chapitre 4

1194 Words
CHAPITRE 4 : "L'irruption" C'est un mardi. Liana se souviendra toujours que c'était un mardi. Pas un lundi, jour de malédiction. Pas un vendredi, jour de délivrance. Un mardi. Un jour sans importance, sans signification, un jour qui n'aurait jamais dû marquer la fin de sa vie. Elle est dans la cuisine, en train de préparer du café. La machine est vieille, capricieuse. Elle sifflote. Une chanson de leur mariage. Elle ne sait pas pourquoi elle chante. Peut-être parce que trois jours plus tôt, Kaël l'a regardée. Vraiment regardée. Peut-être parce qu'il l'a prise, sur cette table, avec une fureur qui ressemblait à de l'amour. Peut-être parce qu'elle est naïve. La sonnette retentit. Elle n'y prête pas attention. Les livreurs passent souvent. Eleanor commande des fleurs tous les matins, des orchidées blanches qu'elle offre à personne. La sonnette retentit à nouveau. Plus forte. Plus insistante. Liana essuie ses mains sur son tablier. Elle traverse le hall. Ses pieds nus glissent sur le marbre froid. Elle ouvre la porte. Et sa vie bascule. Six agents en tenue sombre sont sur le perron. Leur regard est vide, professionnel. Derrière eux, une voiture de police banalisée, moteur tournant. — Liana Donovan ? Sa voix tremble. — Oui ? — Nous avons un mandat d'arrêt contre vous. Elle rit. — Un mandat ? Pour quoi ? — Détournement de fonds, complicité de meurtre, et blanchiment d'argent. Le mot meurtre frappe son cerveau comme un coup de marteau. Elle vacille. Elle s'agrippe au chambranle de la porte. — Vous faites une erreur. Je n'ai rien fait. Je ne sais même pas de quoi vous parlez. — Nous avons des preuves, madame. Des documents, des témoignages, des vidéos de surveillance. Vous allez devoir nous suivre. — Non. Je ne viendrai pas. Je veux mon mari. Je veux Kaël. L'un des agents, un homme aux épaules larges, pousse la porte. — Votre mari est au courant, madame. Il a été informé ce matin. Le sol s'ouvre sous ses pieds. — Au courant ? — Oui. Et il a accepté de coopérer. Elle ne comprend pas. Elle ne comprend plus rien. Les mots se bousculent dans sa tête comme des oiseaux affolés. Kaël est au courant. Kaël a accepté de coopérer. Kaël la regardera dans les yeux pendant qu'elle sera emmenée. Il est là, soudain. Derrière les agents. Il a les bras croisés. Son visage est une statue de marbre. Il la regarde comme on regarde un étranger. — Kaël, dit-elle, sa voix suppliante. Dis-leur qu'ils se trompent. Il ne bouge pas. — Je ne peux pas faire ça, Liana. — Pourquoi ? Il lève les yeux vers elle. Dans son regard, il n'y a plus d'amour. Il n'y a plus de colère. Il n'y a plus rien qu'une froideur absolue, un vide qui la terrifie. — Il y a des preuves. — Des preuves fabriquées ! Tu le sais ! Tu me connais ! — Je te croyais. Mais je ne te connais peut-être pas. Elle sent les larmes monter. Elle les repousse. Elle ne veut pas pleurer devant lui. Pas devant eux. Pas maintenant. — Tu te souviens de ta promesse ? demande-t-elle, la voix brisée. Peu importe ce qui arrivera, je ne te trahirai jamais. Il détourne le regard. — Les promesses, ça se brise. Ce mot. Brise. Comme un verre qui tombe. Comme sa vie qui s'effondre. Un agent pose la main sur son épaule. Elle se débat. — Ne me touche pas ! Elle se tourne vers Kaël. — Dis-leur de me lâcher ! Dis-leur que tu es mon mari ! Que tu m'aimes ! Il ne dit rien. Il se contente de se retourner et de s'éloigner. Elle hurle. — KAËL ! Il ne se retourne pas. Les agents la traînent dehors. Le perron est couvert de photographes. Des flashs crépitent comme des éclairs. Elle est en robe de chambre, pieds nus, les cheveux en désordre. L'image fera le tour des journaux. — Liana ! Regarde par ici ! — Est-ce que vous avez tué cet homme ? — Êtes-vous la maîtresse de Sébastien ? Elle entend des bribes. Des questions. Des accusations. Elle les ignore. Elle cherche Kaël. Il est debout près de la voiture de police. Il parle à un avocat. Il ne la regarde pas. Elle crie encore. — Tu as juré ! Tu as juré devant Dieu ! Devant notre famille ! Tu m'as promis ! Il tourne enfin la tête. Leurs regards se croisent. Il y a dans ses yeux... quelque chose. Une lueur. Une hésitation. Puis elle disparaît, avalée par la glace. — Emmenez-la, dit-il. Les agents la poussent dans la voiture. La portière claque. Elle regarde par la vitre. La propriété Donovan, les arbres centenaires, la piscine en forme de larme. Elle voit Eleanor au balcon, une coupe de champagne à la main, un sourire triomphant sur les lèvres. Elle voit Chloé, qui arrive dans sa voiture, qui descend, qui regarde la scène avec des yeux ronds. Des larmes coulent sur ses joues. Mais ses larmes sont trop parfaites. Trop calculées. Liana se souvient d'un détail. Chloé portait cette robe-là, la dernière fois qu'elle l'a vue. Une robe rouge, qu'elle avait achetée pour un dîner d'affaires. Chloé avait dit : "Je la mets quand j'ai une victoire à célébrer." Elle la porte aujourd'hui. Liana ne comprend pas. Pas encore. Le commissariat est froid. Gris. Les murs suintent la désespoir. Liana est assise dans une cellule, les bras croisés sur ses genoux. Ses pieds sont gelés. Elle n'a toujours pas de chaussures. Un avocat commis d'office vient la voir. Un homme maigre, fatigué, les yeux cernés. — Je suis Maître Delcourt. Je vais vous défendre. — Je suis innocente. — C'est ce que disent tous mes clients. — Vous ne me croyez pas ? Il soupire. — Madame, les preuves sont accablantes. Vous avez transféré deux millions sur un compte offshore. Vous avez rencontré la victime la veille de sa mort. Vous l'avez menacé. Nous avons des témoins. Elle secoue la tête. — Ce sont des mensonges. — Je vous conseille de plaider coupable. Avec des circonstances atténuantes, vous pourriez avoir une peine réduite. Elle se lève. Ses jambes tremblent. — Je ne plaiderai pas coupable. Je suis innocente. Et je vais le prouver. L'avocat la regarde avec pitié. — Comme vous voulez, madame. Il sort. Elle reste seule. Elle pleure. Elle pleure jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de larmes. La nuit tombe. On lui apporte un plateau de nourriture. Elle n'y touche pas. Elle pense à Kaël. À sa promesse. À la façon dont il lui a tourné le dos. Elle pense à son sourire, trois ans plus tôt, à l'autel. "Peu importe ce qui arrivera, je ne te trahirai jamais." Elle pense à tous ces mots. À tous ces mensonges. Elle ne sait pas que, dans l'ombre, Sébastien est en train de célébrer. Elle ne sait pas que Chloé a été payée pour témoigner contre elle. Elle ne sait pas que sa vie ne fait que commencer à s'effondrer. Elle ne sait rien. Elle est seule. Elle a peur. Elle est innocente. Mais personne ne la croit.
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