Le bal annuel de la Fondation Valmer était l’un des événements les plus prestigieux du pays.
Organisé dans le somptueux Hôtel Valmer, au cœur de la capitale, il réunissait les familles les plus influentes, les magnats de l’industrie et les figures politiques les plus puissantes.
Les lustres de cristal illuminaient la grande salle de réception. Les robes élégantes et les costumes impeccables se mêlaient dans un ballet de conversations feutrées et de rires contrôlés.
Mais au milieu de cette élégance…
Amarys se sentait prisonnière.
Elle se tenait près d’une immense baie vitrée, observant les lumières de la ville en contrebas. Sa robe noire épousait parfaitement sa silhouette, mais elle avait l’impression de porter une armure.
Depuis l’annonce du contrat de mariage avec Lysandre Montclair, chaque regard posé sur elle semblait rempli de curiosité.
Ou de jugement.
— Tu n’as jamais aimé les événements mondains, n’est-ce pas ?
La voix grave derrière elle la fit sursauter.
Amarys se retourna.
Victor Salazar se tenait là, les mains dans les poches de son costume sombre. Son regard brillant d’un amusement discret.
— Je pensais que tu étais déjà parti, répondit-elle.
— Et manquer le spectacle ? Impossible.
Il s’approcha d’elle avec une aisance déconcertante.
Victor avait toujours eu cette façon de se déplacer comme s’il appartenait naturellement à chaque pièce dans laquelle il entrait.
— Tout le monde parle de toi ce soir, dit-il.
Amarys leva un sourcil.
— Quelle surprise.
— L’héritière Montclair par contrat… poursuivit-il avec un sourire. C’est un rôle impressionnant.
— Ce n’est pas un rôle que j’ai choisi.
Victor la regarda plus attentivement.
Son sourire disparut légèrement.
— Je sais.
Le silence s’installa quelques secondes.
Puis il se pencha légèrement vers elle.
— Viens avec moi.
Amarys fronça les sourcils.
— Où ?
— Respirer.
Avant qu’elle puisse répondre, il lui fit un léger signe de tête vers une porte latérale.
Après une seconde d’hésitation…
Elle le suivit.
Ils sortirent sur une grande terrasse donnant sur la ville.
La musique du bal résonnait faiblement derrière les portes vitrées.
La brise nocturne était fraîche et apaisante.
Amarys s’appuya contre la balustrade.
— Merci, murmura-t-elle.
Victor se plaça à côté d’elle.
— Tu avais l’air d’une prisonnière là-dedans.
Elle esquissa un sourire ironique.
— C’est un mot assez approprié.
— À cause du contrat ?
Elle tourna légèrement la tête vers lui.
— Tu es bien informé.
Victor haussa les épaules.
— Les rumeurs circulent vite quand il s’agit des Montclair.
Puis son regard devint plus sérieux.
— Mais ce n’est pas ce qui m’inquiète.
Amarys plissa les yeux.
— Ah bon ?
— Ce qui m’inquiète… dit-il doucement, c’est toi.
Elle resta silencieuse.
Victor posa ses coudes sur la balustrade.
— Quand nous étions plus jeunes… continua-t-il, tu te souviens de ce que tu m’as dit un jour ?
— J’ai dit beaucoup de choses.
— Tu m’as dit que personne ne pourrait jamais te forcer à vivre une vie que tu ne voulais pas.
Amarys détourna le regard.
Le souvenir lui serra légèrement le cœur.
— Les choses changent.
— Non.
Il la regarda intensément.
— Les gens changent. Pas toi.
Elle sentit son regard peser sur elle.
— Pourquoi tu dis ça ?
Victor prit une inspiration.
— Parce que je te connais, Amarys.
Sa voix devint plus basse.
— Et parce que je sais que ce mariage ne te rendra jamais heureuse.
Le silence se fit.
La ville brillait sous eux.
Puis Victor ajouta doucement :
— Et je refuse de rester là à regarder quelqu’un te voler ta liberté.
Le cœur d’Amarys se serra.
Elle allait répondre…
Quand les portes de la terrasse s’ouvrirent brusquement.
Le bruit fit vibrer l’air.
Une silhouette apparut dans l’encadrement.
Grande.
Imposante.
Lysandre Montclair.
Ses yeux se posèrent immédiatement sur eux.
Sur la distance entre Victor et Amarys.
Sur la façon dont ils étaient tournés l’un vers l’autre.
L’atmosphère changea instantanément.
Victor soupira doucement.
— Ah…
Il se redressa.
— Je crois que notre moment de tranquillité est terminé.
Lysandre s’avança lentement vers eux.
Chaque pas semblait chargé de tension.
Son regard sombre ne quittait pas Amarys.
Puis il parla.
Sa voix était calme.
Trop calme.
— Amarys.
Elle se redressa légèrement.
— Lysandre.
Son regard glissa vers Victor.
— Salazar.
Victor répondit avec un sourire tranquille.
— Montclair.
Le silence entre les deux hommes était électrique.
Puis Lysandre déclara d’une voix froide :
— J’aimerais parler avec ma fiancée.
Ses mots restèrent suspendus dans l’air.
Amarys sentit la colère monter en elle.
Mais avant qu’elle puisse répondre…
Victor se redressa et murmura à son oreille :
— Fais attention à lui.
Puis il passa devant Lysandre et quitta la terrasse.
Les deux restèrent seuls.
Le vent soufflait doucement autour d’eux.
Lysandre regarda Amarys longuement.
— Tu sembles très proche de Salazar.
Elle croisa les bras.
— Ça te dérange ?
Son regard s’assombrit légèrement.
— Oui.
Elle haussa les épaules.
— Ce n’est pas ton problème.
Le silence devint lourd.
Puis Lysandre s’approcha d’elle.
— Tout ce qui te concerne est mon problème.
Amarys sentit son cœur accélérer malgré elle.
— À cause du contrat ?
Il la regarda intensément.
— Non.
Sa voix devint plus grave.
— À cause de toi.