- J’avais entendu dire que tu étais de retour mais j’avais encore des doutes. Plus maintenant en tout cas.
Fin émit un rire grave face au regard réprobateur de son vieil ami Ben Clive, un grand roux aux yeux gris ardoise, Shérif de Marshall Hill.
- Eh bien ! Les nouvelles vont vite dans cette charmante petite ville. Comme tu vois, mon vieux, je suis bien de retour.
Avec un sourire, il lui donna une vive accolade toute masculine.
- Toujours aussi fanfaron ! dit-il en secouant la tête. Depuis quand es-tu de retour ?
- Hier après-midi.
Ben partit d’un grand rire.
Jetant un regard autour de lui, Fin s’aperçut qu’ils étaient le centre de mire ainsi arrêtés au milieu du poste de police. Lorsqu’il le lui fit remarquer, Ben l’entraina dans son bureau. C’était une pièce plutôt grande chargée de cassiers pleins de dossiers, comprenant un fauteuil brun derrière table de bureau où croulait ordinateur ouvert et des dossiers et en face deux chaises. Après l’avoir faire asseoir, il leur commanda du café qui leur arriva une minute plus tard.
Tout en sirotant l’affreux breuvage, sous le regard de son vieil ami, il essayait de mettre ses idées en ordre. Ce matin, s’il avait décidé de lui rentre visite et cela à la première heure ce n’était pas seulement pour le revoir mais pour lui parler, de marshal à Shérif.
Lorsque la vieille, il n’avait pu retrouver l’inconnu dans le bar, il s’était décidé à rester jusqu’au départ de Charlie et avait bien fait de faire confiance une nouvelle fois à son instinct. Rien que d’imaginer ce qui aurait pu lui arriver seule sur ce parkings après qu’on lui ait crevé les pneus, il sentit une sourde colère l’étreinte en plus d’une vive angoisse, comme cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
- Alors, qu’est-ce qui peut bien amener mon meilleur ami si tôt le matin à mon bureau ? demanda Ben le sortant de ses pensées.
- J’étais impatient de revoir ta tête de carotte, dit-il avec un regard amusé.
Ben tiqua. Lorsqu’il l’appelait par ce vieux surnom qu’il avait toujours détesté et que plus personne aujourd’hui à part lui ne devait utiliser, celui-ci se mettait généralement en colère. Il lui lança un regard noir puis voyant qu’il n’était nullement impressionner sourit. Après tout, ils se connaissent depuis le primaire.
- Sérieusement Fin, que fais-tu ici ? Si tu voulais me voir, tu m’aurais appelé et on serait allé boire un verre chez Hank ou chez Cheryl et pas ici dans mon bureau. Alors, déballe tout !
- Tu me connais trop bien, même après toutes ses années, dit-il en riant. Tu as raison si je suis là c’est que j’aimerai te parler de quelque chose qui me turlupine.
Posant sa tasse à moitié entamé, il se cala mieux dans son siège et plongeant son regard gris ardoise dans le sien, lança :
- Je t’écoute ! Lui dit-il d’une voix grave.
- Hier soir Charlie s’est fait crever ses quatre pneus à la sortie sur le parking du bar de Beer-Grill.
Surpris, il le fixa un moment avant de reprendre son air grave de Shérif.
- Et comment es-tu au courant de ça, toi ?
- On s’est croisé sur le parking alors qu’elle rentrait chez elle et j’ai justement dû la ramené chez elle suite à cela.
- Tu penses à un acte criminel ?
Fin hocha la tête. La mine de son ami se renfrogna de plus belle. Il semblait prendre cette histoire également très au sérieux.
- Ce n’est pas la première fois qu’elle a ce genre de pépin. Vu le succès qu’elle a ici et de celui qu’elle avait à l’époque de sa glorieuse célébrité, cela ne m’étonnerait pas qu’on ait à faire à un fan un peu trop collant et zélé.
- Glorieuse célébrité ? répéta-t-il surpris
Son expression de surprise fit rire son ami.
- Ne me dis pas que tu ne sais rien, dit-il sans s’arrêter de rire. Mais à voir ta tronche en effet, tu ne sais pas.
Il se calma avant de reprendre.
- Tu ne le sais peut-être pas mais notre Charlie est très connue comme chanteuse.
- Tu rigoles ?
- Et non ! Avant, elle vivait même à Nashville où elle était une hyper célèbre chanteuse de country-rock - ma fille à d’ailleurs tous ses albums. Un jour, et sans qu’on ne sache pour quoi, elle a arrêtée sa carrière et est revenue vivre ici.
Il eut un tendre sourire.
- Ici tout le monde la considère toujours comme la fille du coin et fut heureux de la retrouver.
- Eh bien ! Je ne m’attendais pas à apprendre un truc aussi fou. Mais, faut dire que je ne suis pas très branché sur la musique. Waouh !
Ben le fixa un long moment, un sourire en coin avant de reprendre.
- En plus, faut dire qu’elle n’a plus rien avoir avec la gamine qui a quitté la ville avec sa mère il y a treize ans. C’est une vraie bombe aujourd’hui.
- Benny !
- Ne fais pas comme si tu ne l’avais pas remarqué, mon vieux. En plus, de ce que je me souvienne vous avez toujours été très proches, l’un et l’autre.
C’était peu de le dire. Le souvenir de la fin de soirée d’hier tournait encore dans sa tête. Il n’arrivait pas encore à croire qu’il avait été à deux doigts de l’embrasser.
Lorsqu’elle l’avait embrassé sur la joue, quelque chose en lui s’était comme éveillé. Il avait tellement eu envie de sentir son corps souple et généreux contre le sien. Jamais, il n’avait été en proie à un tel désir si fulgurant pour une personne qu’il connaissait pourtant depuis toujours. Mais, depuis qu’il avait revu Charlie, il avait bien compris qu’il n’avait plus affaire à la jeune ado qu’il avait connu et cela l’irritait au plus haut point. Il ne pouvait pas se résoudre à la désirer autant.
- C’était bien vrai, j’étais comme son grand-frère mais c’était il y a très longtemps.
- Justement ! Et, elle n’est plus une gamine…
Il se tut interrompu par la sonnerie de son téléphone. Il discuta un moment et Fin en profita pour se lever et se dirigeant vers l’une des deux fenêtres observa les voitures de police stationnées devant le poste et les quelques personnes qui marchaient dans la rue encore vide.
- Tu connais un certain Dave Peterson ? Demanda Fin en se retournant vers lui quand il eut fini.
- Oui, c’est un grand bonnet du coin. Pourquoi cette question ? Ne me dis pas qu’à peine arrivé, tu as eu des embrouilles avec lui ?
- Moi, non. Charlie dit qu’elle a eu un démêlé avec lui.
- Oui, il y a quelques temps mais il a interdiction de s’approcher d’elle. En plus, il n’est plus dans le coin. Il est à Dallas.
- Tu en es sûr ?
- Oh que oui !
Alors si ce n’était pas cet homme, il s’agissait d’un autre. Peut-être bien celui qu’il avait eu à remarquer dans le bar de Cheryl.
- À quoi peux-tu bien penser, mon vieil ami ?
- À rien. Tu devrais aller voir la voiture de Charlie, il doit être encore au parking du bar. À moins qu’elle l’ait faite remorquer.
- Oui, oui marshal-adjoint Hunt, je vais aller la voir.
- Arrête de m’appeler ainsi. Je ne suis pas en service. Je suis en congé.
- Ah bon ! Tu prends des congés, toi ?
- Comme tu vois, dit-il en quittant son observatoire.
- Je peux bien aller voir la voiture mais si on veut faire une enquête, il faudrait que Charlie porte plainte. Demande-lui de venir au poste.
- J’y penserais.
- On devrait se faire une sortie au bar un de ses soirs, lui lança Ben. Cela nous rappellera le bon vieux temps.
Il ne répondit pas mais hocha juste la tête et se dirigea vers la sortie.
En quittant le poste, il décida de se rendre chez Ellen. Il pourrait la convaincre de parler avec Charlie pour qu’elle aille porter plainte. Il n’avait pas encore la force de la revoir car il se sentait capable de lui sauter dessus sans autre forme de procès.
Lorsqu’il arriva quelques minutes chez elle, la vieille femme au corps corpulent était assise sur un rock chair sous la véranda, un vieil épagneule était couché près d’elle. Celui-ci leva la tête en l’apercevant mais resta coucher. Si elle l’avait reconnu lorsqu’il était descendu de voiture, elle ne fît pas le moindre geste.
Alors qu’il posait pied sur le plancher de la véranda, le chien se leva enfin et s’approcha de lui pour le renifler. Avec un large sourire, Fin l’accueillit en le gratifiant de caresses.
- Je vois qu’il t’apprécie toujours autant, lança la voix rocailleuse d’Ellen. Au moins, il ne t’a pas oublié.
- Comment pourrait-il oublier celui qui l’a sauvé de cette voiture qui a failli le renverser ? dit-il avec un tendre sourire. Bonjour Ellen. Cela fait bien longtemps.
- Et la faute à qui, dit-elle en reniflant, toujours aussi direct.
Se redressant, elle siffla et le chien revint vers elle. Fin ne s’offusqua pas de sa manière peut accueillante. Il connaissait trop bien son tempérament chaud et son franc parlé légendaire même si en vérité elle avait un grand cœur tendre.
- Moi aussi je suis heureux de te revoir.
- La ferme Finley Hunt ! Alors, depuis quant es-tu de retour ?
- Hier après-midi, dit-il pour la seconde fois en s’adossant contre la rambarde de la véranda.
- Hier après-midi, dit-elle pensive. Alors tu as dû rencontrer Charlie qui faisait le ménage chez toi ? Pourtant lors de sa visite ici hier elle ne m’a rien dit de ton arrivé.
- Je lui ai demandé de ne rien dit à personne de mon retour.
- Même à moi ta vieille marraine ?
- Même à toi, marraine.
Ellen se mit à rire en secouant la tête.
- Je reconnais bien là ta petite sale tête de mule, Finley Hunt. Alors que nous vaut ton retour ?
- J’avais envie de revenir chez moi, est-ce mal ?
- Cela dépend des réelles raisons de ton retour. Crache le morceau avant que je me décide à te tirer les oreilles, petit chenapan.
Fin ne put s’empêcher de sourire.
- Je me suis blessé lors de ma dernière mission. Je dois me reposer quelques jours, ordre du médecin et de mes supérieurs. Je me suis dire que je pourrais en profiter pour prendre un congé et venir faire un tour à la maison.
- Enfin la vérité ! dit-elle avec un grand éclat de rire. Tu as l’intention de vendre la maison ?
- Je ne sais pas encore.
Et, c’était la vérité. Il y songeait parfois vu qu’il n’avait pas mise en l’occasion toutes ses années et que le maintenir en état lui coûtait bien cher. Même si le petit pactole hérité à la mort de ses parents le lui permettait, il se demandait de plus en plus s’il fallait qu’il garde la maison familiale seulement au nom des souvenirs qui s’y rattachaient.
Ellen renifla à nouveau puis se cala mieux dans son fauteuil en jetant un regard sur le trottoir où passaient des gamins.
- Le temps passe bien trop vite, dit-elle sur un ton nostalgique. Je suis bien contente que tu sois revenu ici même si ton retour est un peu forcé.
- Moi aussi je suis content d’être de retour. Alors que t’est-il arrivé vieille grincheuse ?
- Oh ! Mauvaise chute. Je me suis flanquée la hanche. Comme si cela ne suffisait pas que je vieillisse. J’ai fait des cookies, changea-t-elle de sujet. Gamin, tu adorais mes cookies, j’espère que c’est toujours le cas.
- Tu sais que tes cookies sont pour moi un délice éternel. Même à soixante ans, je les adorerais.
- Parfait ! Charlie, cria-t-elle.
- Charlie est ici ? demanda-t-il d’une voix trahissant sa surprise.
- Oui. Pourquoi ? Elle m’aide un peu vu que je ne peux pas faire grand-chose à cause de ma convalescence forcée. Comme tu vois on est dans le même bateau.
Charlie apparut quelques secondes plus tard.
- Ellen, tu pourrais ne pas avoir à crier mon nom. Je…
Elle se tut en l’apercevant et parut soudain gênée en détournant les yeux. Serait-ce à cause de ce qui s’était passé hier soir ? Ou pas passé ?
Fin la scruta. Elle portait un jean et un body et par-dessus un tablier de cuisine jaune moutarde affreux mais qui lui allait bien. Elle avait les cheveux noués en queue de cheval dont quelques mèches folles s’étaient échappées et avait de la farine plein le visage et les mains. Elle devait être en train de cuisiner.
Lui qui pensait laisser passer un moment - un long moment- avant de la revoir.
- Regarde qui est passé me voir, ma chérie ? Lança Ellen avec un grand sourire.