Les lunettesSa montre était arrêtée, mais les étroits sillons qui barraient la porte-fenêtre lui apprirent que le jour était déjà là. Elle se leva, enfila ses mules, se traîna jusqu’au lavabo. La lumière du tube de néon lui restitua son visage, intact au sortir du sommeil de tombe où elle avait plongé, comme si le drame y avait imprimé sa griffe, définitivement. Elle prit le gant, la savonnette, fit les gestes du réveil. Le linge glissait sur la peau, frottait avec application, acharné à éliminer la moindre trace de savon, derrière l’oreille, sous l’aile du nez. Pourquoi évoqua-t-elle à cette minute la scène d’un film vu avant son mariage et qui l’avait beaucoup marquée ? Elle présentait les derniers instants d’un condamné à mort. On lui tendait le verre de cognac, qu’il absorbait à petit

