Chapitre 9

1035 Words
Chapitre 9 Alyssa tenait fermement le volant, l’air souverain et détaché, tandis que la Bugatti rugissait dans les rues, avalant l’asphalte avec une fluidité presque hypnotique. Dans ses oreilles résonnait le rythme enflammé de sa chanson de vengeance, « Burning Revenge », qui amplifiait son sentiment de puissance et de défi. Elle ne craignait pas que Jasper reconnaisse sa présence. Ce qui la troublait, c’était la manière dont il l’avait ignorée durant trois longues années, pour ensuite réapparaître avec un intérêt soudain dès leur séparation officielle. Les hommes, pensa-t-elle avec amertume, avaient ce curieux talent de mépriser l’amour qu’on leur offrait et de n’y répondre que lorsqu’il était refusé. Un coup d’œil au rétroviseur fit frissonner Alyssa. À quelques mètres derrière elle, la Lamborghini de Jasper la suivait de près, implacable. — Tu crois vraiment pouvoir me rattraper  ? murmura-t-elle avec un sourire provocateur en appuyant davantage sur l’accélérateur. La Bugatti se glissa dans un virage serré, disparaissant en un éclair. — Accrochez-vous ! ordonna Jasper, sa voix coupante comme un glaive. Xavier, le visage crispé par l’adrénaline, tentait tant bien que mal de maintenir le contrôle. Leur voiture semblait répondre à chaque manœuvre d’Alyssa comme si elle obéissait à sa volonté. Finalement, ils parvinrent à se rapprocher suffisamment pour voir le véhicule devant eux. Jasper masquait son soulagement derrière un masque impassible, mais son esprit bouillonnait de frustration. — Monsieur Jasper, observa Xavier, cette conductrice est prodigieuse. L’autocollant à l’arrière n’est pas là pour rien… — Un autocollant  ? rétorqua Jasper, perplexe. — L’arrière… regardez l’arrière, rectifia Xavier, nerveux. Jasper suivit son regard et remarqua un petit symbole blanc, un « C », collé sur le coffre. — C’est lié à son amour pour les films d’animation de course, Initial C, expliqua Xavier, les yeux brillants. Elle adore ces films et j’ai toujours vu Madame Alice les regarder dans le salon. Je ne pensais pas qu’elle serait capable d’une telle maîtrise au volant. Jasper sentit son irritation croître. L’idée que sa secrétaire connaisse tant de détails sur elle alors qu’il demeurait dans l’ignorance ajoutait un piquant amer à sa colère. — Elle accélère  ! s’exclama Xavier, paniqué. — Rattrape-la  ! tonna Jasper, le visage figé et les poings serrés. Mais Alyssa domina la route, exécutant deux dérapages parfaits, disparaissant bientôt complètement de leur vue. — Je… je l’ai perdue… balbutia Xavier, au bord de la panique. Jasper, furieux, frappa le volant et se mordit les lèvres. « Alice White, pourquoi continues-tu à me fuir  ? Qui es-tu vraiment  ? » pensa-t-il, une tension sourde vibrante dans ses veines. Plus tard dans la soirée, Jonah et Silas pénétrèrent dans la villa privée d’Alyssa. La cuisine résonnait du cliquetis des couteaux et des odeurs savoureuses. Alyssa, sucette à la bouche, s’amusait sur son téléphone, jetant des regards complices à ses beaux-frères occupés à préparer le dîner. — Yes  ! Double kill  ! s’exclama-t-elle, ravie par sa victoire virtuelle. — Toujours aussi brillante, Lyse, sourit Silas avec tendresse. Alyssa, assise sur le canapé, ses bras posés sur la table basse, continuait de jouer tout en commentant le jeu : — Regarde, ce personnage est un boucher renommé, super utile. — Tu crois vraiment que tu as l’avantage  ? répliqua Jonah, taquin, en coupant un steak qu’il tendit à Alyssa. — Si Axel n’avait pas abandonné à la dernière minute, on aurait gagné  ! râla-t-elle, faussement indignée. Jonah la prévint : — Le dîner est presque prêt. Lyse, tu es sensible à la fumée, va t’installer dans le salon. Alyssa sentit son cœur se serrer. Trois ans durant, elle avait enduré les cuisines des Beckett, les vapeurs et l’huile brûlante, ses mains s’abîmant progressivement. Elle craignait que révéler cette vérité à ses frères ne déclenche leur fureur contre Jasper. Mais maintenant, dans ce refuge familial, elle retrouvait la liberté et le calme qu’elle n’avait jamais connus. Le téléphone de Jonah vibra. Il s’essuya rapidement les mains et consulta l’écran. — C’est ton ex-mari, murmura-t-il. Alyssa sentit la colère lui monter, sa sucette tombant sur la table. Silas, à ses côtés, prit la sucette et la suça, tout en observant la scène. — Ce type croit vraiment que tu es le petit ami de Lyse  ? ricana-t-il. — Apparemment, oui. — Il est complètement aveugle, jura Silas. — Et je ne le suis pas  ? demanda Jonah en riant. Tu ne ressembles pas à son petit ami… plutôt à son père, ajouta-t-il en plaisantant. Alyssa grimaça, voyant sa patience mise à l’épreuve. — Dois-je décrocher  ? demanda Jonah. — Non  ! ordonna Alyssa. Jonah activa le haut-parleur. La voix de Jasper, plus calme mais tranchante, emplit la pièce : — Je cherche ma femme. — Alice n’est plus votre épouse. Vous êtes divorcés, coupa Jonah, pour que le message soit clair. — Elle sait encore qu’elle est légalement ma femme, rétorqua Jasper, glacial. — Jasper Beckett, vous m’avez poursuivie et harcelée. Que voulez-vous  ? s’emporta Alyssa avant de raccrocher. Elle se retira dans une pièce isolée, ferma la porte et reprit l’appel après avoir respiré profondément. — Parlez, je suis occupée. — Pourquoi as-tu changé de numéro  ? demanda Jasper, toujours froid. — Pour tourner la page et effacer le passé, répondit-elle avec assurance. — Grand-père aura besoin de te joindre. Donne-moi ton nouveau numéro. Alyssa laissa échapper un sourire ironique : — Si tu me cherches, commence par retrouver M. Taylor. — Alice White, murmura-t-il entre ses dents serrées, est-ce là ta vengeance  ? Tu vis déjà avec Jonah Taylor après notre divorce, et tu te fais passer pour Alice White… as-tu déjà choisi le nom qu’il te donnera  ? — Jasper Beckett  ! cracha-t-elle, poings serrés. — Crois-tu vraiment que je me soucie de tes conquêtes  ? ricana-t-il. Mais veille à ne pas décevoir grand-père. Même si tu ignores ta dignité, conserve-la au banquet pour ses 80 ans et ne laisse aucune rumeur l’atteindre. La colère d’Alyssa bouillonnait en silence. Finalement, elle raccrocha, s’appuya contre le mur et laissa échapper un souffle haletant. Ses yeux rougirent sous l’émotion. — Jasper Beckett, comment as-tu pu me traiter ainsi  ? pensa-t-elle. Treize années d’amour semblaient s’effondrer en un instant, révélant l’erreur qu’elle avait commise en lui donnant son cœur.
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