1. La fin du monde (Albret)

570 Words
1. La fin du monde (Albret)Le Bon Dieu a essayé deux fois de faire punir ce monde : il l’a toujours laissé se sauver ; mais à la troisième fois ce sera pour de bon. La première fois ce fut par un grand vent comme il ne s’en est pas revu, et qui passa partout sur cette terre : tout se renversa ; aucun arbre ne demeura debout. Il se sauva quelques personnes parce qu’il n’y avait pas encore de maisons ; il n’y avait que des grottes. A la seconde fois le Bon Dieu essaya de faire périr ce monde dans l’eau. Il dit à un homme qui était juste, de se faire une grande cuve pour s’y sauver dedans quand les eaux seraient dé-bordées ; ainsi l’espèce ne se perdait pas : — Mets-y le temps qu’il faut, lui dit-il, il te faudra sept ans : le lieu où tu travailleras sera si caché que personne ne pourra le trouver si tu ne le montres. Et en effet, personne ne le sut. Le diable re-marqua l’absence de l’homme juste : — Où est votre mari, disait-il à la femme de l’ouvrier ? — Je ne le sais pas, disait l’autre : il emporte la nourriture, je ne le vois plus qu’au soleil couché. — Demain matin, lui dit le diable, versez toute l’eau de dedans pour qu’il ne puisse pas se laver les mains : alors nous saurons ce qui en est. Le lendemain, en se levant, l’homme ne trouva pas d’eau à la cruche, il lava ses mains au vase de nuit. — Alors, dit le diable, demain matin en vous levant versez tout, nous le surprendrons. Ainsi fit-elle et l’homme ne put pas laver ses mains. Le diable le trouva comme il finissait la cuve. Avec un marteau pointu il fit un trou rond ; le pauvre homme le ferma ; le diable en fit un autre. L’ouvrier alla conter au Bon Dieu son ennui. — Tu t’es laissé surprendre, lui répondit le Bon Dieu, tu auras avec le diable de grands dé-mêlés ; il va pleuvoir sur toi pendant sept ans, mais je vais t’accorder sept ans de plus ; il te faudra faire une provision de chevilles, et tout cheviller à mesure que le vil démon fera ses trous. Ainsi fit l’ouvrier de Dieu : [dans] chaque trou que faisait le diable, il mettait une cheville. Au bout des sept ans le Bon Dieu commença de faire pleuvoir comme son ouvrier plantait la dernière cheville ; le démon fit un autre trou, et l’eau se mit à entrer dans la cuve sans qu’on pût l’étancher. Quand il vit qu’il ne pourrait jamais l’étancher, l’homme se tourna de nouveau vers Dieu. Il n’avait pas fini sa prière qu’une grosse anguille s’engagea dans ce trou et avec sa queue le ferma. Le diable confus dit à l’ouvrier : — Tu en as beaucoup de ces chevilles ? — Plus que des autres, lui dit l’homme. Le diable se retira confondu. Ces eaux du ciel alors se répandirent sur les campagnes ; elles y restèrent longtemps, et quand elles baissèrent, partout se trouvèrent des lacs, des vallées, des collines, des montagnes ; avant ces eaux la terre était une surface plate comme un parquet ; elle doit revenir ainsi plate avant la fin du monde, et alors il y en aura la moitié en chemins. A la troisième fois que le Bon Dieu voudra détruire ce monde, il se servira du feu. A ce der-nier jour le soleil au lieu de se lever du côté de l’orient se lèvera du côté du couchant. Il montera dans le ciel jusqu’à dix heures, et à dix heures avant midi il tombera. Alors tout sera brûlé, et tout le monde périra sans que personne se puisse sauver. Telle sera la fin de ce monde.
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