6 Le printemps, sans feuille à agiter, dans la brillante nudité d’une vierge chaste et farouche, pure et méprisante, avait été installé dans les champs où il demeurait les yeux ouverts, attentif, entièrement indifférent aux faits et gestes comme aux pensées des gens qui l’observaient. (Prue Ramsay, appuyée au bras de son père, se maria pendant ce mois de mai. Aucune union n’aurait pu être plus assortie, disait-on. Et, ajoutait-on, qu’elle paraissait belle !) Comme l’été approchait, comme les soirées s’allongeaient, les vigilants, les confiants, qui se promenaient sur la plage et agitaient l’eau des flaques, eurent des visions de la plus étrange espèce : de chair transformée en atomes chassés par le vent, d’étoiles s’allumant soudain dans leur cœur, de falaise, de mer, de nuage et de cie

