Chapitre 1
Il était plus de neuf heures du soir lorsque Charlene Ross atterrit à l’aéroport de Goldland.
C’était son anniversaire. Dès qu’elle alluma son téléphone, l’écran s’illumina de messages de vœux. Tous venaient de collègues et d’amis. Pas un mot de Thorne Henderson.
Le sourire de Charlene s’effaça légèrement.
Lorsqu’elle arriva à la villa, il était déjà bien plus de dix heures.
La gouvernante, Latonia, fut surprise de la voir. « Madame Ross… que faites-vous ici ? »
« Où sont Thorne et Minnie ? »
« Monsieur Henderson n’est pas encore rentré, et Mademoiselle Minnie est dans sa chambre, elle joue. »
Remettant ses bagages à Latonia, Charlene monta les escaliers. Elle trouva sa fille en pyjama, bien installée à sa petite table, totalement absorbée par ce qu’elle faisait, au point de ne même pas remarquer l’entrée de sa mère.
« Minnie ? »
Jasmine Henderson leva les yeux avec un grand sourire. « Maman ! » Puis elle se replongea aussitôt dans son activité.
Charlene la prit dans ses bras, mais la petite la repoussa doucement. « Maman, je suis occupée là. »
Cela faisait deux mois que Charlene n’avait pas vu Jasmine, et aucune étreinte ne semblait suffisante pour rattraper le temps perdu. Elle avait envie de lui parler, de la retrouver.
Mais en la voyant si concentrée, Charlene préféra ne pas lui gâcher sa joie. « Tu fais un collier de coquillages, Minnie ? »
« Oui ! » s’exclama Jasmine. « C’est pour l’anniversaire de Mademoiselle Hawkins, la semaine prochaine. Papa et moi avons ramassé ces coquillages et on les a polis ensemble. Tu les trouves jolis ? »
Charlene sentit sa gorge se nouer, mais Jasmine poursuivit, toute excitée, avant qu’elle ne puisse dire un mot. « Papa a aussi commandé d’autres cadeaux pour Mademoiselle Hawkins. Demain… »
Une douleur aiguë traversa la poitrine de Charlene. Elle ne put s’empêcher de demander : « Minnie… tu sais quel jour on est aujourd’hui ? »
« Hein ? Quoi ? » Jasmine leva brièvement les yeux avant de replonger dans son collier. « Maman, s’il te plaît, tu m’as fait mélanger l’ordre des perles maintenant. »
Charlene relâcha sa fille et resta debout un moment, silencieuse. Voyant que Jasmine ne daignait même pas la regarder, elle quitta la pièce sans un mot.
Latonia aperçut son visage attristé. « Madame Henderson, j’ai appelé Monsieur Henderson tout à l’heure. Il a dit qu’il était pris ce soir et vous a demandé de vous reposer. »
« Je vois. »
Se rappelant les paroles de Jasmine, Charlene composa le numéro de Thorne.
Il fallut un moment avant qu’il ne réponde. Sa voix était lointaine. « Je suis encore occupé. On en parle demain. »
« Thorne, qui est-ce, à cette heure ? » demanda une voix féminine en arrière-plan. C’était celle de Vesta Hawkins.
Charlene serra le téléphone un peu plus fort.
« Ce n’est rien. »
Avant qu’elle n’ait pu ajouter quoi que ce soit, Thorne avait raccroché.
Cela faisait des mois qu’ils ne s’étaient pas vus. Charlene avait fait tout le trajet jusqu’à Goldland, mais lui ne pouvait même pas rentrer ou lui consacrer un instant.
Leur mariage avait toujours été froid, distant, marqué par l’indifférence.
Autrefois, elle l’aurait rappelé, lui aurait demandé avec patience où il était, s’il pouvait rentrer. Mais peut-être était-elle trop fatiguée, cette fois.
Le lendemain matin, après réflexion, elle tenta de le rappeler une nouvelle fois. Avec le décalage horaire entre Goldland et chez eux…
Elle était venue dans l’espoir de voir Jasmine et Thorne, de passer cette journée spéciale ensemble, en famille, autour d’un repas.
Thorne ne répondit pas.
Plus tard, elle lui envoya un message :
Charlene : Es-tu libre pour déjeuner ? Tu peux venir avec Jasmine ?
Thorne : […]
Charlene : D’accord.
Après cela, plus rien. Silence total de la part de Thorne.