Écran noir

1042 Words
Il grogne contre ma peau. Ma main le rend fou, lente, précise. Il attrape mon poignet. — Non, pas comme ça, souffle George. Pas quand je crève d’envie de toi depuis ce matin. — T’as qu’à me prendre alors, je réponds en mordant sa lèvre. Arrête de parler. Il me bascule sur le dos. Plus de douceur. Ses mains écartent mes cuisses, son regard me cloue au matelas. Il entre en moi sans prévenir. Je crie, la tête renversée. Il étouffe mon cri avec sa bouche. — Tu les entends en bas ? halète-t-il contre mon cou. Elles nous croient endormis. — Je m’en fous, je gémit. Je veux t’entendre, toi. Je veux que tu me marques. Il accélère. Le lit cogne contre le mur en rythme. Mes ongles tracent des lignes sur son dos, ses hanches claquent contre les miennes. C’est brut, sale, nécessaire. Deux corps qui se punissent de s’être manqués toute la journée. — Dis que t’es à moi, exige-t-il. — Je suis à toi, p****n, je crie. À toi. Mon corps se tend, je jouis en me mordant la main pour ne pas hurler le nom d’Elena par erreur. Lui me suit trois secondes après, le visage enfoui dans mon cou, en grognant mon prénom comme une prière. On reste collés, en sueur, le souffle coupé. La clim ronronne. Dehors, les grillons ont remplacé le bruit de la piscine. Dix minutes plus tard, je trace des cercles sur son torse avec mon doigt. — On descend ? Le ciné commence dans 30 minutes. — Si tu me laisses le temps de retrouver mes jambes, oui, rit George. T’es une drogue, Sasha. — Et toi t’es mon dealer préféré. Il m’embrasse sur la tempe. On se rhabille en silence, complices. La guerre est finie. Pour ce soir. *La salle de ciné - 21h* Silvia a fait les choses bien. Lumière rouge tamisée, plaids en cachemire, popcorn au caramel qui embaume la pièce, jus de fruits frais avec des glaçons. L’écran fait trois mètres. _Notting Hill_ tourne. Ironique, vu l’état de nos vies. George et moi on s’écroule dans le canapé deux places de gauche. Je me love contre lui, sa tête sur mon épaule, ma main posée haut sur sa cuisse. Il joue avec une mèche de mes cheveux. On est repus. Calmes. Affichés. Nyra et Elena sont sur le canapé d’en face. 50 cm entre elles. 50 cm qui hurlent plus fort que tous les dialogues de Hugh Grant. Le film se lance. Julia Roberts vend des livres. Personne ne regarde vraiment. À l’écran, le mec finit par lâcher le mythique : « Tu veux bien être ma femme ? » Je vois Nyra serrer les accoudoirs. Ses phalanges blanchissent. À côté, Elena se fige. Son souffle change. Je le vois même d’ici. Je bâille, fort, pour casser cette tension de merde. — Mon Dieu que c’est cucul. Je préfère quand ça bouge plus, genre avec des explosions et du sang. George rigole et dépose un b****r dans mes cheveux. — Chut, laisse-les rêver, bb. On est dans notre bulle. C’est parfait. Ça leur laisse le champ libre, à ces deux-là. Le film traîne. Les dialogues sont du miel coulant. Sous le plaid, je parie que Nyra tente un truc. Je connais ce regard. Le générique finit par défiler. Silvia rallume doucement. La lumière nous agresse les rétines. — Bon, moi je monte, je lance en m’étirant comme une chatte satisfaite. George, tu viens finir ce qu’on a commencé tout à l’heure ? J’ai encore faim. — Toujours, bb, répond-il en se levant direct. Bonne nuit les filles. Faites pas de bêtises que je regretterais de ne pas voir. On sort en riant, main dans la main. La porte de la salle de ciné se ferme derrière nous avec un clac sourd. Je les laisse. Seules. Dans ce silence électrique. *Nyra et Elena - Seules* Le silence retombe. Il est lourd. Chargé de tout ce qu’elles ne se sont pas dites depuis 24h. Elena fixe toujours l’écran noir, mais l’écran est éteint depuis deux minutes. Elle fixe le vide, les mains crispées sur le plaid. — Alors ? murmure Nyra. Sa voix est rauque, pas celle de la fille sûre d’elle de la piscine. Elena tourne lentement la tête. Ses yeux sont immenses dans la pénombre. Brillants. Humides ? La lumière rouge de la veilleuse dessine des ombres sur ses pommettes. — Alors quoi, Nyra ? répond-elle, mais sa voix tremble. J’imagine Nyra déglutir. J’ai plongé dans des piscines, j’ai arraché des bikinis, mais là c’est elle qui a le vertige. Je le sais. — Laisse tomber le jus, souffle Nyra. Laisse tomber les deux minutes. Laisse tomber le « peut-être » et le « on verra demain ». Elle bouge. Je parie qu’elle lâche son petit doigt pour prendre sa main en entier. Paume contre paume. Plus de fuite possible. — Elena, je ne veux plus te voler dans une piscine ou dans un couloir quand Silvia a le dos tourné. J’en ai marre des cachettes. J’en ai marre de compter les secondes comme si on était des ados. Un silence. Puis la voix de Nyra, plus basse, plus vraie. — Je veux te voir au réveil, avec les cheveux en bordel et la trace de l’oreiller sur la joue. Je veux m’engueuler avec toi parce que tu bois mon café froid et que tu laisses traîner tes bouquins partout. Je veux que Sasha nous fasse chier tous les dimanches parce qu’on est niaises ensemble à bruncher. J’entends presque son cœur taper d’ici. Même à l’étage. — Elena, est-ce que tu veux bien... sortir avec moi ? Pour de vrai. Pas un p******l de 24h qui s’éternise en secret. Pas une parenthèse. Une vraie histoire. Avec les disputes, les emménagements, les « je t’aime » au milieu des « tu m’énerves », et tout le bordel qui va avec. Le sang bourdonne. Elle a dit le mot. _Sortir_. Pas _b****r_. Pas _jouer_. _Sortir_. En bas, j’ai l’impression que même la clim s’est arrêtée. Elena regarde Nyra. Longtemps. Une seconde qui dure une heure. Elle ne cligne pas. Elle ne respire pas. Elle ouvre la bouche. Le son ne sort pas tout de suite. Puis... [À suivre...]
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD