l'ombre du passé et la vérité fissurée

1243 Words
Le lendemain du gala, l’atmosphère semblait étrangement calme dans le quartier des affaires. Pourtant, pour Amarys, ce calme ressemblait davantage au silence qui précède une tempête. Elle sortit de la voiture noire qui venait de la déposer devant le siège de la fondation Devaris. L’immense bâtiment de verre se dressait devant elle, froid et imposant. C’était l’un des rares endroits où elle avait l’impression d’exister autrement que comme une pièce dans un jeu politique. À peine avait-elle franchi les portes automatiques qu’une voix familière retentit derrière elle. — Amarys. Elle se figea. Cette voix, elle l’aurait reconnue entre mille. Lentement, elle se retourna. Victor Salazar se tenait là, les mains dans les poches de son manteau sombre, le regard fixé sur elle avec une intensité troublante. Pendant un instant, aucun d’eux ne parla. Puis un léger sourire apparut sur les lèvres de Victor. — J’espérais te trouver ici. Amarys croisa les bras. — Tu me suis maintenant ? — Non. J’ai simplement appris que tu dirigeais ce projet. Il fit quelques pas vers elle. — Et je voulais te voir… loin des regards. Elle soupira. — Victor, ce n’est pas une bonne idée. — Pourquoi ? Il s’arrêta à quelques mètres d’elle. — Parce que tu es mariée ? Le mot sembla résonner dans le hall silencieux. Amarys détourna les yeux. — Tu sais très bien que ce mariage n’est pas réel. Victor haussa un sourcil. — Alors pourquoi rester ? Cette question la frappa plus fort qu’elle ne voulait l’admettre. Avant qu’elle ne puisse répondre, Victor continua d’une voix plus douce. — Amarys… tu n’as jamais été faite pour être enfermée dans un contrat. Elle sentit son cœur se serrer. — Les choses ne sont pas si simples. — Elles peuvent l’être. Le regard de Victor s’assombrit légèrement. — Tu pourrais partir. — Et déclencher une guerre entre deux familles ? Victor ne répondit pas immédiatement. Puis il murmura : — Parfois, certaines guerres valent la peine d’être menées. Amarys allait répondre lorsqu’une présence glaciale envahit soudain la pièce. Elle n’eut même pas besoin de se retourner pour savoir qui venait d’arriver. Lysandre Montclair. Sa voix grave brisa le silence. — Intéressant. Amarys se retourna lentement. Lysandre se tenait à l’entrée du hall, immobile, le regard sombre posé sur Victor. Son costume noir impeccable renforçait l’aura d’autorité qui l’entourait. Mais ce n’était pas cela qui fit frissonner Amarys. C’était la colère froide qui brûlait dans ses yeux. — Je vois que mon rival ne perd pas de temps. Victor ne bougea pas. — Je ne savais pas que cet endroit appartenait aux Montclair. Lysandre esquissa un sourire glacé. — Non. Il regarda Amarys. — Mais ma femme s’y trouve. Le mot résonna avec une autorité implacable. Amarys sentit la tension monter entre les deux hommes. Victor pencha légèrement la tête. — Tu sembles oublier un détail, Montclair. — Lequel ? Victor soutint son regard. — Les sentiments ne se contrôlent pas avec un contrat. Pendant une seconde, le silence fut presque suffocant. Puis Lysandre répondit d’une voix basse : — Peut-être. Ses yeux se posèrent sur Amarys. — Mais certaines personnes oublient que les contrats… peuvent aussi être brisés. Le cœur d’Amarys rata un battement. Victor fronça les sourcils. — Que veux-tu dire ? Lysandre ne répondit pas immédiatement. Un sourire mystérieux apparut sur ses lèvres. — Disons simplement que certaines vérités commencent enfin à apparaître. Amarys sentit un frisson glacé parcourir son dos. Parce qu’elle connaissait ce regard. Lysandre venait de découvrir quelque chose. Et si elle avait raison… Alors quelqu’un allait bientôt payer pour tous les mensonges du passé. le lendemain, La pluie tombait doucement sur la ville lorsque Amarys quitta la fondation ce soir-là. La journée avait été longue, mais ce n’était pas la fatigue qui alourdissait ses épaules. C’était cette sensation étrange que quelque chose était en train de changer. Quelque chose d’invisible… mais dangereux. Elle n’eut même pas le temps d’atteindre sa voiture. — Amarys. Sa respiration se bloqua un instant. Cette voix. Grave. Calme. Autoritaire. Lysandre. Elle se retourna lentement. Il se tenait sous la lumière froide du parking, les mains dans les poches de son manteau sombre. La pluie mouillait légèrement ses cheveux, mais il ne semblait même pas s’en soucier. Ses yeux, eux, étaient fixés sur elle. Intensément. Amarys croisa les bras. — Tu me surveilles maintenant ? Il esquissa un léger sourire. — Pas vraiment. Il fit quelques pas vers elle. — Mais je devais te parler. — Nous n’avons rien à nous dire. Elle se tourna pour ouvrir la portière de sa voiture. La main de Lysandre se posa soudain sur la portière avant qu’elle ne puisse l’ouvrir. Le geste n’était pas v*****t. Mais il était ferme. Amarys leva les yeux vers lui. Ils étaient très proches maintenant. — Tu as toujours été aussi têtue ? murmura-t-il. — Et toi toujours aussi arrogant ? Un silence tendu s’installa entre eux. Puis Lysandre parla d’une voix plus basse. — J’ai découvert quelque chose. Le cœur d’Amarys accéléra. — Et cela devrait m’intéresser ? — Oui. Ses yeux ne la quittèrent pas. — Parce que cela concerne la nuit où tu m’as trahi. Le mot frappa l’air comme une lame. Amarys sentit la colère remonter immédiatement. — Je ne t’ai jamais trahi. — Je commence à le croire. Elle resta figée. Pendant une seconde, elle pensa avoir mal entendu. — Quoi ? Le regard de Lysandre se durcit légèrement. — Les preuves que j’avais… ne sont pas aussi solides que je le pensais. Amarys sentit une vague d’émotions contradictoires l’envahir. Colère. Soulagement. Amertume. — Et tu viens me dire ça maintenant ? Après toutes ces années ? Sa voix tremblait légèrement. — Après m’avoir humiliée devant tout le monde ? Lysandre ne répondit pas immédiatement. Pour la première fois depuis longtemps… il semblait hésiter. — Si quelqu’un t’a piégé… je veux savoir qui. Amarys eut un rire amer. — Trop tard, Lysandre. Elle recula d’un pas. — Tu as déjà choisi ton camp. Mais Lysandre ne bougea pas. — Pas cette fois. Le ton de sa voix était différent. Plus déterminé. Plus dangereux. — Si quelqu’un t’a manipulée… cette personne va le regretter. Amarys sentit un frisson parcourir son dos. Parce qu’elle connaissait cette voix. C’était la voix de l’homme que tout le monde craignait. Mais avant qu’elle ne puisse répondre, un bruit de talons résonna derrière eux. Une silhouette apparut sous la lumière du parking. — Oh… je dérange peut-être ? Amarys sentit immédiatement son estomac se nouer. Selena. Sa demi-sœur affichait son sourire habituel, doux… et terriblement faux. — Quelle scène intéressante. Ses yeux passèrent lentement de Lysandre à Amarys. — On dirait presque une réunion secrète. Lysandre la fixa froidement. — Que fais-tu ici ? Selena haussa légèrement les épaules. — Je passais simplement voir ma sœur. Son regard glissa vers Amarys. — Tu ne répondais plus à mes messages. Amarys serra les dents. — Arrête ton cinéma. Le sourire de Selena s’agrandit légèrement. — Toujours aussi méfiante. Puis elle regarda Lysandre. — Tu devrais faire attention. Sa voix devint douce… presque inquiétante. — Ma sœur a toujours été très douée pour manipuler les gens. Le regard de Lysandre s’assombrit. Mais cette fois… quelque chose était différent. Parce qu’au lieu de regarder Amarys avec suspicion… il regardait Selena. Longtemps. Comme s’il essayait enfin de lire derrière son masque. Et pour la première fois depuis longtemps… Selena sembla légèrement mal à l’aise.
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