C’est sur sa nouvelle moto qu’Alex arrive devant le commissariat, William installé derrière lui.
La veille, ils avaient dormi chez lui pour la tester. Elle était parfaite.
Depuis le temps qu’il rêvait d’un engin pareil.
William l’avait suivi en voiture une bonne partie de la soirée, histoire de s’assurer qu’il restait prudent.
Et ce matin, il avait été le premier à s’installer à l’arrière.
" Pas trop peur ?" lance Alex en ajustant son casque.
" Pas du tout. J’ai entièrement confiance en toi.
— Tu crois que Didi acceptera de monter dessus ?
— Si tu roules à trente tout du long… peut-être."
Ils éclatent de rire.
"J’espère que je n’ai pas trop fait peur à son père ce matin… Il ne s’attendait pas à me voir dormir sur le canapé.
— Ne t’en fais pas. Sa mère non plus ne s’attendait pas à le voir là.
— La dispute entre eux était épique, comme d’habitude.
— Surtout quand son beau-père a tenté une blague…"
Ils descendent de la moto devant le commissariat.
Diana se réveille dans une chambre qu’elle ne reconnaît pas.
Pendant quelques secondes, elle reste immobile, les yeux fixés au plafond, à essayer de rassembler ses pensées. Elles glissent, se dérobent. Tout est flou, décousu.
La veille… ou ce qui lui semble être la veille.
La gifle.
Puis la brûlure dans son bras.
La lenteur.
Le noir.
Il l’avait droguée.
Elle se souvient s’être réveillée brièvement, plus tôt. Une cave. Une odeur de terre et d’humidité. Maria qui la secoue, la voix sèche, pressée, pour l’emmener aux toilettes. Le froid sous ses pieds. L’attente. Longue. Trop longue. Puis le sommeil qui l’avait reprise malgré elle.
Ensuite… être portée.
Le craquement de brindilles.
L’air plus vif.
Une odeur de renfermé, ancienne, presque oubliée.
Diana se redresse avec difficulté. Sa tête lui tourne. Elle se frotte les yeux, cligne plusieurs fois, comme si le décor allait se dissoudre.
Mais la pièce est toujours là.
Des barreaux en fer aux fenêtres.
Des tableaux accrochés droit.
Des photos de couple souriantes.
Une coiffeuse, des bibelots, des fleurs fraîches.
Tout semble… normal.
Trop normal.
Elle se lève, vacille, puis s’approche de la fenêtre. Elle n’est pas très haut. Troisième étage, peut-être. La vue est différente de celle de l'autre maison. À travers les arbres, elle distingue le manoir.
Elle est toujours sur la propriété.
Pourquoi l’a-t-il changée d’endroit ?
Pourquoi maintenant ?
Une pensée traverse son esprit, glaciale :
"Il a compris."
Il a compris qu’elle essayait de laisser des indices.
Son cœur se serre.
Sur le lit, une robe est soigneusement posée. Trop soigneusement. Diana détourne le regard. Elle n’a pas la force de l’enfiler.
Elle s’approche de la porte.
La poignée tourne.
La porte s’ouvre.
Son souffle se coupe.
Mais le couloir est vide.
Il doit être là, quelque part.
L’endroit est propre, presque entretenu… mais des toiles d’araignées épaisses s’accrochent aux angles, anciennes, comme si certaines pièces n’avaient pas été habitées depuis des années.
Toujours en nuisette, elle avance lentement. L'humidité glaciale, lui mord la peau.
Une salle de bain.
Pas de spa, mais une grande baignoire à l’ancienne, flambant neuve. Les lavabos aussi. Le contraste est étrange. Les murs, le sol, semblent d’une autre époque.
Puis une autre pièce.
Une chambre d’enfant.
Diana s’arrête net.
Une petite voiture à pédales.
Des peluches trop bien alignées.
Des livres rangés avec soin.
Quelque chose de profondément dérangeant s’insinue en elle.
Sur un petit bureau, une photo en noir et blanc. Elle s’en approche, la décroche, la retourne. Rien au dos.
Elle observe l’enfant sur la photo.
Il est très mignon. De grands yeux. Une chemise, un short. Un sourire rebel.
Sous l’image :
« Victor, été 1977 »
Un rire nerveux lui échappe. Presque un sanglot.
"Le commissaire… en culotte courte "
Un jour, il avait été ça.
Un petit garçon adorable.
"Est-ce que c’était sa chambre ?"
Gregory lui avait dit avoir racheté la maison à un ami…
Une vague de vertige la traverse.
Les murs semblent se rapprocher. Les objets se confondre. Les souvenirs se mélanger à ceux des autres. Elle ferme les yeux.
"Ça ne sert plus à rien," murmure une voix en elle.
"Tu es fatiguée. Laisse moi faire. Fais moi confiance Diana".
Ce n’est pas tout à fait sa voix.
Quelque chose se déplace, lentement, à l’intérieur.
Une présence plus calme. Plus douce. Moins douloureuse.
"Eugénie."
Diana sent ses forces l’abandonner. L’espoir s’effrite. Elle ne sait plus très bien qui elle est censée être ici. Victime ? Prisonnière ? Fantôme dans une maison pleine de souvenirs qui ne sont pas les siens ?
"Laisse-moi te protéger " souffle Eugénie, comme une promesse.
Un bruit résonne soudain dans le couloir.
Des pas.
Diana sursaute… mais déjà, quelque chose en elle se referme, se met à distance.
Son regard se vide un peu.
Quand la voix de Gregory retentit, ce n’est plus tout à fait Diana qui l’entend.
" Adorable, non ?"
Diana sursaute.
" Où est-ce que je suis ? Pourquoi tu m’as déplacée ?
— On est toujours à la maison. Sur la propriété. J’ai pensé qu’un changement d’air te ferait du bien. Ici, tu seras tranquille."
Elle observe la pièce, les photos, les barreaux.
"C’est quoi cet endroit ?
— L’ancien pavillon de chasse. La chambre de Victor était ici. La mienne, à côté. Ma mère travaillait pour sa famille. On a grandi ensemble.
— Tant d’égards pour le fils d’une employée…"
Un frisson parcourt Diana. Elle observe Gregory autrement.
Toujours dans l’ombre.
Toujours à côté.
Toujours après.
Elle le fixe. Son regard change. Provocant
"Vous êtes un enfant illégitime. Comme Alex."
La claque résonne.
" Ne me compare pas à ce bâtard ! Je ne le suis pas !
— Il n’y a pas de honte à être né hors mariage…
— Silence, Eugénie. Qu’est-ce qui t’arrive en ce moment ?"
Le nom la glace. Diana recule en elle. Eugénie revient.
"Je t’ai vu, le jour de ton départ. Tu n’étais pas seul.
— Je te l’ai expliqué. Une amie.
— Son parfum était sur toi."
Il soupire, puis la prend dans ses bras.
"Mon ange… tu es épuisée. Je t’aime. Je n’aime que toi. Viens prendre tes cachets."
Il l’entraîne vers la petite salle à manger, trop semblable à l’autre.
" Mange. Je t’ai donné des antidépresseurs, ça t’aidera.". Elle avale le contenu du pilulier. Elle ne sait pas ce qu'il y a. Vitamines. Fer. Antidouleurs. Anxiolytiques. GHB ?.
" Je n’aime pas cet endroit. Ramène-moi au manoir.
— Tu t’y feras. Quand Tom sera là, ce sera mieux."
Elle baisse les yeux.
" Là-bas, j’avais mes habitudes…
— Justement."
Il sourit.
" Ici, tu recommenceras à zéro. Avec notre fils."
À l’intérieur, Diana se recroqueville.
La routine qu’il avait construite —qu'elle avait finit par trouver sécurisante parfois.. les horaires, les rituels, les mêmes gestes — a disparu d’un coup. Brutalement.
Et dans ce vide, Eugénie s’installe.
Moins fragile.
Plus distante.
Prête à survivre là où Diana commence à lâcher prise.
ls déjeunent en silence. Il l’embrasse brièvement avant de partir, la laissant seule.
Il rejoint Maria.
" Tu as fait le ménage ?
— Oui. Comme tu as demandé. J’ai frotté partout où elle aurait pu toucher. Literie changée, affaires lavées.
— Et la cave ?
— Plus aucune trace. Les photos brûlent dans le jardin.
— Je me demande comment il a pu oublier cette cachette…
— Il n’a jamais été très sentimental.
— Le traiteur est passé ?
— Tout est prêt. Nadia arrive, elle se prépare."
Une voiture se gare. Maria se précipite à l’entrée. Elle ne parle qu’en portugais — une vieille habitude de la maison. Victor comprend tout. Idée de son père, autrefois : des employées étrangères pour forcer les enfants à apprendre. Lui avait joué le jeu. Plus que Daniel.
Ils entrent. Nadia sort de la chambre et se glisse près de Gregory.
" Ça va ? Je suis bien ?
— Parfaite."
Catherine remarque aussitôt un détail.
"Je te l’avais dit, Victor… j’aurais dû choisir le bouquet blanc. Il se serait mieux accordé avec les jonquilles. Enfin…"
Nadia sourit en prenant les fleurs.
" Il est magnifique. Merci. Il ira très bien dans la chambre. Et vous êtes superbe… j’aimerais oser ce genre de tailleur.
— Rien ne t’en empêche, ça t’irait très bien.
— J’ai l’impression que ça me grossit…"
Victor en profite.
" Catherine n’est pas si grande non plus, elle triche avec les talons. Et puis… je la préfère en robe. Ce tailleur la vieillit.
— Et moi je te préférerais avec vingt ans de moins. On ne peut pas tout avoir.
— Pour ça, tu as mon fils.
— Très drôle. Tu n’as toujours pas digéré la moto, hein ?
— Tu m’as offert une cravate pour le mien.
— Et toi un bouquet pour notre anniversaire. Nadia, ne te marie jamais."
Les femmes s’éloignent vers la chambre. Les hommes s’installent au salon, un verre à la main.
" Catherine est en forme aujourd’hui…
— Ne m’en parle pas.
— Il y a eu quelque chose entre elle et ton bâtard ?
— Ils ont couché ensemble. Avant de savoir. Il ignorait même qui elle était.
— Décidément… il aime les femmes des autres.
— Je suis mal placé pour faire la morale, mais ça ne m’a pas fait plaisir.
— Voilà pourquoi je ne veux pas qu’il approche trop la mienne."
Victor rit, mais une odeur le gêne. Trop forte. La javel. Maria a la main lourde .
Son regard glisse vers le bouquet. Les jonquilles.
Diana adorait ces fleurs. Le printemps. Le renouveau. La vie après l’hiver.
Un détail lui serre la poitrine. Il pense au tatouage de la compagne de Gregory. Une pivoine.
" Dis-moi… quelles sont les fleurs préférées de Nadia ? que je sache quoi lui prendre la prochaine fois
— Les jonquilles, je crois. C’est ce qu’elle me demande à chaque fois."
Victor hoche la tête.
L’odeur de javel lui monte au nez.
Victor n’a pas le temps d’aller plus loin dans ses pensées. Son téléphone vibre.
" Excuse-moi… je dois répondre."
Il s’éloigne de quelques pas.
" Oui, c’est moi… oui… nous sommes bien en charge de l’enquête, pourquoi ? … pardon ?"
Gregory le voit blanchir.
"C’est maintenant."
Il réprime un sourire, ajuste aussitôt son visage en une inquiétude parfaitement crédible, juste au moment où Catherine et Nadia reviennent.
"Je crois… "
murmure-t-il,
" que l’appel concerne Diana…"
Le cœur de Catherine se serre avant même que Victor ne parle.
" C’est impossible… Vous êtes sûrs ? … Oui… oui, nous allons venir… Non, vous avez bien fait de m’appeler moi… je l’annoncerai moi-même… Que le légiste ne touche à rien… Qui est sur place ? … Sa mère… Très bien… Nous arrivons dans la soirée."
Il raccroche.
Un silence pesant s’installe.
Il cherche ses mots, comme s’ils refusaient de sortir.
" C’était… le capitaine de gendarmerie d’un village du Berry."
Il déglutit.
"Ils ont retrouvé… le corps de Diana. Sa mère l’a identifiée."
Catherine pâlit.
" Victor… non… dis-moi que ce n’est pas vrai…
— Je suis désolé, Cathe."
Sa voix tremble malgré lui.
" Il faut que je voie William. On doit monter là-bas immédiatement.
— Je viens avec toi. Il aura besoin de soutien."
Gregory s’avance, visage grave, voix douce.
" Je suis vraiment navré… quelle tragédie…"
Il les raccompagne jusqu’à la voiture, serre Victor dans ses bras, lui souhaite bon courage. Son geste est parfait. Fraternel. Humain.
À l’intérieur, pourtant, tout est en place.
"Le premier domino est tombé."
Une fois la voiture partie, Nadia le regarde, perdue.
" Qui est morte… ?
— Tu n’as vraiment pas suivi ?" répond-il avec un soupir feint.
" La jeune assistante de vie enlevée. Son visage est partout. Ils étaient très proches… enfin… étaient.
— Ah… oui… peut-être…"
Ils rentrent.
Au volant, Victor roule trop vite. Catherine, étonnamment calme, brise le silence.
" C’est une erreur.
— Ne recommence pas, Cathe ! Ils ont retrouvé ses papiers sur elle !
— Tu verras. Ce n’est pas elle."
Elle ne dit rien de plus.
Elle regarde son téléphone. Le dernier message de la mère de Diana date d’il y a une heure. Elle était chez sa fille. Impossible qu’elle ait fait le trajet jusque dans le Berry. Impossible.
Au commissariat, Victor arrive livide. Il ordonne immédiatement :
" Faites venir William, Alexis et Daniel. Tout de suite."
Catherine préfère rester à l’entrée. Elle a déjà demandé à la mère de Diana de venir. Elle est en route.
Les trois hommes entrent dans le bureau, inquiets. William murmure à Alexis :
" Qu’est-ce que t’as encore fait pour le mettre dans cet état ?
— Rien, je te jure…"
Victor s’assoit enfin, comme vidé. Il lève les yeux vers eux.
" William… assieds-toi. Alexis, toi aussi, mon grand
— Mon grand ? pourquoi pas fiston ? qu’est-ce qu’il se passe ?"
Victor inspire profondément.
" J’ai reçu un appel de la gendarmerie de Saint-Amand, dans le Berry."
Un silence.
"Je ne sais pas comment dire ça autrement… William… je suis sincèrement désolé."
Sa voix se brise.
" Ils ont retrouvé le corps de Diana. Sa mère l’a identifié."
Il baisse les yeux.
" C’est fini."
Le mot résonne dans la pièce.
.
Il s’attendait à une explosion de colère, à des sanglots.
Pas à ce regard gêné.
" Heu… sa mère ?
— Oui. Elle a identifié le corps. Et il y avait ses papiers sur elle.
— Mais… commissaire… c’est impossible.
— Je sais que c’est dur à accepter, William, mais hélas…
— Non, je veux dire… sa mère.
— Et alors quoi, sa mère ?!"
La porte s’ouvre brutalement, claquant contre le mur.
" COMMENT ÇA MON BÉBÉ EST MORT ET J’AI IDENTIFIÉ SON CORPS ?!"
Tout le monde sursaute.
William se lève d’un bond.
" Sa mère est ici depuis plusieurs jours. Elle n’a pas quitté le commissariat aujourd’hui… à part pour aller à la boulangerie.
— Tiens, prends ton sandwich," lance-t-elle en le lui fourrant dans les mains.
Elle plante ses yeux dans ceux de Victor.
" Alors ? C’est quoi ces bêtises ? Votre femme m’a dit que vous aviez reçu un appel."
Victor ouvre la bouche, la referme.
" Tu vois, Victor," reprend Catherine calmement,
" c’est pour ça que ça ne peut pas être Diana. Alexis, trésor, laisse donc ta place."
Le jeune homme obéit sans discuter, encore sonné.
Victor se sert un verre qu’il vide d’un trait.
" Donc… ça voudrait dire qu’une femme a usurpé votre identité… mais ça ne veut pas dire que cette personne n’est pas morte. Et que ce n' est pas Diana.
— Quand ma Jenny est morte, je l’ai senti tout de suite," coupe la mère de Diana.
Elle croise les bras.
" Diana est vivante. Je le sais. Je suis sa mère, quand même."
Puis, sans attendre :
" Bon. On attend quoi ? On y va.
— On… y va ?
— Eh bien oui. On va voir qui a eu la brillante idée de se faire passer pour moi. Et si le corps avait les papiers de ma fille, ils vont avoir besoin de la vraie mère pour identifier, non ?"
Elle claque des doigts.
" Allez, bougez-vous."
Victor reprend ses esprits.
" Je vais les rappeler tout de suite. S’il y a une usurpatrice, elle est peut-être encore là-bas."
Il se tourne vers William et Alexis.
" Préparez vos affaires. On passera sûrement la nuit là-bas.
— Yes…"
Puis Alexis hésite.
" Vous devriez prévenir votre ex et votre mari, non ?
— Ils vont vouloir venir, évidemment. C’est normal qu’ils soient au courant. On passera par ma famille."
Elle se tourne vers William.
" Je t’appelle sur la route. Patrice conduit comme un retraité sous calmants.
— Prenez votre temps," répond William.
"Je ne veux pas donner de faux espoirs, mais je n’y crois pas non plus. Inutile de finir dans le décor."
Il regarde Victor.
" On se rejoint ici ?
— Oui."
Catherine raccompagne la mère de Diana jusqu’à l’entrée.
" Si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous m’appelez.
— Comptez sur moi."
Victor se frotte le visage.
" Bon sang…"
Il soupire.
"Je les rappelle. Vous deux, on part dans une heure"
Il se tourne vers Daniel.
" Tu prends la direction du poste en mon absence.
— Bien sûr."
Il compose le numéro.
" Allô ? Commissaire Martin. Oui… il y a un sérieux problème."
Il écoute, se crispe.
" La mère de Diana Roux, vient de quitter mon bureau. Vous avez eu affaire à une impostrice."
Silence.
" Elle est toujours à l’IML ?"
Il ferme les yeux.
" Très bien. Nous arrivons avec la vraie mère en fin d’après-midi."
Il raccroche.
Dehors, Catherine a déjà démarré.
" Monte. J’ai appelé le majordome, il prépare tes affaires.
— Merci…"
Il hésite.
" Tu savais que sa mère était dans le coin ?
— Oui. Je n’ai pas voulu le dire devant l’autre.
— Tu as bien fait.
— Vraiment ?"
Victor fixe la route.
" Oui. J’ai tendance à trop lui faire confiance… et à trop parler."
Il serre la mâchoire.
" Ce n’est pas ce qu’un commissaire est censé faire."
Pendant qu'ils vont dans leur villa. Alex et William prepare rapidement un sac chez le brigadier chef :
" Tu fait quelles taille en caleçon ? Pareil que moi ?
- Yes... c'est juste pour une nuit... met moi un de tes sweats.. c'est vraiment bizarre... pourquoi le tueur a fait ça...faire reconnaitre le corps...
- C'est clair... il esperait quoi ? Que sa vraie mère serait pas au courant à un moment ?
- Je sais pas... il avait l'air intelligent. Il a tout prevut pourquoi faire ça d'un coup...?
- En tout cas... je ne suis pas rassuré. Mon père a raison.. y'a quand même une probabilité que se soit bien elle....
- Il veut la declarer morte... peut être juste par pur sadisme...?".
Ils prennent leurs affaires, Alex attrape des canettes de sodas dans son frigo. Les fourrent dans le sac :
" Une chance que sa mère nous ai ramené les sandwichs... j'ai toujours revé de manger dans une Jaguar...".
William sourit.
Les deux policiers retrouvent leur chef.
Le brigadier-chef siffle en détaillant la voiture :
" Sympa, ta caisse… t’en as combien ?
— Quelques-unes… faites gaffe aux miettes. La Porshe va plus vite."
Victor ouvre la portière. Alex jubile.
" Monte devant, William. J’ai toujours rêvé d’être à l’arrière d’une de ses voitures de riche. Allez, Victor… en avant. Tu me conduis à Saint-Amant, et ne traînasse pas."
Il lève les yeux au ciel. Blake sort le gyrophare de la boîte à gants et le pose sur le toit.
" Merci William… tu lis dans mes pensées. J’espère que personne n’a peur de la vitesse."
Le commissaire démarre, sirène hurlante. Il ne parle pas pendant un long moment, se contentant de soupirer en voyant son fils semer des miettes sur la banquette arrière.
C’est William qui rompt le silence :
" Vous savez où ils ont retrouvé le corps ?
— Dans le canal. Apparemment, il aurait dérivé un jour ou deux.
— Dans l’eau… comme Jennifer.
— Qui ?
— Jennifer, la sœur de Diana. Sa mère en a parlé tout à l’heure. Elle s’est noyée, et son corps n’a jamais été retrouvé. Je disais à Alex que le tueur avait peut-être voulu faire souffrir les proches…
— J’aimerais que tu te prépares au fait, que ce soit peut-être elle, William.
— Impossible. " Il regarde son téléphone
" Ses parents sont déjà partis. Elle vient de m’envoyer un message."
Son cousin avale une bouchée.
" C’est quand même fou… Il faudrait interroger sa mère. Voir si quelqu’un ne lui aurait pas volé ses papiers. Mais elle est aussi tête en l’air que Didi… elle n’a pas dû remarquer grand-chose.
— En tout cas, si c’est pas Foxy, on aura peut-être de nouveaux éléments pour coincer ce taré."
Alex regarde la route, amusé.
"Oh, c’est marrant… tu viens de doubler une voiture. Je crois que c’est celle de ses parents."
Victor hausse les épaules et continue d’enfoncer l’accélérateur. L’aiguille grimpe.
Alex jette un œil par la vitre arrière, esquisse un sourire.
" Victor, mon brave… accélère. La maréchaussée nous talonne."
Victor fronce les sourcils, regarde dans ses rétroviseurs.
" Oh merde… ils font chier ceux-là."
Les gyrophares se rapprochent. Une voiture de gendarmerie les dépasse et leur fait signe de prendre la prochaine sortie.
" Pourquoi t’as enlevé le gyrophare ?" demande le commissaire.
" Il déconne, commissaire…"
Ils s’arrêtent. Le gendarme descend.
" Deux cent soixante kilomètres heure. Dites adieu à votre permis. Sortez vos papiers."
Victor tend sa plaque.
" Police. On est sur une affaire. Direction Saint-Amant. Ce sont mes hommes. Lieutenant Blake, brigadier-chef Lours. On enquête sur un meurtre, on est pressés.
— Ah… toutes nos excuses, commissaire. Mais rien ne vous oblige à rouler aussi vite."
Victor explose :
" On a une famille qui attend de savoir si le cadavre qui nous attend est celui de leur fille. Allez leur dire qu’on n’est pas pressés !
— Pas la peine d’être désagréable. Police ou pas, ça ne vous donne pas tous les droits.
— Vous êtes rattaché à quelle caserne, vous ?!
— Issoire.
— Parfait."
Victor sort son téléphone. Blake tente d’apaiser la situation.
" Excusez-le… il est tendu. On est sur cette affaire depuis des mois. Une jeune fille disparue… qui se trouve être ma compagne.
— Oui, j’en ai entendu parler… Toutes mes excuses, lieutenant. Mais votre chef est un danger. Une automobiliste a signalé un chauffard. Flashé à presque trois cents."
Le commissaire tend son téléphone.
" Tenez. Votre supérieur veut vous parler."
Le gendarme décroche.
" Allô ? Commandant… oui… deux cent quatre-vingts quand même… d’accord… Mais préfet ou pas, je fais mon travail… très bien… à vos ordres."
Il rend le téléphone, impassible.
" Vous pouvez repartir. Mais ce n’est pas vous qui reprenez le volant."
Silence.
" Pardon ? C’est ma voiture.
— Vous êtes assuré, comme tout le monde. Toute personne titulaire du permis peut conduire. Votre lieutenant, par exemple."
Alex intervient aussitôt :
" Le lieutenant est à moitié Anglais. Il a tendance à ne pas tenir sa droite. C’est dangereux."
Il sourit au gendarme.
"Alors que moi…
— Donnez les clés à votre brigadier. Il m’a l’air responsable."
Victor éclate :
" Responsable, lui ?! On voit que c’est pas votre..Fi... homme !
— Vous n’avez pas le choix. Soit il conduit, soit j’immobilise le véhicule."
Il serre les dents. Lentement, à contrecœur, il sort les clés… et les tend à son fils.
Alex les attrape avec un petit sourire victorieux.
" Merci, commissaire."
Le capitaine les salue.
" Désolé de vous avoir retenus. Lieutenant, bon courage. Et vous, brigadier… ne lui rendez pas les clés à la prochaine sortie.
— Comptez sur moi, capitaine."
Ils repartent.
À peine quelques kilomètres plus loin :
" Allez, prends la sortie et rends-moi le volant.
— T’as entendu le capitaine.
— Alex…
— Quoi, Alex ? Tu vas appeler quelqu’un ? N’y pense même pas. Je te rappelle que mon père est commissaire."
Victor fulmine.
" Roule plus vite ! C’est une Porsche !
— Je suis à la limite autorisée."
William sourit.
" Ne vous inquiétez pas. À cinq minutes près…"
Victor se renfonce dans son siège, bras croisés.
" Attention l’embrayage… Pourquoi tu le laisses passer ? T’avais la priorité !
— Et alors ? Ça empêche d’être sympa ?""
Victor soupire tout le reste du trajet.
Ils arrivent à Saint-Amant en fin d’après-midi, en même temps que les parents de Diana.
Alex se gare proprement, coupe le moteur… et garde les clés.
" J’espère que tu as bien profité. Tu ne l’auras pas au retour.
— C’était sympa… mais je préfère ma moto."
William se tourne vers sa belle-mère.
" Vous avez fait bonne route ?"
Elle lève aussitôt les bras au ciel.
" Ne m’en parle pas ! Un fou furieux nous a doublés sur l’autoroute ! Un vrai danger public ! J’ai appelé les gendarmes, ils l’ont arrêté presque aussitôt, ce malade !"
Alexis explose. Un rire incontrôlable, brutal, qu’il tente vainement d’étouffer en se pliant en deux. Victor, lui, se fige. Regard noir. Mâchoire serrée.
Blake détourne les yeux, les lèvres pincées, laissant la mère de Diana dérouler sa colère.
" Non mais sérieusement ! Des types comme ça n’ont rien à faire sur la route ! On se demande ce qu’ils cherchent à compenser avec de telles voitures ! De la frustration, sûrement ! Ou un ego mal placé !"
Alex rit encore plus fort, une larme au coin de l’œil.
"Alex…," gronde son cousin.
— Désolé… vraiment… mais là…"
La mère de Diana ne ralentit pas.
" Et ces engins ! Des cercueils roulants ! Ça devrait être interdit ! "
Le brigadier s’approche d’elle et l’embrasse sur la joue.
" Changez pas, madame Roux.
— Ah ben merci, au moins quelqu’un de sensé !"
Victor lève les yeux au ciel, battu.
" Bon… on peut peut-être passer aux choses sérieuses ?"
Alex s’essuie les yeux, inspire profondément et hoche la tête, encore secoué de petits ricanements.
Le groupe entre dans l’institut médico-légal. Le capitaine Bisson les attend, dossier à la main.
" Bonjour. Qui va reconnaître le corps ?"
Le père et la mère de Diana se regardent, hésitent. Un silence pesant s’installe.
William sent la tension monter, ça sent la dispute...
Pendant ce temps au pavillon de chasse
Après le petit déjeuner, Diana sent que quelque chose a changé.
Pas brutalement. Insidieusement.
Le froid, d’abord. Il ne la quitte plus. L’humidité de cette nouvelle prison s’infiltre partout, dans les murs, dans l’air, jusque dans ses os. Chaque respiration lui donne l’impression d’avaler de l’eau glacée. Elle grelotte sans réussir à s’arrêter.
Elle a obéi. Elle a enfilé la robe, comme il l’a exigé.
Mais le tissu est trop fin. Ridiculement fin. Il ne retient rien, ni la chaleur, ni le peu d’énergie qu’il lui reste. Le tissu lui colle à la peau, froid, humide, inutile.
Ses jambes tremblent quand elle se lève. Elle fait quelques pas hésitants et va se coller contre le radiateur. Il est tiède, à peine vivant, mais c’est tout ce qu’elle a. Elle y appuie son dos, puis ses mains, comme si elle pouvait lui voler un peu de chaleur par la force de sa volonté.
Ses dents claquent.
Elle se replie sur elle-même, les bras serrés contre son corps, cherchant à conserver ce qui lui reste de chaleur. Sa tête tourne légèrement. Elle n’a pas vraiment faim, elle n’a pas vraiment dormi. Son corps commence à lui envoyer des signaux qu’elle connaît trop bien : la fatigue profonde, celle qui ne disparaît pas avec le repos.
Elle ferme les yeux un instant.
Juste pour tenir.
Juste pour ne pas tomber.
Le radiateur ne fait pas de miracle. Le froid gagne quand même.