Bien sûr que je ne me reconnaissais pas dans cette histoire. Qui aurais-je pu aider en Angleterre au point où elle se sente à ce point redevable ? D’ailleurs, si ça avait été une autre personne qui me la racontait, je ne l’aurais même pas laissé terminer. Mais puisque c’était ma mère… Je me disais qu’elle ne pouvait pas me mentir.
- DILANE : Je ne vois vraiment pas qui c’est, maman. Es-tu bien certaine que cette femme parlait réellement de moi ?
- MAMAN : Oui ! Au début, moi aussi, j'étais perplexe, mais elle m’a donné ton nom complet, et elle t’a même décrit avant de te reconnaître sur tes photos.
- DILANE : Et comment a-t-elle dit qu’elle s’appelle ?
- MAMAN : Elle avait un nom très peu commun, hein… Attends que j’essaie de me le rappeler… Mmmmh… Un truc comme… Kaï… Kaï… Li… Arrhh mon fils, je n’arrive plus à me le rappeler, pourtant je l’ai au bout de la langue…
- DILANE : Ce ne serait pas… Kaï-Lani, maman ?
- MAMAN : Oui ! Oui, c’est ça… Kaï-Lani. Un nom assez bizarre… Tu ne trouves pas ?
- DILANE : Es-tu bien certaine, maman ? Kaï-Lani ?
- MAMAN : Crois-moi, même si je ne m’en souvenais plus correctement, je ne pourrais jamais oublier ce prénom. Mais apparemment ça ne te laisse pas indifférent.
Je l’avais imaginé en même temps, mais c’était très loin dans mes pensées… Que dire donc à ma mère ? Que cette femme était une créature des eaux ? Comment et sous quelle forme s’était-elle d’abord présentée à ma mère ? Si elle était mi- femme mi-poisson, je pense que ma mère me l’aurait dit.
Elle était allée jusqu’en Angleterre et avait sauvé mon père, elle avait redonné le sourire à ma mère. Vous n’imaginez pas comme j’étais heureux à ce moment-là.
- DILANE : En effet, maman… Je me rappelle maintenant. C’était il y a quelques semaines déjà, et c’était ici même à Kribi.
- MAMAN : Ah bon !? Ta bravoure a rendu service à toute la famille, mon fils… Quelqu’un veut te parler.
- PAPA : Allô mon champion !
- DILANE : Salut pa’a ! Moi qui croyais que tu allais finir tes jours en prison.
- PAPA : Toujours aussi content de te décevoir, mon fils. Ta mère et moi, on doit sortir… Tu dois nous laisser maintenant. Et bientôt, on viendra te voir.
- DILANE : D’accord papa. Passez une bonne soirée. Embrasse maman pour moi.
- PAPA : Hors de question… Car ce soir, j’embrasse ma femme pour moi-même.
Après les rires de sa phrase, il raccrocha et moi, je me suis levé de mon lit sur lequel j’étais assis pendant le moment où j’hésitais à rappeler ma mère pour me diriger vers ma fenêtre et j’ai observé là, l’océan…
Intérieurement, je me disais : « Elle avait peut-être bien raison sur ses intentions bienveillantes… Après tout, il se pouvait qu’elle ne soit pas méchante comme je le pense. Et si… »
Pendant la nuit, j’avais expressément laissé ma fenêtre grandement ouverte et je m’étais endormi en regardant l’océan. C’était bien sûr dans l’intention de faire venir Kaï-Lani, car je ressentais le besoin de la revoir. Mais de toute la nuit, je n’avais pas ressenti sa présence, et le matin, il n’y avait aucune trace d’elle. Elle n’était tout simplement pas venue… La nuit suivante, j’ai fait la même chose, en laissant ma fenêtre ouverte, mais cette fois encore, elle ne s’est pas montrée.
J’avais par tous les moyens cherchés à revoir Kaï-Lani au cours des jours qui ont suivi, mais en vain, elle était partie… Finalement, j’avais perdu espoir. Je lui avais juste adressé un merci silencieux avec les yeux rivés vers l’océan en espérant qu’elle l’ait entendu.
Un jour, qui était un samedi, j’étais en train de rassembler mes habits pour aller faire ma lessive quand j’ai entendu quelque chose tomber. Je poursuis du regard le bruit que j’ai entendu et là, je vois le cadeau de Kaï-Lani.
Cela a été presque instinctif l’idée qui me traversa l’esprit à ce moment-là. J’ai ramassé le bijou et je l’ai posé sur la table pour ne pas risquer d’oublier ce que je prévoyais faire à la nuit tombée.
Je n’avais pas songé à si ça pouvait être une bonne ou une mauvaise idée, tout ce à quoi je pensais était que, si je voulais revoir Kaï-Lani, je devais le faire.