J'étais à terre, blessée, la silhouette de Duncan me dominait de toute sa hauteur. Haletante, j'essayai de me relever, mais des chaînes d'argent m'immobilisaient. Tout autour de moi ne demeurait que les ténèbres. Où est-ce que j'étais ? Quelle heure était-il ? Je n'en avais pas la moindre idée. Le rictus haineux qu'affichait l'Oméga en me regardant me brisait le cœur. Pourquoi me faisait-il ça ? Je pensais que nous étions fais l'un pour l'autre. Il ne pouvait pas me traiter comme ça, lui qui était si doux. C'était complètement impossible ! Alors que j'essayai de comprendre la situation, il cracha de dégoût.
"Tu es pathétique. Comment as-tu pu effleurer l'idée que je puisse vouloir de toi ?
- Duncan, je...
- Silence ! Tu es une chose, un jouet. Qui voudrait poser les yeux sur toi ? Tu n'es ni louve, ni humaine. Tu n'es rien, tu n'existes que pour servir.
- Non..."
Ma voix était faible, suppliante. Peu à peu, la silhouette de mon compagnon se brouilla pour laisser place aux formes voluptueuses d'Ivana.
"Tu ne vaux même pas l'air que tu respires. Jamais personne ne voudra être liée à une abomination telle que toi. Sans toi, tes parents seraient encore en vie !
- Non...non.. Tu mens, c'est toi qui les as tués !"
La panique commença à m'envahir. Et si elle disait vrai ? Et si tout était de ma faute ? Nouveau changement, c'était à présent mon père qui me faisait face.
"Papa...
- Tu me répugnes ! Si tu n'avais pas existé, je pourrais encore être avec mon amour. Je te hais ! Nous sommes morts pour quoi ? Pour un MONSTRE !"
Il se changea alors en un magnifique loup noir aux yeux d'argent et fonça vers moi, déterminé à me tuer. Je serrais les paupières pour ne pas assister à mon exécution et me réveillai en sursaut, allongée sur un grand rocher plat au bord de la rivière. Tremblante, je restais un instant prostrée et essayai de me convaincre que rien de tout cela n'était vrai. J'adressai alors une prière à la déesse le cœur au bord des lèvres.
"Je ferais tout ce que tu veux, mais je vous en prie faites qu'il ne me déteste pas. Je sais que tu m'as fait un cadeau en amenant Duncan dans ma meute. Je sais que je n'ai pas su l'apprécier, je suis désolée. Ramène-le moi et je serai ton esclave pour l'éternité. Laisse-moi juste profiter du temps qu'il me reste avec lui."
Mon murmure se perdit dans le bruit du courant de la rivière et personne ne me répondit. Si j'avais été plus clairvoyante, si j'étais une meilleure personne, tout aurait pu mieux se passer. Tout n'aurait pas été aussi compliqué. Je ferai tout pour me racheter. Tout.
Mes pensées décousues furent interrompues par un bruit dans les fourrés. Tournant la tête vers le bruit, je vis Chelsea émerger de l'océan de verdure. Telle une sylphide, elle était fine et gracieuse, ce qui contrastait avec son tempérament déterminé et pétillant. Ses cheveux blonds et ondulés, qui habituellement caressaient ses épaules, étaient relevés en une queue de cheval haute. Quand on la regardait, elle pouvait presque paraître incapable de se battre, mais elle n'était pas à prendre à la légère. Intelligente, vicieuse et endurante, elle faisait tout pour gagner ses combats. Ses camarades d'entrainement s'étaient fais plus d'une fois prendre au jeu de son apparente fragilité et mordaient donc régulièrement la poussière. Cela faisait un mois que nous nous entrainions quasi-quotidiennement, toujours en secret. Je ne pouvais me défaire de la peur que sa proximité m'inspirait. Tous ceux pour lesquels j'avais eu des sentiments m'avaient été arrachés d'une façon ou d'une autre. Chelsea avait bien assez souffert comme ça sans que je la jette dans les griffes de la Luna. Elle s'approcha avec un grand sourire et m'interpella.
"Salut Fureur !
- Louveteau.
- Raaah ! Quand est-ce que tu arrêteras de m'appeler comme ça ? Je suis pas une gamine ! Je te signale que tu as quasiment mon âge…"
Elle croisa les bras sur la poitrine, une moue boudeuse sur le visage. Je réprimais un petit sourire.
"J'ai peut-être physiquement ton âge, mais n'oublie jamais que j'ai plus d'expérience que tu n'en auras jamais dans une vie… Louveteau.
- Pff, un jour tu verras je serai aussi forte que toi !
- J'espère bien, je perds pas mon temps chaque jour avec toi pour rien. Mais bon, on est encore loin du compte."
Ma pique la fit sourire et elle fonça vers moi prête à en découdre. Je l'esquivai habillement et lui fit un croche-pied. Elle trébucha, mais regagna bien vite son équilibre. Ses progrès étaient fulgurants. Elle avait une telle force en elle. Son agression avait transformé une jeune femme douée, en une louve enragée. Contrairement à moi, à qui il avait fallut des années pour atteindre un tel contrôle de ses émotions, elle ne se laissait pas envahir par ses démons. Sa nature flamboyante lui attirait souvent des ennuis au quotidien, mais elle savait garder la tête froide en situation de combat. Elle ferait une guerrière redoutable et sur laquelle on pourrait compter. D'un hochement de tête, je l'encourageai à poursuivre ses assauts et le combat débuta. Le soleil allait bientôt se coucher quand nous finîmes toutes les deux dans la rivière pour nous rafraichir et nous débarrasser de la poussière qu'avait soulevé notre entrainement. Moi qui n'apparaissais quasiment jamais sous ma forme humaine, cela ne me posait aucun problème quand j'étais avec Chelsea. Elle ne posait pas de questions indiscrètes et n'avait pas cette lueur de convoitise dans le regard qui me rebutait tant. L'espace d'un instant, j'oubliais le monstre en moi. Attendrie, je posais les yeux sur elle pendant qu'elle me racontait sa matinée avec exaltation.
Soudain, un mouvement entre les arbres attira mon attention. Personne n'était censé savoir que l'on était ici. Un craquement un peu plus lointain me parvint. Qui que ce soit, notre espion s'était rendu compte que je l'avais repéré. Demandant à Chelsea de rester à sa place, je mutais et partis à la poursuite de ce spectateur indélicat. Si cette personne était venue se rincer l'œil, je comptais bien faire en sorte qu'il s'agisse de la dernière chose qu'elle voyait. Sans surprise, quelques instants après avoir quitté la rivière, j'entendis le martèlement des pattes de ma partenaire d'entrainement qui me suivait. L'obscurité s'était abattue sur la forêt et je m'apprêtais à abandonner lorsque je captai une faible odeur. Si légère soit-elle, je ne pouvais pas oublier à qui elle appartenait. Un flash apparu alors dans mon esprit : un fouet garni de pointes d'argent, un sexe d'homme qui tentait de s'insérer entre mes cuisses, les cris sauvages d'amants atteignant ensemble le point culminant de leur plaisir. Le favori d'Ivana.