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998 Words
Bradley Steward Assis nonchalamment au réfectoire, le plateau encore intact devant moi, un bras appuyé sur la table, les yeux rivés sur mes potes, je les écoute discuter, encore une fois, de cette vieille histoire de triche - pas le match d'hier, non, l'autre, celui qui a foutu un bordel monstre dans notre classement. - Je n'ai toujours pas réussir digéré cette combine. Franchement, c'était dégueulasse, grommelle Cody en plantant sa fourchette dans une feuille de salade comme si c'était un adversaire à abattre. - On a deux matchs à jouer encore, rappelle Ethan d'un ton plus posé. Après ça, on les aura. C'est juste une question de temps. - C'est à cause d'eux qu'Alexander a failli se faire virer de l'équipe , hein. Ces types-là... Je n'ai jamais vu des adversaires aussi tordus, ajoute Daniel en croisant les bras, la mâchoire serrée. Un léger haussement de sourcil et un demi-sourire traînent au coin de mes lèvres. Ce genre de rage de vestiaire, ce n'est pas mon truc. Ils s'époumonent, tandis que je mâche lentement mon pain. Je n'ai jamais été du genre à m'enflammer pour des rivalités sur fond de ballon. - Je vais me resservir, lance Jordan en se levant. Tu veux un truc, Brad ? À peine un regard, un simple mouvement de tête pour refuser. - Juste de l'eau, merci. Il s'éloigne, sa silhouette se fondant dans la file du self. Mon regard accroche alors Kimberly, qui se trouve dans la deuxième file, un peu plus loin. Trop dans sa bulle pour avoir remarqué Jordan, elle arbore des écouteurs dans les oreilles, la tête légèrement penchée, et cette queue de cheval qui balance dans son dos à chaque pas... C'est idiot, mais ce détail me saute toujours aux yeux. Elle dégage quelque chose. Un calme étrange, à la fois distant et... électrisant. Je la fixe un instant, et malgré moi, un sourire me remonte aux lèvres. Pas un sourire franc, plutôt un rictus, celui qui revient quand on repense à quelque chose d'absurde... ou de trop bon pour être vrai. En l'occurrence, à la nuit dernière. Aux mots qu'elle m'a crachés en plein visage, juste après que je lui ai offert - ou imposé, elle décidera - un o*****e qui l'a laissée muette trente bonnes secondes. Les gars autour de moi parlent toujours, mais tout devient flou. Juste cette image d'elle, le souffle saccadé, ses jambes autour de mes épaules, puis ses yeux, fous, perdus entre plaisir et panique. Jordan revient avec mon verre d'eau. Je le prends sans un mot. Un frisson me parcourt - elle vient de tourner la tête. Son regard croise le mien. Une seconde à peine. Mais assez pour me glacer. Ou m'allumer. Je ne sais pas trop. Je me tend imperceptiblement, mais Daniel, bien sûr, a vu mon sourire. - C'est quoi ce rictus de sale type, Brad ? Tu penses à quoi, là ? Je hausse les épaules, laissant mon sourire s'effacer à moitié. Daniel aime bien faire le malin, mais il ne pige rien aux vrais silences. À ce moment-là, Kylian déboule comme une tornade, flairant les rumeurs comme un chien de chasse. - Yo les gars. J'ai entendu un truc dans les vestiaires à propos de Kimberly... C'est vrai ce que j'ai capté, ou c'est encore du baratin ? Il tire une chaise, s'affale à côté de moi, me lançant un regard avide de croustillant. - Il s'est passé quoi ? demande Jordan, trop vite pour être détaché. Ethan laisse échapper un petit rire, un de ceux qui veulent tout dire sans rien dire. - Apparemment, Kimberly aurait mis le feu aux vestiaires. Et pas au sens figuré. Cody laisse échapper un rire jaune et me foudroie du regard . Il n'apprécie pas que j'adresse la parole à Kimberley, probablement parce qu'il me considère comme un sacré enfoiré qui risque de lui briser le cœur. Ce crétin est au courant de ce qui s'est passé entre elle et moi hier soir, enfin, du moins il sait que j'ai passé la nuit chez elle et que j'ai dû me planquer sous son lit ce matin pour éviter de me faire choper par sa mère. - Et donc ? finit par balancer Alexander, qui débarque à son tour. Tu l'as raccompagnée hier, hein ? Vous êtes allés où ? Il s'installe en face, croise les jambes. Il me connaît. Il sait que je balance rarement tout. Mais il tente sa chance. Je repose le gobelet. Mes doigts tambourinent doucement sur le bord du plateau. Jordan me fixe avec intérêt, à peine dissimulant son agacement : - Quelque chose qui commence par B et qui se termine par R, devine ? Je laisse échapper avec une nonchalance calculée, sachant pertinemment qu'il va se faire des films, imaginant des scénarios farfelus dans sa tête. Parce que je sais que le simple fait d'avoir implicitement avoué que Kimberly m'intéresse aiguise sa curiosité. Mais pour lui, elle n'est intéressante que parce qu'elle m'intéresse. - b****r ? propose Alexander avec un demi-sourire. Jordan tranche, sec : - Arrête tes conneries, Brad. À la dernière nouvelle, elle est amoureuse de moi. Je le regarde longtemps, puis je lâche, voix basse : - Elle est amoureuse de ce qu'elle croit que tu es. De ta chemise bien repassé. Ta gueule de gentil. Le prince charmant de série Netflix. Mais toi et moi, on sait que t'as rien d'un héros. Mon ami reste silencieux, préférant me lancer un regard défiant plutôt que de répliquer, pourtant l'instant suivant, il se lève de sa chaise, se dirigeant vers Kimberly qui se tient près du comptoir, attendant sa commande. Jordan pose sa main sur son épaule, la faisant sursauter légèrement. Elle se retourne vers lui, un mélange de surprise et d'excitation dans les yeux. Il lui adresse un sourire charmeur et commence à lui raconter je ne sais quelle connerie qui la fait rire comme une idiote. Je les observe, sans bouger. Mais Ça me pique un peu.
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