Chapitre 6

793 Words
Je pousse la porte de la maison, et l’air chargé de l’odeur du bois et du métal m’accueille. Mon père est déjà là, préparant silencieusement le terrain pour notre session du soir. Aucun entraînement ne ressemble à celui du jour précédent : chaque sprint, chaque obstacle, chaque piège change selon son humeur et son objectif. Aujourd’hui, il a décidé de tester mon agilité dans un parcours intérieur, parsemé de rondins instables, de prises glissantes et de pièges imprévus. Parfois, il m’a déjà obligé à combattre avec un membre douloureux, parfois privé de l’un ou l’autre de mes sens, et même une fois de tous mes sens sauf le toucher et l’instinct. Ce jour-là, j’étais tombée plus que jamais, mais chaque échec renforce ma maîtrise et aiguise mon esprit autant que mon corps. — Salut papa, dis-je en déposant mon sac et en lui embrassant la joue. — Bonjour, ma chérie. Comment se sont passées tes classes ? — Correctement. Les examens approchent et les matières deviennent plus exigeantes, mais ça va. — Tes résultats restent bons ? insiste-t-il. L’apprentissage est aussi essentiel que l’endurance physique. — Tu sais, Cara, les muscles ne suffisent pas. L’esprit doit travailler aussi, me rappelle-t-il. L’anatomie, la physiologie, la chimie… toutes ces connaissances me permettent de comprendre mon corps, et parfois, même de survivre à des poisons, comme nous l’avons pratiqué au fil des années. Mon père m’a administré de petites doses pour observer mes réactions, toujours prêt avec l’antidote et le médecin du village à portée de main. Malgré le malaise et la fatigue qui suivent ces sessions, elles m’ont forgée, et mon corps est devenu presque insensible à l’aconit grâce à cette discipline rigoureuse, renforcée par la régénération que mon loup-garou m’offre. Aujourd’hui, le parcours demande rapidité et prudence. Je dois anticiper les rondins qui basculent, esquiver les lames et trouver des passages même en cas de douleur. Sous ma forme de loup, l’épreuve se complique : certains pièges sont plus rapides, certaines attaques plus subtiles. Artemis et moi recevons conseils et encouragements de mon père et de Donovan, son loup, jusqu’à ce que nos corps ploient sous l’effort. — Douche avant l’arrivée d’Anders, lance mon père en me libérant enfin. L’eau chaude m’enveloppe et détend mes muscles endoloris. — Chaque jour nous rend plus puissants, murmure Artemis. — Oui, réponds-je avec un sourire. Hier l’a prouvé. Je relève mes cheveux en queue de cheval, enfile un jean confortable et un sweat, prête à rejoindre Alpha Anders, qui est comme un oncle pour moi. Nos dîners sont devenus familiers, dénués de formalités. Je descends les escaliers et ouvre la porte. — Salut Anders. Il entre et je me retire pour le laisser passer. — Papa est dehors, il allume le barbecue. Une bière ? propose-t-il. — Avec plaisir, mon petit dur à cuire, réponds-je en levant les yeux au ciel. Je récupère deux bières, une pour lui, une pour mon père, et rejoins la terrasse. La conversation s’installe naturellement entre Anders et mon père : l’entraînement, les guerriers, les stratégies, les souvenirs d’anciens combats. Puis Anders se tourne vers moi : — Cara t’a-t-elle parlé de son nouveau surnom ? Je lève les yeux au ciel, consciente qu’il s’agit de « Petite Badass ». Mon père éclate de rire, fier et amusé à la fois. — Elle m’a immobilisé en quinze minutes, précise Anders à ma place, et mon père sourit, la fierté éclatant dans ses yeux. — La pomme n’est jamais loin de l’arbre, plaisante Anders encore. Le dîner se déroule avec simplicité : je m’occupe des légumes tandis que mon père surveille les pommes de terre et que nous plaçons tout sur la table. Les conversations s’enchaînent, faciles, naturelles, entre souvenirs, nouvelles de la meute et anecdotes. On ne parle pas de Rik, pour préserver la quiétude. Lorsque le dessert arrive, les brownies de Luna Calista, je laisse échapper un petit gémissement de plaisir. Le chocolat fondant apaise toutes mes tensions et le silence s’installe, le goût exquis réunissant nos attentions. Papa demande à Anders de remercier Luna de notre part, geste de politesse et de gratitude. Une fois le repas terminé, je débarrasse, fais la vaisselle, et avant de quitter la pièce, Anders me tend une enveloppe. — Invitation pour les 18 ans de Rik. Tu dois y aller. Je l’ouvre, reconnaissant la qualité du carton et la finesse du papier : samedi prochain, le grand événement. Je souris, un peu forcée, et réponds : — Avec plaisir. Anders échange un regard complice avec mon père, qui rit doucement, puis les deux discutent tard dans la soirée. Je monte me mettre au travail pour mes devoirs, le cœur empli de l’excitation et de la tension propre à ce qui m’attend le week-end prochain.
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