Sans plus tarder, je lui posai enfin cette question.
- DILANE : j'aimerais maintenant te poser une question.
- KAÏ-LANI : je t'écoute Dilane.
- DILANE : Est-ce toi qui as aidé mes parents ?
- KAÏ-LANI : Oui, je l'ai fait. Ton histoire m’avait beaucoup touchée, et je me suis sentie un peu coupable de t'avoir aussi causé d'autres soucis. Alors dès que j’ai pu, j'y suis allée pour voir ce que je pouvais faire pour les aidés. Cela m’a aussi permis de visiter un peu Londres en même temps.
- DILANE : Mais, comment est-ce que tu as fait ça ?
- KAÏ-LANI : Comment est-ce que j'ai fait quoi ?
- DILANE : Tout ! Partir à Londres, aider mon père... Tout quoi.
- KAÏ-LANI : Je vois... Mais, j'aimerais pour l'instant garder ce secret pour moi tu veux bien ?
- DILANE : Bien sûr… Tu n’es pas obligée de me le dire.
- KAÏ-LANI : Et puis, comme je te l’ai dit, j’avais une dette envers toi. Et maintenant, la voilà désormais réglée. Ainsi, je peux enfin rester chez moi tranquillement.
- DILANE : Quand tu parles de « chez toi », c’est où exactement ? Dans l’eau ? Genre au plus profond de l’océan, là où aucun sous-marin ou engin aquatique ne peut atteindre ?
- KAÏ-LANI : Bon, ce n’est pas complètement inatteignable… Nous ne vivons pas cachées, tu sais. On se fond simplement dans la faune et la flore aquatique. Certains nous aperçoivent parfois, surtout les plus courageux.
- DILANE : Je comprends… Surtout pour les plus courageux. La première impression que tu m'as faite. Ahaha
- KAÏ-LANI : Tu pourrais peut-être le voir par toi-même un jour.
- DILANE : Hein ! Voir ? Mais voir quoi au juste ?
- KAÏ-LANI : Ma maison !
- DILANE : Ah non ! Ne compte pas sur moi… Déjà, je n’aime pas l’eau et en plus de ça je ne suis pas un très bon nageur. Alors, s’il faut choisir entre me retrouver dans les profondeurs de l’océan et t’embrasser, je préfère encore de loin t’embrasser…
Elle se mise à rire… puis elle me dit :
- KAÏ-LANI : Alors, tu préfères m’embrasser, tu dis ?
- DILANE : Ce… Ce n’était aussi qu’une façon de parler.
- KAÏ-LANI : Ah bon !?
- DILANE : O… Oui… Oui, c'est juste une… Façon de parler.
- KAÏ-LANI : Alors, j'aime ta « façon de parler ».
Ils échangent des regards amoureusement expressifs un instant. Puis, embarrassé, Dilane brise le silence.
- DILANE : Même si… Je voulais visiter ta maison… Nager va être un problème pour moi.
- KAÏ-LANI : Dis-moi, tu penses que moi, je sais marcher avec des pieds ? Bien sûr, je peux prendre une forme humaine, mais je ne saurais me déplacer comme toi. Alors, il est plus facile pour moi de posséder quelqu’un afin d’utiliser ses capacités.
- DILANE : Donc…
- KAÏ-LANI : Alors, si nager pour toi sera un problème, on pourra toujours trouver une solution.
- DILANE : Bien sûr…
Nous avions parlé toute la nuit, et je n’avais vraiment pas vu l’heure passer quand elle me dit :
- KAÏ-LANI : Bientôt, le jour va se lever… Il faut que je rentre. Et on doit se demander où je suis maintenant.
- DILANE : Ah bon ?
- KAÏ-LANI : Bien sûr ! Qu’est-ce que tu crois ? Moi aussi, j’ai une famille. Mais on se reverra bientôt… N’est-ce pas ? Demande-t-elle en me regardant. Et puis face à mon silence, elle dit encore.
- N'est-ce pas Dilane ? On se reverra bientôt.
Après un bref moment, je lui réponds.
- DILANE : Bien sûr ! Euh… Au fait, parlant des tiens… Tu sais, tout ça est nouveau pour moi… Donc, il faut que je te demande.
- KAÏ-LANI : Oui, quoi ?
- DILANE : Euh… C’est… Bon, est-ce que ton père, c’est… Poséidon ?
- KAÏ-LANI : C’est qui Poséidon ?
- DILANE : Tu sais… le roi… le roi… Bon, laisse tomber… Mais… En tout cas… Je peux bien t’apprendre à marcher si tu veux… Ce sera comme tenir un bébé pour ses premiers pas.
- KAÏ-LANI : Cela me réjouirait grandement, Dilane.
Elle me sourit, puis une éclaboussure d’eau me frappe le visage. Je ferme les yeux, et quand je les rouvre, elle a disparu. Je la vois alors plonger dans l’océan après m’avoir fait un signe d’au revoir.
Maintenant que j’avais pu échanger avec elle, je ne ressentais plus aucune crainte. C’était évident, je voulais être son ami. À partir de cette soirée, nous avons commencé à nous fréquenter et à nous voir de plus en plus souvent.
Pendant la journée, lorsqu’elle possédait le corps de Danielle, nous pouvions passer nos journées ensemble. J’en profitais pour mieux la connaître. Et bien sûr, la nuit, elle me visitait sous sa vraie forme.
Chaque nuit, lorsqu’elle me rejoignait sous sa forme aquatique, je me sentais fasciné par sa beauté envoûtante, par sa grâce naturelle. Mais en même temps, un malaise grandissait en moi, nourri par une question obsédante : comment est-ce que cela se terminerait si jamais Junior l’apprenait ?
Cela faisait déjà plusieurs mois que nous fonctionnions ainsi, dans une étrange symbiose entre deux mondes. Pourtant, au fond de moi, ce malaise ne cessait de croître. J’avais beau me répéter que tout irait bien, que Kaï-Lani était différente et ne me cachait rien, que sa bienveillance était palpable, mais malgré tout, l’ombre du doute ne me quittait jamais.
Et un jour, la réalité et ses conséquences nous rattrapèrent.