LIILe malheur donne de la mémoireAnne était rentrée furieuse dans son oratoire. – Quoi ! s’écria-t-elle en tordant ses beaux bras, quoi, le peuple a vu M. de Condé, le premier prince du sang, arrêté par ma belle-mère, Marie de Médicis ; il a vu ma belle-mère, son ancienne régente, chassée par le cardinal ; il a vu M. de Vendôme, c’est-à-dire le fils de Henri IV, prisonnier à Vincennes ; il n’a rien dit tandis qu’on insultait, qu’on incarcérait, qu’on menaçait ces grands personnages ! et pour un Broussel ! Jésus, qu’est donc devenue la royauté ? Anne touchait sans y penser à la question brûlante. Le peuple n’avait rien dit pour les princes, le peuple se soulevait pour Broussel ; c’est qu’il s’agissait d’un plébéien, et qu’en défendant Broussel le peuple sentait instinctivement qu’il se dé

