IVThérèse, la veille au soir, s'était installée sur le banc, devant leur maison. Elle s'était mise là dans sa robe brune à beaucoup de plis d'où sortaient les manches de sa chemise en grosse toile de chanvre. Elle s'était mise là, elle s'était laissée aller en avant, les bras sur les genoux ; elle regardait vaguement au-dessous d'elle, et par-dessus les petits arbres du verger, tout au bas de la grande côte, qui se dérobe tout à coup à vos yeux, le fond de la vallée et la plaine, c'est-à-dire une large plaine, lisse comme une feuille de papier, où coule le Rhône. Ah ! ça vous dure, ah ! ça se traîne. Huit jours qu'Antoine est parti et huit jours c'est comme huit mois ! Elle avait laissé sa tête aller en avant ; c'est le Rhône qu'elle voyait sur ce fond plat qui était vert. Le Rhône était

