Kaï-Lani

1423 Words
Grâce à cette astuce de mon oncle, je peux appeler ça ainsi, la créature ne pouvait plus venir dans ma chambre, mais alors que je croyais que je serais maintenant tranquille, elle s’était mise à me pourchasser. En tout cas, moi, je me sentais terriblement pourchasser. Je la voyais dans tout ce qui pouvait refléter mon image : miroir, vitre ou surface de l’eau. Que ce soit à la maison, au collège, en classe ou ailleurs. Même lorsque je buvais de l’eau, en l’espace de quelques secondes, je ne sais pas comment, mais je ressentais sa présence. Sous la douche également le scénario était pareil. Chaque fois que j’étais sous la douche, je ressentais sa présence même si je ne la voyais pas. J’essayais juste d’oublier cette sensation de présence. Car, avec tout ce qui s’était déjà passé grâce à l’intervention de mon oncle, je me disais désormais que tant que : « je ne la vois pas, si ce n’est dans des reflets, elle n’est pas là. ». Pour moi, si je ressentais sa présence, c'était juste parce que j’avais désormais très peur de tomber encore sur elle. Quand bien même, c’était déjà insupportable de la voir ainsi à tout moment, et d’avoir constamment le sentiment qu’elle est à côté lorsque j’étais en contact avec de l’eau. Depuis cette apparition sous la douche, mon oncle se chargeait lui-même absolument tous les soirs de venir fermer les rideaux de la chambre. Et pourtant, un matin quand j’ouvrais les rideaux pour laisser la lumière du soleil illuminer ma chambre, sur le cadran de la fenêtre, il y avait du sable et de l’eau. J’avais vite fait d’aller appeler mon oncle afin qu’il puisse venir voir de lui-même. Sauf qu’en arrivant, il n’y avait plus rien. - DILANE : Non… Mais comment !? Tonton je t’assure que c’était là. Pas en très grande quantité, mais c’était là. Juste ici. Du sable et de l’eau. - ONCLE : Hummm ! Ne t’inquiète pas. Tu n’as pas besoin de t’expliquer. Si tu l’as vu, c'est que c’était bien là. Mais c’est une bonne chose aussi. Si c’était là, ça veut dire qu’elle n’arrive plus à entrer. Donc, je pense que tes nuits sont maintenant plus tranquilles non ?. Mon oncle n’avait pas tort, même si je pouvais souvent la voir quelques fois pendant la journée, la nuit, je pouvais dormir paisiblement. Même les cauchemars dans l’océan, je ne les faisais plus. C’était donc tant mieux comme ça. Le temps passait et, comme j’allais retourner en Angleterre, j’étais convaincu qu’elle ne pourrait pas me suivre jusque-là-bas. Du coup, je m’étais habitué à la voir de temps à autre. J’avais arrêté de me plaindre et je faisais juste le maximum pour éviter cela. Mais comment pouvais-je faire pour éviter l’eau ? Il fallait bien que je boive ! Il fallait bien que je me lave ! Et je ne pouvais pas rester sans avoir un coup d’œil sur l’océan à cause de la position de ma chambre. À tous les coups lorsque j’ouvrais ma fenêtre le matin ou quand je tirais mes rideaux le soir avant que mon oncle ne vienne placer l’épingle, en l’espace de quelques secondes, mon regard se posait sur l’océan. Mais, plus les jours passaient, plus les jours où ma vision de la vie allait changer du tout au tout se rapprochait… C’était un week-end. Le lundi, nous devions avoir un contrôle important, alors j’avais révisé jusqu’à très tard dans la nuit. Mon oncle était déjà venu fermer ma fenêtre comme tous les soirs. Pendant que je révisais, j’entends soudain quelqu’un frapper. En fait, non, ce n’était pas comme si on frappait, mais plutôt comme si quelqu’un lançait des petits cailloux à ma fenêtre. Le bruit se répétait après au minimum trois secondes. Au départ, je me disais bien qu’il s’agissait d’une astuce de la part de cette créature. Alors, je fis la sourde oreille. Sauf que plusieurs minutes plus tard, je commençais par me dire que peut-être, c’était Marie-Louise qui, une fois de plus, rentrait tard et son passage habituel était fermé, donc elle voulait peut-être que je lui ouvre. Je me lève de ma chaise et me dirige vers ma fenêtre. Je tiens mes rideaux et, d’un coup, je les écarte. Je vois l’épingle tomber et, immédiatement, avant même qu’elle ne touche le sol, je me rends compte de l’énorme bêtise que je viens de commettre. Un coup de vent glacial me traverse, accompagné d’une odeur charmante. Et par la suite, je ressens une présence derrière moi. Je savais déjà ce qui m’attendait. Je reste figé. J’ai peur de me retourner. Quand je sens une main douce, froide et humide se déposer sur mon épaule et me tire tout doucement comme pour m’inviter à me retourner. Je répondis au geste avec une lenteur presque délibérée. Puis, je me retrouvai face à elle. C'était ce jour-là que je fus frappé par la révélation de sa beauté, une beauté sans égale, telle que jamais, je n'avais imaginé en rencontrer. Sa chevelure, semblable à un clair de lune liquide, ruisselait sur ses épaules d'ébène. Une cascade argentée, scintillante sous l’éclairage de ma chambre, qui contrastait avec la profondeur de sa peau. Ses yeux, d'un bleu océanique, hypnotiques et insondables, recelaient les mystères des profondeurs marines. Un diadème de coquillages délicats ornait son devant, tel un trésor précieux. Des perles scintillantes brillaient à sa taille, soulignant la finesse de sa silhouette. Sa peau, d’une noirceur d’ébène, semblait irradier une lumière douce et nacrée. En face d’elle, je me sentais submergé par sa beauté envoûtante. J’étais fasciné par chaque détail de son apparence, chaque nuance de sa beauté. Sa perfection était à la fois intimidante et irrésistible. Tenu face à elle, je me sentais petit et insignifiant, mais en même temps, je me sentais privilégié de pouvoir admirer une telle splendeur. J’étais certain que jamais, de toute ma vie, je ne pourrais oublier l’extraordinaire beauté de cette créature. Je frissonne à nouveau sous le contact de sa main, douce et fraîche comme la brise marine. Elle effleure mon menton, un geste tendre et insistant qui m’invite à me rapprocher. Je ne sais à quel moment elle s’est installée sur mon lit, mais sa présence est désormais encore plus envoûtante. Sa queue de poisson, posée délicatement sur le drap, tenue mon regard. Elle est d’une beauté saisissante, un kaléidoscope de couleurs chatoyantes qui semblent changer à chaque battement. Des écailles nacrées, aux reflets bleus et verts, scintillantes comme des joyaux sous la lumière tamisée de la chambre. Elles ondulent et se meuvent avec une grâce infinie, rappelant les vagues de l’océan. Je me suis approché d’elle, obéissant à son geste gracieux, et mon cœur ne cessait de s’emballer à la vue de sa beauté saisissante. Mes pieds semblaient ne plus m’appartenir alors que je m’avançais vers elle. Captivé par sa beauté, je n’en ressentais pas moins une peur intense. Je m’arrêtai enfin à un pas d’elle, et d’une voix tremblante, je lançai : - DILANE : Qu’est-ce que tu me veux ? Qui es-tu à la fin ? Pourquoi est-ce que tu me persécutes de cette façon ? Je t'en prie, ne me fait pas de mal. Elle me fixe et sourit, un sourire qui la rend encore plus belle. Un sourire qui, aujourd’hui encore, me revient en mémoire et me fait penser qu’elle était heureuse. Heureuse parce que je n’avais pas fui cette fois, et que je n’avais pas poussé de cris. Même si c'était davantage à cause de la peur que je ressentais. Puis, elle a ouvert la bouche et me dit : - Ne voudrais-tu pas connaître comment l’on me nomme, Dilane ? - DILANE : Comment tu t’appelles ? Et qu’est-ce que tu es ? - Mon nom est l’essence même de l’océan. Il est la puissance des vagues qui se brisent sur les rivages, une force capable de tout emporter sur son passage. Mais il est aussi la douce caresse de l’eau sur la peau, une sensation de paix et de sérénité. Pour certains, mon nom représente l’espoir, la promesse d’un nouveau départ, comme un bateau qui s'en va vers un horizon inconnu. Pour d’autres, il est le symbole du calme et de l’apaisement, un refuge dans la tempête de la vie. Je n'avais pas vraiment l’impression qu’elle parlait, sa voix était comme une mélodie qui flottait dans l’air, douce et envoûtante. - D’où je viens, poursuit-elle, les miens m’ont appelé… Kaï-Lani. C’était à partir de cette nuit-là, que mon histoire avait véritablement commencé.
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