LE ROMAN DE MON PÈRE« Il m’est difficile de concevoir ce qu’eût été une vie en présence de mon père. Je n’y parviens pas. Cela reste une interrogation perpétuelle. Qui aurait-il été face à moi ? Me serais-je opposé à lui ? Aurait-il été, au contraire, un complice ? Il avait apparemment certains goûts que j’ai, et des idées qui ont été les miennes. » François Nourissier, Mauvais genre Mon père – je le savais pour l’avoir souvent réveillé de ses siestes – ne dormait pas sur le dos. Digne et paisible, à l’étroit dans un lit trop blanc, trop haut, il semblait s’impatienter, arborant malgré les rides la petite bouche pincée que je lui avais toujours connue. Mon père ne m’attendait plus. Le cœur serré, j’ai baisé sa joue froide. J’ai appelé. Tandis qu’on s’affairait, j’ai cherché une contenan

