Reflexions

4962 Words
Plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis l’« accident ». Du moins, c’est ainsi queGrégory l’appelait désormais. Il sortit d'une énième soirée chez Victor avec ce sourire maîtrisé qu’il savait afficher quand tout brûlait à l’intérieur. La villa du commissaire était restée fidèle à elle-même : élégante, bruyante de silences lourds, froide. Catherine n'avait toujours pas permis à son ami de revenir au manoir. Victor avait été tendu, nerveux, parlant trop, buvant trop peu. Rien d’anormal, en apparence. Mais Gregory connaissait trop bien son ami pour ne pas sentir que quelque chose continuait de se fissurer sous la surface. Il monta dans sa Porsche et démarra sans hâte. Depuis ce fameux soir, Diana avait changé. Ou plutôt… elle avait disparu. Pas totalement. Mais Eugénie était présente de plus en plus longtemps. Son esprit avait comblé les vides autrement. L’accident n’était plus qu’un flou sans contours, une chute banale, une peur mal définie. Ses confrères parlaient d’amnésie post-traumatique partielle. Un mécanisme de protection. Un traumatisme cranien, qui se résorberait lentement. Rien d’exceptionnel, disaient-ils. Gregory, lui, savait. Il sourit malgré lui en repensant à la façon dont Eugénie avait repris de la place. Dans les paroles de Diana. Dans ses gestes. Dans ses souvenirs. Comme si son esprit avait déplacé le poids, remplacé l’insupportable par quelque chose de plus ancien, de plus doux, de moins dangereux. Et il se demanda, pour la centième fois : "Est-ce vraiment une bonne chose ?" Diana était toujours là, bien sûr. Présente, vivante, fragile. Mais moins envahissante. Moins… brûlante. Elle ne posait plus certaines questions. Ne se débattait plus autant. Elle acceptait. Elle faisait confiance. Trop. La voiture s’arrêta devant la maison. Gregory resta quelques secondes immobile, les mains sur le volant, le regard perdu. Il pensa à lui. À ce corps qu’il avait fallu cacher. Cette tâche qu'il avait vu. La sage femme avait mentit, il le savait, c'était mieux ainsi. Personne ne verrait rien. L'échange avait du être rapide. Il s'en occuperait plus tard. Il pense à cette vérité qu’il portait seul désormais. Il était au moins en sécurité.. Pour l'instant. Il pense à ce choix qui le rongeait : parler… ou se taire. S’il disait la vérité, il risquait de tout briser. S’il se taisait, il construisait son avenir sur un mensonge — mais un mensonge stable, presque confortable. Il avait tout prévu. Les photos. Les vidéos. Les comptes rendus médicaux les plus précis sur le traumatisme crânien. Tout était rangé, classé, hors de portée. Pas détruit. Jamais. Juste… prêt. Au cas où. Il entra enfin. La maison était calme. Trop calme. Diana dormait déjà. Paisible. Comme si son esprit avait décidé, sans lui demander son avis, de tourner la page. Gregory s’assit un instant dans l’ombre. "Je fais ça pour te protéger," murmura-t-il, sans savoir à qui il s’adressait vraiment. À elle… ou à lui-même. Et au fond de lui, une question persistait, sourde, obsédante : combien de temps encore pourrait-il profiter de cette amnésie… avant que la vérité ne réclame son dû ?. Elle se réveille en sursaut : " Mais c'est toi !? - Pardon, je t'ai fait peur... -Je deteste quand tu fais ça... j'espere ce cher Victor va mieux... - oui ne t'en fait pas pour lui, Catherine a son caractere mais ça finirat par se tasser. Rendors toi... - Vous...tu ne veux pas continuer notre soirée ? - Demain... Victor a encore gaché le moment romantique... Prend ta pilule. Je vais me doucher et je te rejoint, rendort toi mon Amour ". ll lui dépose un b****r sur le front avant de quitter la pièce. Diana attendit d’entendre la porte se refermer pour essuyer discrètement ses joues, des larmes coulaient. Lorsqu’il se glissa finalement contre elle, son corps se crispa malgré elle. Un homme blond, lui revient en mémoire.. Will.. elle se força à croire que c’était William derrière elle, et non lui. Parfois, elle ne savait plus ce qu’elle ressentait vraiment pour cet homme : de la haine, de la pitié… de l'attachement ou un mélange des trois. Elle se demanda fugitivement si cela avait un nom, si l’on pouvait finir par s’attacher à celui qui vous enferme. Puis elle chassa cette pensée. Elle n’avait pas le droit de se perdre là-dedans. Ce qu’elle savait, en revanche, c’est qu’elle devait rester forte. Garder la tête froide. Survivre. Depuis des semaines, le temps semblait figé. Dans son esprit, tout s’arrêtait au moment où elle était sortie de ce placard. Elle croyait avoir fait un malaise, rien de plus. L’accident, les coups, la peur… tout cela n’existait pas. Il n’y avait qu’un grand vide après. Un trou noir que son cerveau refusait d’éclairer. Elle sentait pourtant que quelque chose clochait. Que Eugénie prenait de plus en plus de place dans ses pensées, dans ses souvenirs, comme si sa propre identité s’effaçait peu à peu. Par moments, Diana avait l’étrange impression de ne plus vraiment savoir qui elle était, ni où elle se situait. Comme si elle vivait à côté d’elle-même. Comme si elle ne contrôlais plus rien. La folie pour survivre. Une larme coula sur sa tempe. Elle la balaya d’un geste rapide et se força à respirer calmement. Elle avait réfléchi. Longtemps. Si elle devait choisir entre perdre totalement le contrôle ou faire semblant d’en avoir encore un peu, elle savait ce qu’elle ferait. Jouer l’épouse parfaite. Sourire. Gagner du temps. Demain, elle ferait exactement ce qu’il attendait d’elle. Pas par amour. Pas par faiblesse. Mais parce que garder la maîtrise de son corps était la seule façon de préserver son esprit. Ou du moins.. Ce qu'il en restait. Elle se rendormit finalement. Alex se réveille non pas aux côtés d’une conquête, mais de William. Il se moque aussitôt de la situation, fidèle à lui-même. Les deux hommes échangent quelques piques complices avant de partager un café. Malgré le ton léger, leur fatigue et la tension sous-jacente sont palpables. Pendant que William se douche, Alex confirme plusieurs rendez-vous via une application d’escorting. Depuis des semaines, son oncle enchaînait les rendez vous. Mais jamais la bonne fille. Il a organisé un véritable emploi du temps pour son commandant, espérant enfin identifier la femme blonde. Tatouage à l’avant-bras, accent, cicatrice à la jambe : les critères sont minces, mais exploitables. Ils rejoignent ensuite le commissariat. William doit faire un débriefing sur l’accident de chasse, tandis qu’Alex informe son commandant de l’ampleur de l’opération à venir. La méthode est claire : multiplier les rencontres, éliminer une à une les candidates, jusqu’à tomber sur la bonne. Le commissaire arrive, étonnamment détendu, croissants à la main. Alex arque un sourcil : la bonne humeur de Victor tranche trop avec la gravité de la situation. " t'es de bonne humeur dit donc... - oui... Catherine c'est excusée - t'as le droit de rentrer chez toi ? - non toujours pas, enfin elle va y reflechir... - ha mais vous avez coucher ensemble ! c'est pour ça que t'es de bonne humeur.. les reconciliations sur l'oreiller c'est les meilleurs.. - bon, tout est pret pour ce soir ? - oui, enfin... il faudra juste que le commandant change de fringues..." Daniel leve les yeux au ciel... Diana est reveillé par son geolier, de bonne heure comme d'habitude... elle enchaine la routine habituelle... douche, maquillage, robe pour etre presentable au petit dejeuner... Ses rituels étaient presque rassurant maintenant. Elle se force à sourire en s'asseyant en face de lui : " Bonjour... - Bonjour mon Amour, bien dormit ? - Oui. Et vo.. Toi ? Tu es soucieux ? - Je reflechit ne t'inquietes pas... dis moi... c'est bientôt l'anniversaire du b****d de Victor, il faut que je lui trouve un cadeau, as tu une idée ? ". Diana sent les larmes monter mais garde une convenance... Alexis.. Son visage est flou. Elle ne sait plus trop quand la date exacte. " Hum....". Elle reflechit à toute allure. Que ferais Diana ? Tenter de faire passer un message. Être Eugénie et Diana. " Peut être une bouteille d'alcool... il aime la biere.. Enfin. Je crois. - Pourquoi pas, mais laquelle ? - Je pense qu'il aimerait plutot de l'ambré, il ne doit pas aimé les bieres douces et parfumées, comme moi... il est viril... - De la rousse peut être ? - Je ne sais pas, je n'y connais rien en bière, Diana non plus, à part la Mort Subite Belge... c'est fort ? - Oui se sont des bieres assez amer - Beurk... oui de la rousse alors c'est parfait...". Exactement ce qu'elle voulait... : " Vous.. tu me montreras la bouteille ? J'aimerais voir à quoi ça ressemble... - Bien sur, je t'en ferais goûter... - Je prefere le vin, la biere ça n'a pas vraiment de goût je trouve - C'est parceque tu n'as pas gouté de la qualité, fait moi confiance, il y en as des excellentes - Peut être... Si tu le dit. J'ai encore mal au ventre. - Ton malaise à modifier ton cycle. Je serais assez occupée ces prochains jours, je te ferais des courses, tu pourras utiliser la petite cuisine, se seras plus simple pour toi. - Hum... vu mes talents de cuisinieres j'ai des doutes... - Ne t'inquietes pas, en cas de besoins tu n'auras qu'à appeler Maria avec ce talkie, elle doit repondre à tes moindres demandes...". Il lui tend un petit appareil, elle fait la moue : " Elle n'a pas l'air gentille... - Elle m'a elevé, voir une autre femme ici c'est un peu compliqué, tu le sais. Elle te feras passer ce que tu demandes par le monte plat. Il faudra que tu fasses attention, il ne fonctionne pas dans ton sens, il n'y a que Maria qui peut l'actionner... des qu'il arrive prend vite ce qu'il y a dessus... - J'aimerais sortir aujourd'hui... - Il y a toujours la chasse... ce n'est pas tres prudent, ils tirent n'importe où, je te ferais sortir ce soir quand ils seront partit...". Diana resurgit. Une seconde. " Vous allez partir longtemps ? - Deux ou trois jours, je partirais apres demain. - C'est pour le travail ? - Oui". Elle sent dans son affirmation que ce n'est pas le cas...: " ça doit être important. Pour vous laissiez Eugénie si longtemps... - Oui, une conference d'un grand chirurgien sur une nouvelle approche pour operer des tumeurs au cervelet - Ho... interessant, en effet... et important. " Diana frissonne. Redevient l'autre. " C'est quoi cette nouvelle approche ? - Tu t'interesses à la neurochirurgie maintenant ? - ça vous surprend ? Je m'interesse à beaucoup de choses... Elle aussi.. - Tu es intelligente, ça ne m'etonne pas, mais ce ne sont pas vraiment des centres d'interet pour une femme... - Hum... c'etait pour m'interesser à ton metier... mais ce n'est pas grave...". Elle prend un air un brin vexé et ne dit plus rien... son ravisseur sourit : " Ne le prend pas mal mon Amour... j'aime les femmes qui restent à leur place, voila tout...". Diana reste muette.... : " Tu es fachée ? - Non... déçue... je m'interesse à toi, et en retour, tu te moques. - Je te promet de t'expliquer tout ça à mon retour, si ça t'interesses toujours autant. - Hum... - Allons, ne sois pas fachée, pour ce soir tu desires quelques chose en particulier ? - La meme chose qu'hier ira tres bien... n'oublie pas le cadeau pour le fils de Victor. - Je dois y aller, n'oublie pas de te changer... - Je serais aussi belle qu'hier... si ton ami ne vient pas tout gacher à nouveau... - Nous serons tranquilles, ne t'inquietes pas." Il se leve, et met sa veste : " Tu n'as besoin de rien ? - Des coloriages... je m'ennuie... des coloriages pour adultes, il parait que ça detend... Quel jour sommes nous ? - Aucune importance." Il l'embrasse sur le front : "Si ça te fait plaisirs, tu as toujours la tablette, tu as deja regarder tout les films ? - ça me donne mal à la tete.. - Passe une bonne journée - Toi aussi.". Eugénie observe en silence. Elle soupire quand Gregory referme la porte. Pourquoi la retient-il encore ? Cette question tourne en boucle. Il parlait d’une deuxième chance, de ne pas refaire les mêmes erreurs… Comme si tout cela avait un sens. Comme s’il croyait vraiment pouvoir réparer quelque chose. Elle sent Diana, ses pensées, ses peurs, cette fatigue qui s’installe. Par moments, Eugénie a l’impression de vivre à travers elle, de partager son souffle, ses hésitations. Elle n’est pas là pour faire du mal. Jamais. Elle est là pour veiller. Gregory parle de changement, mais ses gestes racontent autre chose. Il parle comme s’il avait appris, compris, évolué… Pourtant, il la garde. Il ne la laisse pas partir. Pourquoi ? Par peur de la perdre ? Par besoin de contrôle ? Ou parce qu’il ne sait exister qu’en possédant ? Eugénie s’inquiète pour Diana. Elle sent ses souvenirs remonter, ceux de cet "ex" du passé, de ce moment subi pour avoir la paix, de ce malaise persistant. Elle sent aussi la résignation qui menace. Et cela l’alarme. Diana est forte, mais même les plus fortes peuvent céder quand l’épuisement gagne. Victor traverse ses pensées comme une ombre plus douce. Lui n’a jamais forcé. Même avec elle. Heureusement.. Même si il l'avait regardé ensuite avec.. honte.. Gregory, lui, voulait prendre. Toujours. Jaloux, de ce petit demi frère légitime. Mais c'est pourtant dans son ombre qu'il avait grandit. Eugénie ne comprend pas l'obsession de Gregory. Elle ne l'a jamais comprise, cette jalousie maladive. Cette idée absurde de seconde chance alors que rien n’a réellement changé. Elle aurait préféré que Diana ne croise jamais sa route. Mais.. Peut être que grâce à elle.. Elle pourra enfin être en paix. Elle sent Diana tenter de rationaliser, de chercher des explications psychologiques. Mais Eugénie sait que cela ne sert à rien. Certains dangers ne s’analysent pas. Ils se fuient. Elle ressent l'amour qu'elle porte à ce William. Elle sent qu'elle essait de se souvenir de lui. Mais il s'efface. L'espoir qu'il la retrouve diminue. Diana joue un rôle dangereux. Mais au moins elle ose. Elle est plus courageuse qu'elle. Alors elle reste là, tapie dans un coin de son esprit. Pas comme un fantôme vengeur. Juste comme une présence attentive. Une main invisible prête à la retenir si elle vacille. Elle la laissera se reposer. Une sieste, pour reprendre des forces. Mais Eugénie, elle, ne dormira pas. Ivanka se prépare lentement. Elle a un rendez-vous avec un nouveau pigeon. Un de plus. Il a l’air gentil, presque banal. Correct. Pas de regards tordus, pas de discours douteux pour l’instant. Elle se méfie toujours des apparences, mais celui-là semble… gérable. Et c’est déjà beaucoup. Il faut bien qu’elle se débrouille, maintenant que Gregory est moins présent. Avant, il compensait. Il payait, bien sûr — pour chaque service rendu. Ivanka n’a jamais été naïve là-dessus. Rien n’est gratuit. Mais ces derniers temps, l’argent arrive plus lentement. Les sorties se font rares. Les cadeaux aussi. Et Ivanka a des besoins. Des vêtements. Des bijoux. Des restaurants. Une vie qui brille, parce qu’elle a trop connu l’inverse : la faim, la fuite, la solitude, la peur, les nuits sans savoir où dormir. Elle ne veut plus jamais revivre ça. Elle ajuste sa coiffure, observe son reflet. Elle sait exactement ce qu’elle vend. Et à qui. Elle n’a pas le droit de séduire l’ami commissaire de Gregory. Elle le sait. Elle risquerait trop gros. Gregory ne pardonnerait pas. Pourtant… il semblait apprécier ses charmes. Beaucoup, même. Dommage. Il est blindé de fric. Mais Ivanka n’est pas stupide : l’argent ne suffit pas toujours à faire oublier certains penchants. Le commissaire avait des goûts particuliers. Dominant. Brutal. Presque v*****t. Pas le genre à aimer un simple jeu de pouvoir. Il ne supportait pas d’être contrarié. Elle avait essayé, une fois, de renverser un peu la dynamique. Mauvaise idée. Le seul avantage, c’était qu’il était bel homme. Propre. Bien fait. Mais ça ne compense pas tout. Ivanka sait très bien qu’en étant escorte, elle ne tombera pas sur des garçons doux et romantiques. L’amour, ce n’est pas pour elle. Elle n’y croit plus. Elle cherche la sécurité. Le confort. Le contrôle de sa propre survie. Gregory, lui, lui avait offert tout ça. Pendant longtemps. Tour à tour son escorte et sa maîtresse, elle lui devait beaucoup. Elle l’avait aidé aussi. Complice, oui. Mais pas aveugle. Depuis quelque temps, Gregory a changé. Ou plutôt, il s’est détourné. La nouvelle femme, sans doute. Ivanka le sent. Il sort moins avec elle. Il fait moins attention. Elle n’est plus au centre. Et dans ce monde-là, disparaître du centre, c’est devenir remplaçable. Son nouveau client l’attend dans un restaurant chic. Très chic. Elle hésite devant sa garde-robe. La robe noire : élégante, sûre, distante. La rouge : plus audacieuse, plus directe. William réfléchit. Il avait appelé Granny plus tôt. Elle s’était intéressée à la criminologie dans sa jeunesse et, selon elle, le kidnappeur était probablement un homme proche de la cinquantaine, avec de sérieux troubles psychologiques, exerçant un métier le mettant au-dessus de tout soupçon. Elle était convaincue qu’il gardait Diana dans la région, pour savourer l’angoisse de ses proches. William pensait la même chose. Pourtant, dans l’entourage de Diana, seul le vétérinaire aurait pu correspondre… et ce n’était pas lui. Comme toujours, il appliquait la méthode de l’escargot : partir de la victime et éliminer un à un amis, famille, collègues, puis élargir. Mais cette fois, rien ne collait. Aucun mobile clair. Ni argent, ni vengeance. Peut-être l’amour. Ou la solitude. Peut-être même aucun lien réel entre Diana et son ravisseur. Quelque chose lui échappait. Il en était sûr. Il rouvrit le dossier quand son cousin s’installa sur son bureau, hilare, commentant une photo de Diana. William n’écoutait qu’à moitié. Un mot venait de s’imposer à lui. " La nuisette…" Il se redressa brusquement. " JORDAN !" Le jeune policier apparut aussitôt. " Va me chercher la nuisette trouvée dans le hangar." Alex fronça les sourcils. " On l’a déjà analysée… — Il faut que je vérifie quelque chose." Quand Jordan revint, William arracha presque la chemise de nuit. " Merde… J’aurais dû y penser plus tôt. — Expliquez, lieutenant. — Diana déteste les étiquettes. Elle les arrache toujours. Or, là, elles sont intactes. Et regarde… des lettres sont griffonnées dessus." Ils se penchèrent dessus. " Un B… deux F… un V… un i… — Il y a aussi un d, un r souligné… — Et là… un cœur avec un W." Alex sourit. " Ça, au moins, c’est clair." William serra les dents. " Si on arrive à comprendre le reste…" Il fonça dans le bureau du commissaire. "Chef, Diana a laissé des messages sur les étiquettes de sa nuisette." Le commissaire les observa longuement, perplexe. " Des lettres… Pour l’instant, ça ne me parle pas. — Désolé… Diana est un vrai mystère pour moi. Déjà en temps normal, alors là… Mais c’est un bon signe. Elle est toujours en vie, et elle veut qu’on la retrouve. — Pour combien de temps ? Si le ravisseur comprend qu’elle essaie de nous envoyer des indices, il pourrait devenir moins… conciliant. — Qui est au courant pour cette chemise de nuit ? — Nous deux, Alexis, et le brigadier Jordan. Je réponds de lui. — Bien. N’en parlez à personne. Même pas à ses parents. — D’accord… Je vais essayer de comprendre ce que ça signifie. — Le « Vi »… Vivante ? Vignoble ? Une région, peut-être ? — Non, je ne pense pas. Ce n’est sûrement pas un indice de lieu. Elle doit être désorientée, isolée. Il la garde probablement dans un endroit reculé. Et Diana est catastrophique en géographie. — C’est vrai… Quand on pense qu’elle croyait que les « Pays-Bas » étaient le diminutif des « Pays basques », donc dans le sud de la France… — Alex vous l’a raconté ? — Oui. Et elle était très étonnée que ma résidence, dans le nord, soit si proche de la Belgique. Elle pensait que Lille était vers Paris. — Elle ne sait sans doute pas où elle est. Elle cherche plutôt à nous dire qui l’a enlevée. — C’est rageant… Encore une enquête où on avance grâce à elle. Sans te manquer de respect, même à distance, elle m’agace. — Je suis entièrement d’accord. Entre le restaurant qui nous a révélé l’existence d’une complice et ça… Peut-être qu’elle a laissé d’autres signes. Il faut essayer de penser comme elle. — J’en serais bien incapable. J’aimerais que tu surveilles l’opération de ce soir, de loin. Ce n’est pas que je ne fasse pas confiance à mon frère et à Alexis, mais… peut-être que tu remarqueras quelque chose. — Comme vous voulez. — Ensuite, tu te reposeras. Et j’aimerais que tu voies le psychologue. — Un psy ? Pourquoi ? — Parce que ta compagne a disparu et que tu gères mal, malgré ce que tu montres. Tes nuits blanches, tes repas sautés, ton hyperactivité décuplée… Tu ne tiens pas en place. Tu as presque autant de tics que Diana quand tu es nerveux. Le café ne remplace ni le repos ni un déjeuner. D’ailleurs, je t’emmène manger. C’est un ordre." Victor attrape sa veste et entraîne son lieutenant vers la sortie, faisant signe à son fils de les rejoindre. " Vous allez où ? Vous avez un truc ? — Non. Je vous emmène déjeuner tous les deux. C’est un ordre. — Ah… on n’a que ça à foutre, c’est vrai… — Toi aussi, tu iras voir le psy. Tu as besoin de parler, d’apprendre à gérer tes émotions. Tu reportes ta culpabilité sur moi. Maintenant, on va déjeuner, avant que William ne fasse un malaise." " Je vais bien, commissaire, je vous assure." Victor soupire, puis pousse légèrement son lieutenant en arrière. Le jeune homme vacille et tombe, rattrapé de justesse par son cousin. " Holà… toi, t’as rien mangé ce matin…" Les deux policiers suivent leur supérieur jusqu’à un petit restaurant où le commissaire a ses habitudes. Victor passe commande, et le chef cuisinier vient aussitôt le saluer. "Bonjour, commissaire. Vous allez bien ? — Bonjour, chef. Très bien, et vous ? Ma femme vous remercie encore pour le dîner de l’autre soir, c’était une vraie réussite, comme toujours. — Merci, c’est toujours un plaisir de cuisiner pour des connaisseurs. D’ailleurs, votre ami a fait appel à mes services lui aussi, suite à ce repas. Alors c’est moi qui vous remercie. — Gregory ? — Oui, votre ami chirurgien. Deux soirs de suite. Hier et ce soir. — J’espère qu’il n’est pas trop exigeant… Il est si difficile à satisfaire. — Surtout sa compagne. Bon, je vais préparer moi-même vos assiettes. À tout à l’heure, messieurs." Victor sourit, mais un doute traverse son esprit. Un doute qu’il ne montre pas. Il se souvient soudain d’une phrase de Nadia, le soir où Gregory lui avait présenté sa nouvelle petite amie : « Je ne suis pas difficile, je mange de tout… » Catherine avait alors marmonné : « Pour les hommes non plus, tu n’es pas difficile… » Est-ce que Nadia avait dit ça par simple politesse ? Diana disait la même chose, et c’était toujours très drôle de la voir grimacer en avalant des aliments qu’elle détestait. Bizarre… "Commissaire ? Ça va ? — Oui, oui… Où est Alexis ? — Oh, euh… il est parti aux toilettes. — La serveuse met du temps à apporter les boissons." Victor regarde autour de lui, agacé. William sourit, gêné mais amusé. " Elle est aux toilettes aussi…" Victor met quelques secondes à comprendre, puis lève les yeux au ciel. " Il n’est vraiment pas sortable… J’espère au moins qu’il a ce qu’il faut. — Alex sort toujours équipé. Il doit avoir l’équivalent de deux paquets sur lui." Un bon quart d’heure passe. La serveuse revient la première, rouge jusqu’aux oreilles. Sa collègue se penche aussitôt vers elle, curieuse. Alexis arrive quelques minutes plus tard et s’installe. " Quoi ? Y avait du monde aux WC… j’ai dû attendre." William se penche vers lui. "Sympa, ton parfum… très fleuri." Il attrape une serviette et essuie le cou du brigadier-chef, qui grimace. " Hé, mais arrête ! Qu’est-ce que tu fous ? — T’as du rouge à lèvres… Tu peux vraiment pas t’en empêcher. — C’est elle qui m’a suivi ! Je voulais juste me laver les mains, à la base !" Son père secoue la tête. " J’espère au moins que tu les as lavées, malgré cette terrible agression dont tu as été victime. — Pour une fois que c’est pas moi qui fais le premier pas… — Ah, voilà enfin nos boissons. J’espère que vous vous êtes lavées les mains aussi, jeune fille ?" La serveuse rougit, pose rapidement les verres et glisse une serviette sous celui d’Alexis avant de filer accueillir d’autres clients. Le lieutenant attrape la serviette, moqueur… " "Appelle moi pour un plan à 3 avec ma collegue...". T'as était efficace... - Je ne couche jamais deux fois avec la même... sauf exeptions... elle est gentille, mais je ne me voit pas du tout, faire ça avec sa copine.". Victor boit une gorgée de son aperitif : " J'espere que l'exeption n'est pas ma femme...". Blake avale de travers : " Sorry... je... vais me laver les mains...". Il se leve et fuit la conversation. Son cousin sourit : " Je t'ai deja dit que j'etait pas au courant que c'etait ta femme... je savais meme pas encore que t'etais mon pere... - Ho je ne t'en veux pas. C'est meme plutot flatteur pour moi, qu'un jeune homme la trouve desirable, ça montre que j'ai du goût... mais je ne compte te retrouver un jour dans mon lit... - Je ne suis pas obsédé à ce point... ne t'en fait pas, nos rapports ne sont plus du tout sexuels... - Elle se plaint de ton absence, pourquoi ne viendrais tu pas à la maison demain ? - Parceque seul c'est pas drôle... - Bien sur, William est le bienvenu... j'aimerais qu'on parle de ta carriere... j'aurais bien besoin d'un brigadier major... - Hum... - Ha William, tu tombes bien... j'aimerais qu'on parle de vos avancements. Je disais à Alexis que j'aurais besoin d'un brigadier major... - Je trouve qu'il serait parfait... il a les epaules... - J'ai besoin d'un peu de sang neuf... nouveaux gardien de la paix.... je trouve que le jeune Jordan c'est ça ? Pourrait passer brigadier... - Yes, il est volontaire c'est un bon element... - Et comme Rouget prend sa retraite... j'ai besoin d'un nouveau capitaine...". Blake reste pensif. Ne sachant quoi repondre... Alex repond à sa place : " La je dit oui ! De toute façon ça ne te change pas de maintenant, tu as deja des responsabilités de capitaine.. Tout le monde veut bosser avec toi ! - Un lieutenant a fait une demande de mutation ici... William, si tu acceptes de faire le necessaire pour passer capitaine, je le ferais venir... il seras sous tes ordres et bien sur Alexis continuera d'etre dans ton equipe... je ne veux pas changer une equipe qui gagne... - C'est mieux payé brigadier major ?" Victor sourit : " ça plaira encore mieux aux filles... - à voir... et toi Will ? - I don't know... merci d'avoir pensé à moi commissaire... - C'est merité... je suis tes exploits depuis ton arrivé ici. Les hommes te respectent, tu es loyal, courageux, un bon esprit d'equipe... pour moi tu as les epaules pour finir commandant...". Il sent que son officier est sur le point d'accepter... : " Reflechit quelques jours... toi aussi Alexis... le fils d'un commissaire, ne va pas rester brigadier toute sa vie... tu ferais un bon lieutenant toi aussi... - Mouai... flemme de passer le concours...". Son ami le rassure : " C'est pas si compliqué, je pourrais t'aider pour le concours..." son pere ajoute : " La formation qui suit le concours est remunerée, mais si l'argent est un probleme tu sais que je pourrais m'en charger... - Hum... pour l'instant je me contenterais d'un grade au dessus...". L'heure passe, Victor laisse partir ses hommes qui repartent travailler. Pendant ce temps, sous pretexte de payer, le commissaire questionne le chef cuisinier sur les repas preparés pour Nadia et Gregory... Il réfléchit encore à son plan. Chaque détail doit être parfait. Pour la suite, il a besoin des papiers d’identité de sa prisonnière. Il avait pensé à les prendre le jour du kidnapping : ils étaient dans sa voiture. Le véhicule utilisé pour enlever la jeune femme est toujours dissimulé, à l’abri, dans une propriété appartenant à Victor. Une petite maison à deux heures de route de sa résidence principale. Gregory est certain que son ami l’a oubliée. Un caprice de Catherine, vite délaissé au profit de leur maison de campagne actuelle. Personne n’y va jamais. Il avait volé les clés un soir, sans émotion, sans hésitation. Comme on emprunte un objet. Froid. Méthodique. Tout avait été calculé. Trop bien, peut-être. Et pourtant, quelque chose dérape. Il se surprend à hésiter. À repousser certaines étapes. À remettre à plus tard ce qui aurait dû être fait depuis longtemps. Cette pensée l’agace. L’irrite. Il n’avait pas prévu ça. Diana. L'Autre. Il n’est pas censé s’attacher. Elle n’est qu’un élément du plan. Une variable à contrôler. Un moyen. Pas une fin. Un corps abriytant une âme. Et pourtant, sa présence s’impose, silencieuse, persistante. Cette idée le perturbe plus qu’il ne veut l’admettre. Le doute s’insinue. Lentement. Et pour quelqu’un comme lui, le doute est une faiblesse dangereuse.
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