Chapitre 33 Les deux autres prisonniers avaient assisté plus morts que vifs à ce prologue effrayant de leur propre tragédie. Leur attitude humble et effrayée contrastait avec la fermeté un peu fanfaronne du charpentier ; ils tremblaient de tous leurs membres. Biassou les considéra l’un après l’autre avec son air de renard ; puis, se plaisant à prolonger leur agonie, il entama avec Rigaud une conversation sur les différentes espèces de tabac, affirmant que le tabac de la Havane n’était bon qu’à fumer en cigares, et qu’il ne connaissait pas pour priser de meilleur tabac d’Espagne que celui dont feu Bouckmann lui avait envoyé deux barils, pris chez M. Lebattu, propriétaire de l’île de la Tortue. Puis, s’adressant brusquement au citoyen général Cøøø : – Qu’en penses-tu ? lui dit-il. Cette

