II La parole perdueL’hiver de 1791 passa. On le vécut tant bien que mal. Le suivant aussi. Mais celui qui vint ensuite, 1792-1793, fut très long et très froid. Non seulement parce que la neige était tombée fort tôt, mais surtout parce qu’il gela « à pierre fendre » jusqu’en mars. Il ne restait plus une seule brindille à ramasser dans les bois. On brûla les vieux pommiers, les haies d’aubépine, les anciens charrois. Les réserves de foin étant épuisées, il fallut donner aux bêtes les fougères coupées pour leurs litières et même des genêts. Les ruisseaux furent pris par la glace, ainsi que les biefs des moulins dont les roues à aubes s’arrêtèrent. Le sol se trouva pétrifié sur un pied de profondeur au moins ; le fossoyeur avait fort à faire… On pouvait marcher sur les étangs sans autre crai

