Kimberley
Je manque de m'étouffer avec ma salive tant ses mots sont crus. Il le remarque, bien sûr. Un sourire narquois étire ses lèvres, mais il ne s'en excuse pas. Son je-m'en-foutisme est inébranlable. Moi... je ne joue clairement pas dans la même cour.
- Tu es si facile à lire.
J'ai l'impression d'être passée aux rayons X. Chaque battement de cils, chaque soupir semble analysé par son regard perçant. Bradley déjoue mes réactions avec une aisance déconcertante, et son détachement me pousse à vouloir maîtriser mes émotions, à cacher cette vulnérabilité qu'il scrute sans relâche. Pour la première fois, j'envie cette assurance glacée, cette manière de tout contrôler sans jamais laisser paraître la moindre faille. J'aimerais tant lui renvoyer l'image d'une fille insaisissable... Mais je sais qu'il voit à travers moi.
Le bruit de sa voiture qui se gare me tire de mes pensées. Je me tourne instinctivement vers lui. Nos regards se croisent, silencieux, comme un échange que je ne comprends pas encore. J'ai envie de fuir cette tension qui me colle à la peau, de rentrer chez moi, de me glisser dans mon lit et d'oublier cette soirée étrange. Mais mes jambes restent figées.
Il descend, claque sa portière, puis vient m'ouvrir la mienne, comme un parfait gentleman. J'hésite une seconde avant de poser un pied au sol. Je l'observe tandis qu'il marche vers sa maison, son allure détendue contrastant avec l'orage dans ma poitrine.
Arrivé devant la porte, il sort ses clés. Sur un élan soudain, je tends la main et attrape son poignet. Mon geste le fige. Mon voisin tourne la tête vers moi, un sourcil levé.
Un frisson me parcourt.
- Tes parents sont là ? demandai-je d'une voix plus basse que prévu.
Secouant la tête, un sourire en coin, il répond :
- Non. Pourquoi, tu as peur de te retrouver seule avec moi ?
Je baisse les yeux, déconcertée par sa réponse trop directe. Il insère lentement la clé dans la serrure. Le cliquetis résonne comme un compte à rebours. La porte s'ouvre. Derrière, l'intérieur sombre semble m'inviter à franchir une limite invisible.
- Suis-moi, souffle-t-il à mon oreille.
Chaque marche que nous montons résonne dans le silence, comme un écho à mes hésitations. Mon cœur bat si fort qu'il semble vouloir s'échapper. J'avance à petits pas, timide, incertaine, guidée par sa présence qui me dépasse.
- Tu emmènes toutes les filles que tu prétends vouloir aider ici ? osé-je, plus pour meubler l'angoisse que par réelle audace.
- Uniquement celles qui sont jolies, répond-il en souriant, sans même se retourner.
Sa chambre est spacieuse, élégante sans être tape-à-l'œil. Une petite bibliothèque, un lit king-size impeccablement fait. Plus personnelle que je ne l'aurais imaginé. Pendant que je balaie la pièce du regard, il retire son t-shirt. Mon souffle se bloque dans ma gorge.
Son torse est... sculpté. Une vraie œuvre d'art. Mais ce sont ses tatouages qui me captivent. Un aigle majestueux, ailes déployées sur son pectoral droit. Puis un crâne, posé sur une tombe, entouré d'autres crânes paisibles. Tout un univers de symboles qui me fascine autant qu'il me trouble.
Mes yeux glissent vers ses abdominaux parfaitement dessinés... puis vers la ligne en V de ses hanches. Elle disparaît sous la ceinture de son pantalon, subtile, mais terriblement dérangeante. J'ai l'impression d'être prise au piège dans un rêve interdit. Ce connard ne semble pas gêné par mon regard insistant. Pire : il en joue, avec cette insolence naturelle qui le rend terriblement attirant.
Ma conscience me souffle avec sarcasme : Tu mouilles, ma pauvre...
Rougissante, je détourne vite les yeux, mon attention se porte maladroitement sur la bibliothèque.
- Bon, jusqu'où es-tu allée avec un mec ?
Je sursaute, abasourdie.
- Pardon ?
- J'ai demandé jusqu'où tu es allée avec un mec.
- Ça ne te regarde pas ! protestai-je, sur la défensive. Mon regard s'étrécit, offusqué, mais il s'en fiche visiblement.
- Je te l'ai dit : Jordan aime les filles expérimentées. Alors, je repose la question. Jusqu'où es-tu allée ?
- Tu es sérieux, là ? répliquai-je en relevant la tête, furieuse. Je t'ai dit que ça ne te regardait pas !
- Comment veux-tu que je t'aide si je ne sais rien de toi ?
Je reste figée, la bouche sèche, mordillant ma lèvre inférieure. Son visage est calme, sans malice, juste... froidement pragmatique.
- Ma première fois s'est mal passée, finis-je par murmurer. Et je n'ai plus jamais recommencé.
Il fronce légèrement les sourcils.
- Ta première fois... de quoi ?
- Tu le sais très bien ! m'agaçai-je, honteuse. Pourquoi est-ce que tu cherches toujours à me mettre mal à l'aise ?
Bradley penche la tête sur le côté, s'affale sur sa chaise avec nonchalance.
- En gros, t'es une mal baisée ? J'aurais dû m'en douter.