Pendant que sa compagne prend sa douche, Gregory, comblé sort un portable de sa poche... Ivanka le harcele... il palit en voyant le dernier message :
" les flics cherchent des escortes blondes et slaves ! Ils m'ont attiré dans un restaurant, j'ai reconnu un flic à temps ! J'ai prevenu Nadia elle doit faire attention !
- du calme
- je croyais que ton ami commissaire te tenait au courant de l'enquete !!! Je veux pas d'enmerdes moi !
- rassures toi... tu n'en auras pas... prepares tes affaires, nous partons quelques jours... j'ai un seminaire, j'ai besoin de toi à mon bras...
- pourquoi ne prends tu pas Nadia ?
- parceque tu es plus belle... et parceque je veux t'enmener pour te remercier de tes services... c'est dans un cinq étoiles...
- on part quand ?
- demain à midi... et reste calme, tu es chez toi ?
- oui...
- fait ton sac, je t'envois un taxi, il t'enmenera chez moi, nous partirons ensemble
- chez toi... ta nouvelle seras pas jalouse ?
- cesse d'etre ridicule... prends des robes classes, je t'acheterais des nouvelles chaussures sur la route...
- tu es sur que ton ami ne te soupçonnes pas !?
- certain... à tout à l'heure ma belle".
Diana revient, enroulée dans une serviette :
" tout va bien ? tu fais une drôle de tête....
- oui... une amie a une fuite d'eau chez elle... elle me demandait si je pouvais l'herberger... ça ne te deranges pas j'espere ?
- non... enfin... sauf si je dois retourner à nouveau dans ce placard ou dans la cave...
- rassures toi, j'ai assez de chambres ici...
- je vais me coucher, prend votre temps... je te reverais avant ton depart ?
- peut être...
-tu vas me manquer...".
Ils s’embrassent encore une fois, puis la jeune femme se glisse sous les draps.
Elle l’entend verrouiller les portes. Une à une. Le cliquetis métallique lui serre l’estomac.
Qui est cette amie ?
Catherine ? Non. Impossible.
Elle se redresse, approche de la fenêtre et entrouvre légèrement le rideau. Un taxi s’arrête devant la propriété. Elle retient son souffle. Une femme en descend. Très belle. Elle boite légèrement, comme si un talon s’était cassé. À peine la portière refermée, elle se jette au cou de Gregory.
Ils s’embrassent.
Longuement.
Diana détourne les yeux, le cœur battant.
Est-ce qu’elle sait qu’elle est là ?
Ou pire… est-ce qu’il compte aussi l’enlever ?
Non. Leur complicité est trop évidente. Cette femme n’est pas une victime. Plutôt une maîtresse. Ou une escorte. Peut-être les deux.
Elle soupire, lasse. Elle espère simplement que la pauvre n’a pas prévu une nuit trop… intense.
Ses pensées dérivent malgré elle.
Est-ce qu’Alex aura l’idée de faire analyser la bouteille de bière ?
Ses empreintes étaient partout. Ça devait suffire. Non ?
Le problème, c’est Gregory.
Insoupçonnable. Intouchable. Ami de Victor.
Il faut qu’ils reviennent ici. Qu’ils aient une raison. Les jonquilles, peut-être. Ses fleurs préférées. Est-ce que Victor s’en souviendrait ? Catherine, sûrement.
Elle attend. Longtemps.
Puis elle se lève, avance jusqu’à la porte de la chambre. Fermée, évidemment. Elle s’apprête à s’asseoir quand une voix féminine lui parvient, étouffée mais distincte. Un accent de l’Est, russe ou quelque chose d’approchant.
" Allez… dors avec moi…
— Je t’ai dit non. Je dors avec ma femme. Tu le sais. Ça a toujours été comme ça.
— Quand elle est morte, tu étais bien content que je sois là…"
Une gifle claque. Sèche. Violente.
" SILENCE ! Eugénie n’est pas morte ! Elle est revenue !"
Diana se fige.
" C’est cette fille qui a disparu… Le flic me rappelait quelqu’un. Dommage qu’il ne soit pas riche, il est très beau. D’ailleurs, ton ami le commissaire me semble bien seul en ce moment…
— Ne t’inquiète pas. Tu le reverras bientôt.
— Il me donne beaucoup d’argent…
— N’oublie pas qui t’a sortie de la rue à quinze ans. Je t’ai appris le français. Je t’ai éduquée comme ma fille.
— Tu couches avec moi depuis mes seize ans.
— Cesse ton petit chantage ! Je t’emmène avec moi en pensant te faire plaisir, et c’est comme ça que tu me remercies ? Si ça ne te convient plus, tu peux retourner tapiner avec les autres.
— Tu me manques… laisse-moi dormir dans tes bras…
— Tu m’auras pendant trois jours. Tu savais à quoi t’attendre. Je ne t’ai jamais menti : tu ne seras jamais ma femme."
Il marque une pause.
"Ça ne m’empêche pas de t’aimer. Mais tu passeras toujours après elle.
— Tu ne veux pas nous avoir toutes les deux dans ton lit… ?
— Un jour, peut-être. En attendant, va dans ta chambre. Je pars tôt demain. Repose-toi.
— Embrasse-moi au moins…
— Voilà. Maintenant, vas dormir."
Diana entend les pas s’éloigner.
Gregory reste seul un instant. Il observe la porte se refermer. Il avait misé gros sur cette gamine perdue, trouvée un soir derrière des poubelles, près de l’hôpital. Il avait d’abord pensé la confier à son ami commissaire. La renvoyer dans son pays. Puis elle avait montré ses talents. Son utilité.
L’argent était venu avec le reste. Officiellement, un héritage.
Il envoie un message à Nadia :
" Rejoins-moi demain à l’hôtel du séminaire. Suite réservée."
Elle ferait un alibi parfait.
Le timing serait serré, mais tout était prévu. Un taxi pour sa compagne officielle. Un petit hôtel discret pour lui et Ivanka. Il soupire. Quel gâchis… mais nécessaire. Quand tout le monde s’agiterait, il pourrait enfin passer à l’étape suivante de son plan.
Derrière la porte, Diana regagne son lit en silence.
Quand il se glisse à côté d’elle, elle fait semblant de se réveiller.
" Ton amie est arrivée… ?
— Oui. Rendors-toi.
— Ça fait longtemps que tu n’as pas invité quelqu’un ici… Peut-être que, à ton retour, tu pourrais inviter Victor et Catherine…J'aimerais beaucoup.. entendre Cathe de nouveau.. Elle me manque."
Il hésite une fraction de seconde.
" C’est une bonne idée. Je lui en parlerai."
Elle sourit, ferme les yeux, et s’endort pour de bon.
Sans savoir ce que son ravisseur a déjà décidé pour la suite.
Pendant ce temps.
Dans les rues mal famées, William et Alexis se font accoster par une cinquantenaire moulée dans un léopard qui a connu de meilleures années.
" Lieutenant beau gosse… qu’est-ce que tu viens faire dans mon royaume ?"
Alex sourit aussitôt.
" Ah, donc je suis pas le seul à l’appeler comme ça."
La femme le détaille sans gêne, de haut en bas.
" Ho… tu ne m’avais pas dit que tu traînais avec un aussi beau morceau.
— Il est discret, " répond Alex.
" Et il ne m’avait pas dit non plus qu’il connaissait une femme aussi… canon..
— Poli en plus… intéressant."
Elle plisse les yeux.
"Alors ? Vous êtes pas là pour le tourisme, j’imagine.
— Will non, mais moi…"
Alex lui adresse un clin d’œil appuyé, sous le regard désespéré de son cousin.
" Alex…
— T’es trop jeune pour moi, chaton. Tu pourrais être mon gosse . Mais venez, on sera plus tranquilles là-haut.
— Trop jeune… on me l’avait jamais faite celle-là.
— Quand je vais raconter à Diana que tu t’es pris un vent par une prostituée…
— J’ai pas dit mon dernier mot. Et puis t’as vu comment elle est f****e ? Ma mère est loin d’être comme ça… même si à mes yeux c’est la plus belle femme du monde. Et la plus alcoolique."
Ils montent à l’étage. La pièce est petite, chargée : fouet décoratif, menottes en fausse fourrure, nuisettes suspendues, boîtes de préservatifs bien alignées.
" Alors… vous venez pour quoi ?"
William s’assoit calmement.
" Pas pour quoi. Pour qui. Ivanka. Blonde, yeux bleus, accent de l’Est, la trentaine."
La femme grimace.
" Ah… cette petite peste. Bien sûr que ça me parle. On a essayé de la protéger, de la raisonner. Elle a commençé jeune. Elle ne parlait même pas Français. Elle attirait toujours les pires types. Et puis un jour, un homme est arrivé. Elle a disparu avec lui.
Elle est revenue il y a quelques mois. Bien habillée. Trop bien. Pour chercher une autre fille.
— Cet homme… tu sais qui c’est ?
— Un bourgeois. Un gros poisson, à mon avis."
Alex sort son téléphone et montre une photo du commissaire.
" Lui ?
— Non. Lui, c’est le flic. Les filles comme nous, c’est pas son public. Même s’il dirait pas non à certaines exceptions.
— Il ressemblait à quoi alors ?
— Grand. Plus grand que votre chef. Brun. Peut-être une barbe… ça date un peu. Je peux demander aux autres filles.
— Et la femme qu’Ivanka est venue chercher ?
— Une métisse. Moitiée Française, moitiée Roumaine. Gentille. Discrète. Pas d'accent. Elle voulait autre chose pour sa vie. Ivanka lui a proposé un “travail plus propre”. Je crois qu'elle voulait être infirmière."
Un sourire en coin.
" Elle avait un prénom qui ressemblait à celui de ta jolie rousse, beau gosse."
William sourit.
" C’est-à-dire ?
— Court. en "a". Sonia… ou quelque chose comme ça.
— Escorte, donc ?
— Probablement."
Alex fronce les sourcils.
" Tu connais Didi ?
— Bien sûr. C’est une des seules aides à domicile qui vient faire le ménage chez moi sans me juger.
— Moi non plus je juge pas. Je peux la remplacer.
— Bien tenté, chaton.
— Alex… tu es vraiment impossible."
Il se lève.
"Merci pour les infos, Lili. On ne te dérange pas plus longtemps, tu dois avoir du travail.
— Toujours un plaisirs , mon lieutenant. À plus tard…"
Ils redescendent l’escalier.
Alexis lui fait un grand sourire :
" à bientôt...". Son cousin lui met une claque derriere la nuque :
" Let's go boy...". Ils descendent les escaliers et repartent en direction du poste... ils n'ont pas fait dix metres que le brigadier s'arrete :
" Je crois que j'ai oublié un truc...
- N'y pense même pas... sinon je previens les collegues de faire une descente...
- Ok lieutenant beau gosse...
- Allez, rentre chez toi on a du boulot demain...
- Tu veux rester dormir ?
- Non je vais rentrer... Merlin me manque...".
Ils échangent une brève étreinte avant que Blake ne rentre chez lui. À peine la porte franchie, un miaulement furieux l’accueille.
" Sherlock ! Bastet soit louée ! Enfin te voilà ! Nourris-moi ! Par pitié ! Elle m’affame !"
William sourit et caresse le félin, puis comprend immédiatement en voyant sa belle-mère descendre de la terrasse.
" William ? Je me demandais quand tu allais rentrer…
— Je ne savais pas que vous veniez. Sinon, je serais rentré plus tôt.
— Je n’en pouvais plus de rester chez moi… et Patrice non plus. Il s’est dit que c’était l’occasion de finir quelques peintures.
— Vous avez bien fait.
— Du nouveau ?
— Pas vraiment… enfin si, on avance."
Il soupire.
" Je vais nourrir Merlin.
— Il a eu des croquettes il y a cinq minutes. Il mange tout le temps."
Un miaulement outré s’élève aussitôt quand William attrape le chat.
" L’écoute pas, Sherlock ! J’ai eu cinq croquettes à peine !"
Il entre et salue le beau-père de Diana, occupé à nettoyer ses pinceaux.
" Ça va, William ? Tu arrives à dormir ?
— Oui… je tiens. Ne vous inquiétez pas pour moi. Et vous ? Vous tenez le coup ?
— On essaie… savoir qu’elle est en vie, c’est déjà rassurant.
— Oui… on a eu un signe il y a quelques jours. Elle a écrit quelque chose sur une étiquette. On essaie de comprendre.
— Comment va ton cousin ?
— Bien. Très investi. Et le commissaire fait tout ce qu’il peut pour nous aider.
— Tu as mangé ? On a fait des courses, le frigo était vide.
— Oh… c’est gentil, il ne fallait pas.
— Ta grand-mère passera demain aussi, elle veut t’apporter des choses.
— J’essaierai d’être là… désolé."
Il hésite.
"Je vais aller dormir un peu.
— Prends la chambre. On a pris le canapé. Tu as besoin d’un vrai lit, et puis on se couche tard.
— D’accord…"
Il sourit faiblement.
"Oui, Merlin, je te nourris…"
Il verse une double ration de croquettes et câline longuement le chat. Puis il monte à l’étage et s’effondre sur le lit. Il serre l’oreiller de sa compagne de toutes ses forces.
Son odeur n’est plus là.
Il ferme les yeux, épuisé, se demandant si sa Foxy dort elle aussi… sans ses bouchons d’oreilles… si sa couette est bien mise.
Le lendemain matin, Diana se réveille avant lui, impatiente, attentive au moindre bruit. Elle compte presque les minutes qui la séparent de son départ.
Son geôlier, lui, est d’une prévenance presque dérangeante.
Il lui a apporté le petit-déjeuner au lit, est allé faire des courses, et s’excuse encore de devoir s’absenter.
" Je reviendrai vite…"
Elle sourit, docile, exactement comme il l’attend.
" C’est le prix à payer quand on est la femme d’un médecin talentueux…J’ai hâte de te revoir. Sauf si tu oublis mes fleurs.
- Ha ha… ne t’inquiète pas, mon ange. J’ai rempli les placards, tu as le talkie pour parler à Maria, les coloriages que tu voulais…
— Cesse de t'inquieter. Après tout, ce n’est pas très long… Je suis sûre que tu ne penseras même pas à moi.
Il fronce les sourcils, presque blessé.
" Ne dis jamais ça. Je ne penserai qu’à toi, jour et nuit. Allez… embrasse-moi, je dois y aller.
— Soit prudent sur la route… reviens moi entier."
Elle l’embrasse tendrement, passe les bras autour de son cou. Son corps joue encore le rôle, mais quelque chose, à l’intérieur, attend déjà autre chose.
Trois jours sans ses baisers.
Trois jours sans robes imposées, sans mise en scène.
Elle le regarde quitter la chambre, puis se précipite à la fenêtre.
Diana observe Gregory monter en voiture avec la femme de la veille.
La portière claque.
Et à cet instant précis, quelque chose se détache en elle.
La présence d’Eugénie se dissout comme une brume inutile. Elle n’a plus à jouer. Plus à tenir. Plus à contrôler.
Diana revient pleinement.
Avec un soupir presque amusé.
" Bon débarras…"
Elle retire la robe inconfortable, la laisse tomber au sol sans ménagement, et enfile un pyjama en satin, doux, léger, presque réconfortant. Elle fouille dans les placards.
Des conserves.
Des biscuits.
Et… un paquet d’oursons en guimauve.
Un seul.
Elle l’ouvre aussitôt et s’affale dans le canapé, les mange un par un, sans compter, sans réfléchir.
Tant pis pour les vomissements plus tard.
Pour la première fois depuis longtemps, elle choisit juste ce qu’elle veut
William sursaute violemment et lâche un juron étouffé.
Il n’a pas entendu son réveil.
Il dévale les escaliers deux par deux… et s’arrête net.
Sa belle-mère est là, droite comme un piquet, tasse de café fumante à la main, le regard à la fois dur et terriblement attentif.
" Ton réveil a sonné plusieurs fois."
elle lui tend la tasse
" Tiens. Tu en auras besoin.
— Heu… merci…
— J’ai appelé ton travail. Ne t’inquiète pas, tu as le temps."
Il manque d’avaler de travers.
" Vous… vous avez appelé où ?
— Au commissariat. Tu étais trop fatigué pour conduire dans cet état."
Il esquisse un sourire crispé.
" Ho… fallait pas… vraiment…"
il recule déjà vers la porte
" Bon, j’y vais…"
Elle le fixe un instant, sévère, presque menaçante.
" Sois prudent. Et rappelle-toi d’une chose : si jamais il t’arrive quelque chose… qui retrouvera ma fille ?"
Il n’ose pas répondre. Il hoche la tête, presque comme un adolescent pris en faute, et s’empresse de filer.
Comme prévu, à peine arrivé, Alexis l’attend avec un sourire beaucoup trop satisfait.
" Alors ? Belle-maman t’a fait un p’tit mot d’excuse pour la panne d’oreiller ?
— Ho ça va…"
grommelant
"Elle me tutoie maintenant. Ça me perturbe.
— Oh, c’est bon signe ça. Ça veut dire qu’elle ne te voit plus comme un pédophile pervers qui fait des trucs sales à son petit bébé d’amour.
— Alexis…
— Allez, donne-moi ton blouson, mon grand. Tonton Alex va t’emmener au parc si t’es sage. T’as bien pris ton p’tit goûter ?"
William ouvre la bouche pour répliquer quand une main lourde se pose sur son épaule.
" Alors, Lieutenant…"
voix faussement douce
" On a eu une grosse panne d’oreiller ce matin ? On a fait un gros dodo ?"
Il se fige.
" Ah non, commandant… pas vous…"
Daniel sourit, clairement ravi.
" Tu as eu de la chance que ce soit moi qui réponde au téléphone. Imagine un peu la honte si ça avait été le commissaire.
— Oui bon… ça va… on est rentrés tard…
— Oui, le brigadier-chef m’a raconté."
puis, plus sérieux
"Alors… on recherche un client de cette Ivanka, et l’autre fille aurait un nom proche de celui de Diana, c’est ça ?
— Oui. Mon indic se renseigne de son côté.
— Parfait. Je suis avec Victor, si vous avez besoin de quoi que ce soit."
Il s’éloigne.
Alexis ouvre la bouche, prêt à balancer une nouvelle vanne, mais Blake lui lance un regard noir, sans appel.
" Un mot de plus, et je te fais regretter d’être mon cousin."
Daniel frappe brièvement et entre sans attendre, accueilli par le grognement familier de son frère.
" Toi… Catherine te fait encore la tête."
Victor soupire sans lever les yeux.
" Hum… maintenant qu’elle ne me fait plus la tête pour Diana, c’est parce que j’ai malencontreusement marché sur la patte de son chiot. Enfin… elle n’a jamais vraiment besoin d’une excuse pour m’engueuler, de toute façon.
— Elle s’inquiète. Et puis tu sais… Aliénor est malade en ce moment.
C’est compliqué. Elle ne se laisse pas soigner, elle nous rejette. Cathe doit être un peu à cran."
Victor fronce les sourcils.
" Je ne savais pas…Elle ne me parle jamais d’Aliénor."
Daniel croise les bras, plus dur.
" C’est ta nièce et ta belle-fille. Elle ne devrait pas avoir besoin de t’en parler. Tu devrais être au courant tout seul.
— Oh, ça va…"
juste un instant de silence
" J’ai essayé, d’accord ? C’est pas que je ne l’aime pas… au contraire. Je ne paierais pas le meilleur institut privé sinon.
C’est juste que… son autisme… je ne sais pas comment faire.
— L’autisme…"
Daniel esquisse un sourire ironique.
" C’est marrant, avec Diana, tu sais très bien comment faire.
— Tu es le premier à dire que chaque autiste est différent.
J’y peux rien si Diana est plus… abordable."
Daniel change légèrement de sujet, mais le ton reste lourd.
" Dis-moi… ton meilleur ami, il t’a parlé de quelque chose concernant la voiture au parc ?
— Quand le gosse a failli être enlevé ? Non. Il n’a rien vu. Il n’a même pas fait attention.
— Il va bien, au moins ? Toujours aussi imbu de sa personne ?
— Très bien. Il part à un séminaire pour quelques jours, avec sa nouvelle compagne.
Il veut qu’on dîne ensemble avec Cathe à son retour…Je dois lui en parler."
Daniel ricane.
" Elle va être ravie…
— Hum… Je supporte déjà ses tea times avec ses copines qui gloussent comme des dindes.
— Copines que tu as toutes mises dans ton lit.
— Oh, ça va…"
Daniel sourit franchement cette fois.
" Ne le prends pas mal. D’habitude, t’en es plutôt fier."
Victor détourne le regard.
" Peut-être que je commence à en avoir marre d’être considéré comme un connard."
Daniel s’approche et lui attrape l’épaule.
" Oh, Vic… allez… viens là."
Ils s’étreignent brièvement.
Daniel se penche et murmure à l’oreille de son aîné :
" T’es pas un connard… t’es un gros connard."
Victor se recule aussitôt.
" Sors de mon bureau avant que je t’arrête pour insultes envers ma personne."
.En fin de soirée, après avoir vomi tout l’après-midi à cause des chocolats, Diana meurt littéralement de faim.
Son estomac la brûle.
Elle ouvre le frigo, fouille, referme.
Rien ne lui donne envie.
Des bières à la framboise. D’ordinaire, elle les boit avec une pizza. Toujours avec une pizza.
Elle soupire.
Est-ce que Maria répondrait à toutes ses envies ?
De toute façon, elle ne peut rien faire. Maria n’a aucun contact réel avec elle.
Même en lui faisant croire qu’elle est très malade… non.
Maria a le taser. Elle aussi.
Diana laisse retomber sa tête contre la porte du frigo.
Elle en a marre.
Marre de réfléchir.
Marre de faire des plans qui ne fonctionnent jamais !
Et puis maîtriser une personne âgée… elle n’y arriverait pas.
Elle veut juste une grosse pizza.
Elle attrape le talkie-walkie.
" Bonsoir… ici le fantôme d’Eugénie. J’ai faim.
— Madre de Dio !…"
Un bruit de casserole. Un juron étouffé. Puis plus rien.
"Pizza chèvre-miel, avec sauce piquante, chez la pizzeria du centre-ville. L’italien.
Je la connais parfaitement, donc ne prenez pas une pizza n’importe où…
Sinon je devrai dire à mon cher mari que vous m’avez laissée mourir de faim."
Silence.
"Ils livrent…
Le numéro doit être trouvable sur internet…"
Un soupir lui répond enfin.
Diana sourit.
" Le vrai fantôme d’Eugénie viendra vous hanter si vous refusez.
— Vous l’aurez !
— Vite, j’ai vraiment très très faim…
— Vous avez vomi tout l’après-midi !
— Oui. Crise de boulimie. Ça ne m’a absolument pas coupé l’appétit. Et je veux une glace en dessert. À la fraise."
Un soupir, des grognements, le grésillement du talkie… puis plus rien.
Diana attend patiemment en coloriant les mandalas qu’il lui a ramenés.
Elle a toujours aimé colorier.
Elle faisait ça pendant des heures avec les enfants qu’elle gardait — surtout la petite du gendarme. Comment il s'appellait déjà ? l'ami de William ? Colin ? elle soupire.. Sa mémoire flanche sérieusement.
Des princesses, des robes trop grandes, des couronnes tordues.
Un bruit de moteur.
Elle se fige.
Une moto.
Diana se précipite à la fenêtre et plisse les yeux.
L’homme qui enlève son casque lui rappelle quelqu’un.
Une sensation violente la traverse.
" …Alexis…?"
Non.
Son cœur cogne plus fort.
Jordan.
Jordan.
Mais… il n’est plus flic. ? Ça doit être un sosie. Un hasard cruel. Le talkie grésille.
Une voix passe.
Claire. Connue.
Maria a dû appuyer sur le bouton sans faire exprès — ces trucs-là ne marchent jamais que dans un sens
" Et voilà m’dame… pizza chèvre-miel, sauce piquante, et une glace.
Ça fera seize cinquante.
— Posez ça sur la table… l’argent est dessus.
— Je peux avoir votre nom et prénom ? Pour la carte fidélité.
— Maria-Cidalia Da Silva. Maintenant, si vous voulez bien…
— Pas de souci. Au revoir, à bientôt j’espère.
— C’est ça…"
Cette voix…
Ça lui ressemble vraiment.
Est-ce qu’il comprendrait ?
Une idée germe.
Elle attend le monte-plat, récupère son repas, s’installe avec une bière. Elle se montre raisonnable — la pizza durera deux jours. La glace, en revanche, disparaît sans remords.
Une fois repue, elle attrape le talkie.
"Très bonne cette pizza… Vous pourrez rappeler demain soir.
Demandez la Princesse des cœurs s’ils la font encore.
Sinon, une orientale ira très bien."
Silence.
" Oh… et Eugénie vous passe le bonsoir.
— SANTA MARIA !!!
— J’aurai ma pizza demain soir ?
— Oui !
— Princesse des cœurs si possible… ou orientale. Bonne soirée."
Diana jubile.
Ça, c’est pour être complice de ce taré.
Elle s’étire, attrape la tablette et relance l’un de ses films préférés.
Cette première journée sans son geôlier avait été parfaite.
Gregory s’assure qu’Ivanka passe une bonne journée.
Restaurant étoilé le midi, boutiques de luxe l’après-midi, tout réglé en liquide.
Pendant ce temps, Nadia fait exactement l’inverse : elle utilise sa carte bancaire principale dans des lieux tout aussi chics.
Deux femmes. Mais un Alibis.
En fin de journée, il emmène Ivanka marcher le long d’un canal.
" Pourquoi ici ?
— Pour me détendre… une promenade romantique.
— Et si ton ami se doute de quelque chose ?
— Victor ne me soupçonnera jamais.
— Et sa femme ?
— Catherine soupçonne tout… mais n’a aucun pouvoir."
Ivanka l’observe.
" Pourquoi cette fille t’obsède autant ? Tu sais bien que ce n’est pas ta femme.
— Tu ne crois pas à la réincarnation.
— Et si elle refuse ?
— Elle acceptera."
Il coupe court, agacé. Ivanka se fait douce, l’embrasse, désireuse de conserver sa place.
Avant de rentrer à l’hôtel, il ajoute, faussement détaché :
" J’aimerais que tu changes quelque chose…
— Quoi ?
— Tes cheveux. Le blond me lasse."
Elle comprend. Elle hésite. Puis accepte.
Une heure plus tard, Ivanka ressort du salon, rousse. Cheveux court. Presque trop ressemblante.
" Comme ça… je te plais davantage ?"
Il sourit.
" Viens. Tu vas vite le savoir."
Derrière cette transformation anodine, tout s’emboîte.
Les alibis, les apparences, les confusions à venir.
Le plan est en marche.
Jordan retire son casque en entrant chez son supérieur et pousse un long soupir.
"Pfff… enfin je peux m’asseoir… enfin, avec votre permission, brigadier-chef ?
— Fais comme chez toi. Dure soirée ?
— Ouais… livré loin ce soir. Une baraque paumée, pour une vieille aussi aimable qu’une porte de prison.
— Pas de jolies filles à l’horizon ?
— Même plus… livreur, ça fait plus fantasmer personne.
— Alors que flic, ça reste une valeur sûre.
— Ouais… et puis… je sais pas si je peux te dire un truc."
Alex relève la tête, attentif.
" Tu peux tout me dire, Jordy.
— En fait… non, laisse tomber…
— Tu te demandes si t’es bien hétéro."
Jordan le fixe, surpris.
" Comment tu sais ?
— Parce que je me suis posé exactement la même question. Et Will m’a aidé à y voir clair.
— Comment… ?
— Tu me fais confiance ?
— Évidemment."
Alex se rapproche légèrement, posé, sans pression.
" T’inquiète, je vais pas te sauter dessus."
Il l’embrasse brièvement, simplement, comme un geste rassurant, puis recule aussitôt.
" Voilà. Tu sais, certains savent très tôt qui ils sont. D’autres mettent des années. Certains changent. D’autres non. Y a pas de règle. L’important, c’est de ne pas avoir honte de ce que tu ressens, pour qui que ce soit… tant que tout le monde est consentant et majeur, évidemment."
Jordan reste silencieux, pensif.
" Si ce b****r t’a fait quelque chose, même juste te poser des questions, c’est déjà une réponse. Pas définitive. Juste une piste. Et crois-moi, faire “plus” ne t’aiderait pas forcément. Même si, oui, je suis incroyablement beau gosse."
Jordan esquisse un sourire.
" Peut-être que t’aimeras jamais les hommes. Ou peut-être qu’un jour, tu tomberas amoureux d’un mec et ce sera évident. Les cases, c’est surfait.
— T’as… t’as fait quelque chose avec William, toi ?
— Non. Je sais pas pourquoi, mais quelque chose m’en a empêché. Avec le recul, je crois que je sentais qu'il était de ma famille. ET puis. Il n'est pas bi. "
Alex hausse les épaules.
" Moi, je me définis pas. J’aime les gens. Toi, t’es jeune, t’as le droit de chercher, d’essayer, de douter. Te prends pas la tête."
Le jeune policier souffle.
" J’aime les filles… mais y a des mecs avec qui je me sens vraiment bien aussi. Et puis… la princesse… elle m’impressionne tellement que même si elle avait été libre, j’aurais jamais osé."
Alex éclate de rire.
" Attends… Didi t’impressionne ? Didi ?
— Quoi ?
— Jordy, c’est pas ta sexualité le problème. C’est que t’as peur des femmes.
— N’importe quoi…
— Ah ouais ? Va sur une appli et parle à une fille."
Jordan rougit aussitôt.
" Voilà. T’as juste zéro confiance en toi. Et ça, que ce soit avec des femmes ou des hommes, ça change rien. Même dans un bar gay, tu serais tout aussi intimidé.
— Peut-être…
— Écoute-moi. T’es beau, gentil, respectueux, honnête. T’as tout pour plaire. Vraiment. Bon… sauf à Didi. Là, William ferait disparaître ton corps et je l’aiderais."
Jordan rit.
" J’ai pas dit qu’elle me plaisait… elle m’impressionne, c’est tout. Mais toi… comment tu fais pour être aussi sûr de toi ?"
Alex sourit, sincère.
" Je le suis pas. Je me dis juste que ça passe ou ça casse. Et puis… t’es déjà venu en boîte avec moi, tu faisais illusion.
— Ouais… mais seul avec une fille, j’ose pas.
— Et tu te dis qu’avec un mec ce serait plus simple.
— Peut-être… je sais pas. Je te trouve hyper beau, toi. Et Jess est mignonne aussi.
— La nouvelle ? Elle est jolie, ouais. Et tu lui plais, je pense.
— Tu crois ?
— J’en suis sûr. Alors prends les rencontres comme elles viennent. Sans te forcer. Que ce soit moi, Jess… ou même cette pizza."
Il lui tapote l’épaule, bienveillant.
" T’as le temps, Jordan. Et t’es pas tout seul."