Tandis qu’elle s’éloignait lentement, sans se retourner une seule fois, Dilane se retourna à son tour pour rentrer chez lui. Il s’arrêta quelques secondes devant le portail pour la voir s’éloigner encore plus, il sent malgré tout, son cœur lourd.
Il traverse la cour et s’apprête à dépasser Marie-Louise, à l’endroit où elle se trouve.
- MARIE-LOUISE : Tu l’as observée longtemps ? Lui dit-elle.
- DILANE : Pardon ?
- MARIE-LOUISE : Je te demande si tu l’as observée longtemps ? Elle est seulement venue faire deux minutes ? Arrivée comme une fleur, repartie comme un éclair…
- DILANE : Ah ! Je suppose qu’elle a des choses à faire, répondit Dilane d’une voix neutre.
- MARIE-LOUISE : D’accord ! En tout cas… Tu as du goût hein mon frère. Elle est canon.
Dilane, qui l’avait déjà dépassée, s’arrête net et se retourne vers Marie-Louise, un sourcil levé.
- MARIE-LOUISE : Pourquoi tu me regardes comme ça ? J’ai mal parlé ? Demanda Marie-Louise, surprise par son regard.
- DILANE : Non non… Sauf que, il ne faut pas seulement se fier aux apparences.
Marie-Louise cessa de taper sur son téléphone, intriguée par la réponse de Dilane.
- MARIE-LOUISE : Heu… Tu veux dire quoi par là ?
- DILANE : Non rien… Bon, je monte dans ma chambre.
Je coupais court à notre conversation qui menaçait de devenir gênante. Mais alors que je m’apprêtais à partir, Marie-Louise m’arrêta net.
- MARIE-LOUISE : Attends Dilane, j’espère que tu ne caches rien, hein ?
Dilane se figea. Il se doutait bien que Marie-Louise posait cette question parce qu’elle savait ce qui pouvait souvent arriver.
Dilane esquisse un sourire avant de lui répondre.
- DILANE : Bien sûr que non Marie. Tout va bien. Mais… merci de t’inquiéter, dit-il d’une voix sereine.
Il monte dans sa chambre.
Dans sa chambre, Dilane se jette sur son lit. Pendant quelques minutes, il pense au moment qu’il a passé avec Kaï-Lani. Au fond de lui, une part aurait souhaité que cet instant ne se termine jamais.
- DILANE : Mais qu’est-ce qui m’arrive ? C’est un poisson ! Et elle a failli me tuer. Pourquoi est-ce que je me sens comme si…
- Toc toc… Dilane ?
C’est Junior.
- DILANE : Oui entre Junior.
- JUNIOR : Danielle est déjà back (rentrée) apparemment.
- DILANE : Oui, ça fait environ 30 minutes.
- JUNIOR : Raconte alors…
- DILANE : Quoi ?
- JUNIOR : Bah… Comment as-tu fait pour mettre le grappin sur elle… Je ne sais pas si tu t’es rendu compte que si on devait faire un classement, elle serait certainement parmi les trois plus belles du collège. Et elle ne serait pas la troisième.
- DILANE : Ah bon ?
- JUNIOR : Attends ! Tu ne vas pas me faire croire que tu ne l’avais pas remarqué.
- DILANE : Justement, je ne l'avais pas remarqué.
Il regarde Dilane avec un sourcil relevé et dit :
- JUNIOR : Quoi, tu es sérieux ? Pas possible. Ahahah !
- DILANE : De toute façon, ça n’a plus d’importance…
- JUNIOR : Ah bon !? Mais pourquoi ? Ne me dis pas que vous avez cassé ?
- DILANE : Je… Disons que je la trouve un peu trop… Collante.
- JUNIOR : Ah bon ? Mais…
Un bruit se fait entendre, celui du portail qu’on ouvre grandement.
- JUNIOR : Arrrh ! On dirait que papa est rentré. J’ai l’impression de n’avoir encore rien fait aujourd’hui pour énerver sa femme. Bon, je te laisse, le devoir m’appelle.
Dit-il en sortant de ma chambre tout en me faisant face.
À la nuit tombée, seul dans ma chambre, toutes mes pensées allaient inexorablement vers mes parents. Je pensais à mon père et à ma mère.
Je craignais le pire pour elle. Je me demandais ce qu’elle allait devenir si mon père ne revenait plus. J’étais persuadé qu’elle ne le supporterait certainement pas. Je craignais surtout qu’elle ne sombre dans une terrible dépression, d’autant plus qu’elle était seule là-bas.
Il n’y avait rien à ma connaissance que je n’aurais pas donnée pour pouvoir les aider. Mais que pouvais-je bien faire ? Étant donné que je n’étais qu’un jeune garçon de 17 ans, loin de ses parents et qui, à part pour avoir de bonnes notes en classe, n’était bon à rien. J’espérais juste de tout mon cœur que tout finirait par aller.
Les jours qui suivent sont meilleurs et les nuits de sommeil encore mieux. Je me sentais enfin libéré, j’avais d’ailleurs très vite oublié cette tristesse que je ne comprenais pas liée au départ de cette créature marine.
Maintenant, je pouvais passer mes journées sans avoir peur d’apercevoir Kaï-Lani dans mon reflet, de sentir sa présence dans ma chambre ou quand je touchais à l’eau.
Les premiers jours étaient bizarres, mais au fur et à mesure, j’oubliais. Mis à part la situation de mes parents qui me baissait le moral par moment, je me sentais bien.
Le soleil matinal caressait mon visage et un sentiment de légèreté m’envahissait. C’était une matinée de samedi où Junior et moi étions assis à la terrasse, en train de bavarder.
- Ça se voit que tu vas mieux, me dit Junior. Tu n’as plus ce regard perdu. Elle ne t’importune plus, n’est-ce pas ?
- DILANE : Exactement… Je me demande toujours ce que j’avais dans la tête pour garder tout ça pour moi.
- JUNIOR : Il ne faut pas non plus complètement t’en vouloir. C’est aussi un peu de notre faute, avoua Junior. J’avais bien remarqué que tu n’étais plus toi-même depuis un moment… Mais je ne t’ai rien demandé. J’aurais dû pourtant.
- DILANE : En tout cas, dis-toi que tu peux te tenir responsable d’une part. Mais c’est du passé maintenant, tu m’as bien aidé à me débarrasser d’elle. Maintenant, elle est partie.
- JUNIOR : Au fait, des nouvelles de ta maman ? Mon père m’en a parlé.
- DILANE : Ah oui ? Je ne savais pas que ton père était au courant.
- JUNIOR : Tout de même, ils sont frères après tout.
- DILANE : Bien sûr, à quoi je pensais ? Bon, honnêtement, je n’en sais rien. Je parle à peine avec ma mère. J’essaie surtout de ne pas la submerger, tu vois.
- JUNIOR : Je vois. Ça doit être dur pour toi.
- DILANE : Bah, je fais comme je peux… Je fais avec.
- JUNIOR : Si tu le dis.
- DILANE : Maintenant que j’y pense… La dernière fois, qui étaient ces vieux ? Et ils avaient l’air de t’adresser le plus grand des respects… Je crois même qu’un s’était incliné devant toi.
- JUNIOR : Incliné ? Ahahaha ! Je crois que c’est la chose là qui t’avait déjà embrouillé la tête.
Junior évite la question en détournant la conversation. Dilane le remarque et n’insiste pas.
Nous avons poursuivi notre conversation sur divers sujets. Je n’étais pas très bien à cause de la situation que mes parents traversaient, et Junior le savait même si j’essayais tant bien que mal de le cacher. Lui, il essayait de me remonter le moral.
Cela faisait des heures que nous parlions lorsque, à un moment donné, c’est sa belle-mère qui est arrivée pour nous trouver. Et, elle ne venait pas en paix.