Chapitre 3

731 Words
3Le repos des guerriers René se fait chier à cet enterrement de vie de garçon débile. Autant il fait beau sur Paris, autant il pleut à Sens. Nous deux, Momo et moi, savourons notre victoire à deux pas de la scène de nos exploits. On est retournés place Gambetta, tout près de laquelle j’ai trouvé une place de stationnement. Le Bistrot du Métro nous a paru comme une évidence. Nous préférons la salle à la vaste terrasse abritée déjà bien remplie. Ambiance « café parisien » entretenue par un décor de carte postale et un personnel vintage. Le serveur, très « titi », tient bien son rôle, et le poulet fermier, accompagné de frites maison et de salade, est généreusement servi. Momo s’enhardit à prendre un demi qu’il mérite largement. Cette réussite fulgurante est quand même un peu amère. Dans notre job on retourne vite au chômage technique. Je me console en me disant que ce que m’a promis le vieux va couvrir les frais, la paye de Momo pour tout le mois et même le demi, désormais vide, qui trône devant mon nez. Pas de péril donc. La table est petite mais relativement isolée de la voisine occupée par un couple d’habitués du quartier et leur petite fille. Le titi-serveur les bouscule un peu. C’est son style. Ça plaît comme ça ne peut pas plaire. Moi j’aime bien. Mon pote se laisse aller à quelques confidences. Pas courant chez lui. Il me dit que ça lui fait quand même drôle de ne plus vendre ses Belvédère. — C’était pas un boulot folichon mais j’y rencontrais du monde et c’était assez cadré. Je savais quand je bossais et j’avais l’impression de justifier mon salaire. Maintenant c’est plus flou. — Faut que tu t’y fasses. Mais tu t’habitueras. — En attendant, on fait quoi maintenant ? Tu peux me dire ? — On commande le dessert. Tu veux quoi ? J’ai vu des tiramisus passer, ils avaient l’air pas mal. Ça le détend et il sourit. Je confirme : les tiramisus ne sont pas mal du tout, légèrement croquants car aux cookies. Cafés et je paye tout en réclamant la note. J’ai désormais une vraie comptabilité à tenir. Le retour sur Vitry se fait dans le silence le plus total. Chacun dans ses pensées. Grosse nouveauté bien agréable : j’ai maintenant le droit de faire lever la barrière du parking du commissariat. Je n’ai pas encore ma plaque d’immatriculation vissée devant une place mais je trouve facilement à me garer. Finies aussi les humiliations de l’accueil où je devais systématiquement montrer patte blanche pour dépasser le hall. Messieurs les détectives sont attendus. C’est même Vaness’ la première à venir à notre rencontre. Elle a un sourire jaune. Signe que nos exploits ont déjà franchi la porte capitonnée de son patron chez lequel elle nous drive direct. Pas de bise. Une poignée de main. Comme si tout le monde était dupe. Il y a des hypocrisies dans ce monde. Pépère est tout excité : — On l’a eu ! Bravo, les gars. Une question me titille depuis le début. Je sais que la lui poser devant sa collaboratrice va le mettre mal à l’aise. Je profite du fait qu’elle prétend devoir terminer une audition pour demander aussitôt qu’elle a refermé la lourde du bureau : — Dites, commissaire, pourquoi nous avoir fourgué, à nous, ce tuyau qui s’est révélé être bon ? — Parce que vous n’imaginez pas ce que c’est d’organiser une planque à durée indéterminée en dehors du secteur du commissariat. J’aurais eu aussitôt les syndicats sur le râble et une collection hors norme d’arrêts-maladies. Bon… entre nous, j’aurais dû refiler le bébé au commissariat du secteur. Mais le bébé, il était trop beau et j’y tenais. Vous me ferez une facture pour la forme mais on se tient au forfait qu’on avait dit. Même si je vous ai mâché le turbin. Il est royal quand il veut. J’avoue. Je lui balbutie des remerciements sans trop en faire et on se lève de concert. Il nous fait signe de nous rasseoir en faisant de petits plats dans le vide avec sa main. — Vous êtes pressés ? Il n’attend pas la réponse. — La journée n’est pas terminée. Vous n’allez pas vous en sortir ainsi. Considérez ça comme un acompte. On se regarde, Momo et moi, on le regarde. Le chômage technique s’éloignerait-il ? Il ouvre son tiroir, fait semblant d’y farfouiller comme s’il ne savait pas où se trouvait ce qu’il cherche. Un genre qu’il se donne. Et nous sort une chemise en carton dont le dos toilé a tellement vécu qu’on voit à travers la trame. Un conservateur, pépère. Pas lui qui ruinera son administration en fournitures. Je boucle le chapitre, j’ai des choses à vous raconter. Mais on y revient vite.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD