ton cher fils et sa compagne ont séquestré une jeune femme pour lui faire un enfant et le garder pour eux ! hurlais-je dans le téléphone. Personne ne me répond de l’autre côté de la ligne, j’entends une chaise racler et les cris de ma mère. — Benjamin, mon petit que se passe-t-il ? Ton père, il ... Ma mère est en état de panique au téléphone. J’imagine le choc que mon paternel a dû ressentir quand je lui ai annoncé que sa fierté allait passer une grosse partie de sa vie derrière les barreaux. — Calme-toi maman s’il te plait. — Oui … oui, je vais me calmer, dit-elle toujours aussi stressée. Dis-moi ce qui ce passe, ton père ces assis et ne veux plus parler ! Une chose de grave est arrivée ? C’est ça ? Tu ne veux pas me le dire ? Benjamin ? Elle hurle dans le téléphone, elle est dans un état d’hystérie intense, et ne me laisse même pas lui répondre. Je sais que je ne pourrais pas lui mentir. Quand mon père sortira de sa léthargie, il lui dira la vérité. Comment annoncer à une mère que son enfant est un violeur, un manipulateur qu’elle ne le reverra que dans un parloir … — Assied toi maman s’il te plait. Julien va bien, il n’est pas blessé. J’attends quelques minutes pour être sûr qu’elle se soit assise et se calme un peu avant de lui dire la nouvelle. Il me faut aussi trouver la force de lui annoncer. Je sais que je pourrais lui cacher, que je peux laisser la police leur expliquer la situation, mais je ne peux pas faire ça à ma mère. Elle doit savoir à quoi elle devra faire face. — Écoute maman, Julien a fait des choses très graves ...commençais-je. Lui et Amandine sont au commissariat et risquent la cour d’assise. Voyant qu’elle ne me répond pas, je continue avant de ne plus trouver la force de terminer. — Ils ont enlevé une jeune femme, l’ont séquestrée jusqu’à ce qu’elle soit enceinte et leur donne un enfant. J’entends ma mère hurler à travers le téléphone, ce qui me brise le cœur. p****n, mais qu’est-ce qui lui est passé par la tête merde ! — Où est le bébé ? demande ma mère au bout d’un certain temps de sa voix tremblotante. Je ne peux pas lui dire, elle voudra la voir, je ne crois pas qu’Ambre accepte de rencontrer les parents de son bourreau pour le moment. — Je ne sais pas maman … Elle repleure, j’ai tellement mal pour elle, encore plus en lui mentant. J’entends la voix de mon père la priant de se calmer. — Nous allons au commissariat Benjamin et passerons te voir ensuite, me dit mon père qui a repris le téléphone. — Je ne serais pas à la maison aujourd’hui, je passerais vous voir dès que j’aurais terminé ce que j’ai à faire. — Ton frère va croupir en prison et toi tu as autre chose à faire ?! vocifère mon paternel. — Écoute papa, je sais ce que j’ai à faire, je passe vous voir plus tard. Embrasse maman pour moi. Je n’attends pas sa réponse et raccroche immédiatement avant de m’énerver à nouveau. J’ai perdu assez de temps comme ça. Je me rue sur mon armoire pour prendre de quoi m’habiller. Un dernier tour dans la cuisine pour vérifier Zeus et je repars direction l’hôpital. Je déteste cet endroit oùl’odeur de désinfectant emplit l’air, où les gens pleurent à côté de ceux qui rient. Je me dirige vers le bureau des admissions où une vieille dame pianote sur son ordinateur. — Bonjour madame. Elle relève à peine les yeux sur moi et continue sur son ordinateur. — Je souhaiterais avoir le numéro de chambre d’une jeune femme admise en urgence cette nuit avec son bébé s’il vous plait. — Son nom, me répond-elle sans relever la tête — Je ne sais pas ...je suis l’oncle du bébé et … — Sans son nom, je ne peux pas vous aider, me coupe-t-elle Comment lui expliquer la situation sans qu’elle n’appelle la sécurité pour me virer ? Sandra, mon ex, m’a toujours dit qu’on ne pouvait rien me refuser quand je souriais. Autant tenter le tout pour le tout. Je mets ma main près de la sienne à côté de son clavier jusqu’à ce qu’elle relève la tête avant de commencer. — Mon frère n’a pas eu le temps de me présenter sa petite amie, je reviens de voyage. Il m’a prévenu cette nuit que sa fille est née et je voulais leur faire la surprise en leur rendant visite … Vous comprenez que je ne puisse pas l’appeler pour lui dire que je suis là, il n’y aurait plus de surprise sinon, mentis-je en souriant encore plus. Elle me regarde, captivée. J’ai réussi à lui faire gober mon mensonge, me reste juste à lui faire chercher le numéro de la chambre d’Ambre. Une maman et un bébé arrivés en urgence il ne doit pas y en avoir cinquante ?!
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