Chapitre 7
À l’instant où Alyssa franchit la porte de la chambre, l’air fragile de Newton s’éclaira soudainement. Ses yeux s’illuminèrent et il tendit les bras.
— Alice… viens ici, ma chère !
En un instant, Alyssa changea de posture, douce et attentive, glissant à ses côtés avec un geste presque instinctif.
— Grand-père, comment te sens-tu aujourd’hui ? Ressens-tu encore de la douleur ? demanda-t-elle d’une voix apaisante.
Newton lui prit la main avec force malgré sa faiblesse.
— Te voir me fait oublier toutes mes souffrances… mais dites-moi, Alice, est-ce vrai ce qu’il m’a dit ? Vous êtes divorcés ?
— Oui, grand-père, répondit-elle en baissant légèrement les cils, le cœur serré, un vide l’emplissant de tristesse.
Newton se redressa, la colère mêlée à la préoccupation assombrissant son regard.
— Quelle cécité ! Une femme si merveilleuse et tu n’as rien su voir… cet homme ! s’exclama-t-il en lançant un regard noir vers Jasper.
Jasper, conscient de l’état de Newton, se contenait, incapable de répondre avec légèreté.
— Ne t’en fais pas pour lui, grand-père. Je ne veux plus continuer ce mariage. La séparation est la meilleure décision, souffla Alyssa en tapotant doucement le dos du vieil homme pour le rassurer.
Dans un coin de son esprit, Jasper plissa les yeux. Il s’interrogeait : « Elle ne se plaint pas, elle ne cherche pas à manipuler mon grand-père… Peut-être tente-t-elle une nouvelle stratégie pour me retenir, pour sauver ce mariage ? Qu’est-ce qui lui donne l’audace de croire que je pourrais être touché par elle ? »
Newton, lui, était submergé d’inquiétude.
— Alice, as-tu souffert parmi nous ? Sophia t’a-t-elle fait du mal ? demanda-t-il, la voix tremblante.
— Non, grand-père, répondit-elle calmement. Je crois simplement que Jasper et moi ne sommes pas faits pour être ensemble. Aucun sentiment profond ne nous lie ; la seule solution raisonnable est de se séparer.
Une tristesse fine traversait ses yeux.
— Ne le blâme pas, grand-père. Nous avons eu nos moments heureux, et cela suffit. Ni lui ni moi ne regrettons ces trois années passées.
Jasper fronça les sourcils. Une vague de confusion le saisit. Les souvenirs de ces prétendus instants heureux lui échappaient. Il n’avait même pas organisé de cérémonie digne de ce nom. Le mariage n’avait été officialisé que sous la pression de Newton. Le reste… Alyssa avait simplement rejoint sa maison et endossé le rôle d’épouse du jour au lendemain. Était-ce là vraiment du bonheur ou une mascarade ?
Newton, les yeux embués de larmes, demanda avec un souffle tremblant :
— Alice… est-ce de ma faute, alors ?
Il soupira ensuite, désabusé :
— Je voulais simplement ton bonheur… et voilà qu’un tel vaurien a causé tout ce tort.
— Grand-père… ce n’est rien. L’amour s’est éteint, et j’ai retrouvé ma liberté. La page est tournée, dit-elle avec fermeté, bien que treize années d’affection profonde aient gravé des cicatrices invisibles mais douloureuses.
Newton sourit doucement, essayant de dissiper la lourdeur de ses inquiétudes.
— Ben, apporte-moi le présent que j’ai préparé pour ma belle-petite-fille.
Ben revint, ganté de blanc, portant un petit écrin de velours rouge. Lorsqu’Alyssa l’ouvrit, un bracelet d’émeraudes anciennes scintilla à la lumière. Le bijou semblait avoir traversé un siècle d’histoire.
— Grand-père, ce… ce n’est pas pour grand-mère ? murmura Jasper, étonné.
— C’était son trésor, répondit Newton. Elle espérait que je le transmettrais à la belle-petite-fille dont je serais fier. Grand-mère n’est plus là… alors c’est toi, Alice, la seule digne de le porter.
— C’est trop… précieux, grand-père. Je ne peux accepter, protesta-t-elle.
— Même si tu n’es plus mariée à Jasper, tu restes la seule que je reconnaisse, insista Newton, obstiné.
Face au refus de sa petite-fille par alliance, Newton haussa le ton :
— Si tu refuses encore, je le casserai !
— Non ! Non ! s’écria Alyssa, la main crispée sur le poignet, le cœur battant.
— Très bien, murmura-t-elle finalement, je le prends. Merci, grand-père.
Newton, satisfait, lui passa le bracelet au poignet. Sa peau lisse faisait ressortir l’éclat profond des pierres. Jasper, jusque-là indifférent, ne put s’empêcher d’observer avec attention la finesse et la délicatesse de sa main. Alyssa rayonnait.
— Quel mufle, murmura Newton, que Jasper t’ait offert pour ton anniversaire ?
— Grand-père, ce que Jasper m’a offert, c’est un souvenir inoubliable… et des papiers de divorce, pensa-t-elle amèrement.
Newton, refusant de céder, posa sa dernière question :
— Alice, aucun retour en arrière n’est-il possible ?
— Grand-père, répondit-elle en serrant sa main, si vous m’aimez vraiment, soutenez ma décision et laissez-moi vivre selon mon choix.
— Alors je n’insisterai pas. Mais promets-moi de rester jusqu’à mon quatre-vingtième anniversaire… dans quelques jours, supplia Newton.
— Ce n’est pas convenable, protesta Jasper, fronçant les sourcils.
— Et pourquoi cela ne le serait-il pas ? s’énerva Newton. Ne me dites pas que vous voulez imposer une autre candidate pour ce rôle, manipuler les Beckett ? Je ne le permettrai jamais !
À l’extérieur, Liana tournait en rond, la panique et la frustration se lisant sur son visage.
— Arrête de faire le tour, tu me rends folle ! grommela Sophia, exaspérée. Comprends que Newton ne pourra jamais contrôler Jasper longtemps. Conquiers son cœur, et c’est tout ce qui compte.
— Plus facile à dire qu’à faire ! murmura Liana. Tant que Newton est en vie, il ne m’acceptera jamais… je ne pourrai jamais épouser Jasper, pensa-t-elle, couvrant sa bouche pour ne pas être entendue.
— Newton ne m’avait pas acceptée non plus, et pourtant j’ai épousé Javier, rétorqua Sophia calmement.
— Le cœur humain est faible. Mais si Jasper désire t’épouser, penses-tu qu’il puisse être empêché ? ajouta Sophia avec assurance.
Liana se calma enfin, comprenant la justesse de ses propos.
Lorsque la porte s’ouvrit, Ben fit sortir Alyssa et Jasper. Liana s’avança, affectant un sourire coquet. Ses yeux se plissèrent en apercevant le bracelet d’émeraudes brillant au poignet d’Alyssa. Il surpassait largement celui de sa propre famille. Newton avait dû l’offrir.
La jalousie la consumait. Un plan sournois germa dans son esprit. Dans un geste théâtral, elle simula un faux accident, prétendant s’être tordue la cheville, et arracha le bracelet d’émeraudes au poignet d’Alyssa, le brisant d’un coup.
Mais Alyssa, prévoyante, esquiva le geste. Liana perdit l’équilibre et tomba lourdement, tandis que le bracelet éclata en deux, scintillant une dernière fois.